La Belgique un Etat voyou? Des critiques "profondément injustes" selon Koen Geens

Koen Geens, ministre fédéral de la Justice, était au micro de Robin Cornet ce mardi matin. L'Acteur en direct de La Prem1ère s'est exprimé sur les vives critiques formulées par la magistrature quant à l'état du monde judiciaire, et a évoqué les concertations autour de la grève des prisons francophones, qui dure depuis 22 jours maintenant.

Une politique en concertation avec la magistrature

Suite aux mots très durs de la magistrature, le ministre CD&V a invité les trois plus hauts magistrats du pays pour "comprendre ce qui a été dit, et pour mieux expliquer la politique que je mène. Je ne prends pas la critique de manière personnelle, mais les mots qui ont été utilisés par le premier président de la cour de cassation sont particulièrement durs."

Ce dimanche sur le plateau des Décodeurs, Jean de Codt a déclaré que la Belgique ressemblait de moins en moins à un Etat de droit, se rapprochait d'un "Etat voyou" et a dénoncé une justice "trop faible". Des propos que Koen Geens a fortement nuancés en avançant plusieurs chiffres.

"La politique de réforme que j'ai établie dans mon plan justice a été faite en concertation avec la magistrature. J'ai toujours dit que j'allais réduire la charge de travail, trois lois pots-pourris ont été votées les unes après les autres, avec des réductions sensibles des charges de travail. J'ai également rendu vacant 421 postes de magistrats et 706 postes de personnel de greffe depuis que j'ai été nommé."

"Je leur toujours demandé où étaient les priorités au moment des nominations, je leur ai laissé une très grande liberté d'appréciation pour mener de concert une politique dans le cadre budgétaire, qui est difficile, il est vrai. Mais toujours pour mieux faire, plus efficacement, plus juste. Je crois que la critique est dure et donc je vais d'avantage expliquer ce que j'essaye de faire."

Ça ne va pas m'empêcher de continuer la réforme

Le ministre a donc beaucoup de mal à encaisser la critique qu'il trouve "déplacée"  et qu'il comprend "très mal".

"Nous sommes innovateurs dans notre politique, nous essayons partout de faire du bien : au niveau de l'informatique, des prodéos. J'ai négocié avec les ordres au niveau des justices de paix. J'ai, de concert, graduellement réduit tout ce qui est important: le droit pénal, le droit d'application des peines."

"Je n'ai jamais autant travaillé et concerté, le gouvernement fait œuvre magnifique. C'est un coup dur, mais ça ne va pas m'empêcher de continuer la réforme. J'espère que chacun pèse ses mots et que les magistrats retrouveront leur réserve. J'entends même parler de grève de certains syndicats de magistrats que j'entendrai cette après-midi. C'est inédit et, je crois, profondément injuste par rapport à ce que nous faisons."

Les magistrats mal informés?

Du côté des magistrats, la perception de la réalité est pourtant tout autre. Ils avancent les chiffres d'un manque de 265 personnes, avec des coupes budgétaires qui vont conduire à des suppressions de postes : 230 postes de magistrats, 730 postes ailleurs suite au plan de rationalisation. Face à ces chiffres, Koen Geens parle de désinformations et de manque de candidats pour remplir des postes vacants.

"Je pense que les magistrats sont de temps à autre mal informés et ne prennent pas le temps de lire les listes de postes vacants et les moniteur belge par rapport aux nouvelles lois qui sont publiées. Sinon, je ne comprends pas leur raisonnement."

S'il n'y a pas de candidats pour les postes vacants, ce n'est pas ma faute

"Par exemple, si je déclare vacant 706 poste s de personnel de greffe mais que je peux seulement en remplir 396 parce qu'il n'y a pas assez de candidats, ce n'est pas de la faute. Si je publie 421 postes de magistrats mais ne sait en remplir que la moitié dans un premier temps parce qu'il n'y a pas de candidats ou lauréats, ce n'est pas de ma faute. A certains endroits je sais que les cadres sont remplis à concurrence de moins de 90%. Ce n'est pas toujours de ma faute, il faut tenir compte du fait qu'il n'y a pas assez de candidats."

"J'ai créé des CDI et des CDD, j'essaye d'aider où et quand je peux. La critique par rapport à ça ne donne pas des réponses concrètes. Elle est générale et, je trouve, assez facile." Le ministre admet qu'il y a une volonté de "réduire un peu les cadres et les charges de travail", mais qui a été annoncée et qui est faite " de la manière la plus juste possible."

"Pour l'instant, les cadres sont remplis de manière assez convenable, sauf à certains endroits où c'était déjà mauvais et où j'essaye d'améliorer la situation. On a vraiment fait un effort formidable, avec l'aide de tout le monde, y compris du gouvernement. J'ai rattrapé un arriéré de payement de 175 millions en 6-7 mois, ce qui est inédit dans la justice."

Je demande de la patience pour les nouvelles applications informatiques

Concernant le budget alloué à la justice, diminué de 22% par rapport à l'année passée, selon la magistrature, Koen Geens répond que le problème n'est pas le financement, mais le fait de "de mettre en œuvre les programmes et les applications informatiques qui sont nécessaires et qui fonctionnent. Ce que je vois, dans les 20 dernières années, c'est qu'on n'a jamais trouvé les applications informatiques qui fonctionnaient pour tout le monde et qui fonctionnaient bien."

"Dans ma première loi pot-pourri, il y a ce que l'on appelle l'e-box, l'e-deposit, et ces deux systèmes sont en train d'être mis en œuvre pour l'instant. Donc, à la fin de la législature, on sera beaucoup plus loin que maintenant. Je demande juste un peu de patience par rapport aux réalisations que nous faisons dans des délais très brefs."

Grève des prisons: "Il faut travailler sur trois axes"

Face aux revendications du personnel pénitentiaire, en grève depuis 22 jours, le ministre de le Justice a rappelé ses trois axes de travail: "d'abord la surpopulation, je l'ai déjà réduite de 1000 personnes et je ne vais pas m'arrêter là. Ensuite l'infrastructure, des travaux pour 56 millions d'euros vont être réalisés. Et enfin, le statut de l'agent pénitentiaire qui peut être amélioré à plusieurs égards."

"J'ai aussi promis du personnel additionnel pour geler les économies cette année-ci, ce que les syndicats flamands ont accepté, ainsi que les francophones mais la base n'a pas suivi. Aujourd'hui, je vais proposer des timelines pour chacun de ces trois axes pour qu'on comprenne mieux comment on va arriver à une situation qui est meilleure qu'actuellement. "

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