La Belgique, septième pays au classement des exportations de pesticides interdits en Europe

La Belgique, septième pays au classement des exportations de pesticides interdits en Europe
La Belgique, septième pays au classement des exportations de pesticides interdits en Europe - © Westend61 - Getty Images/Westend61

La Belgique a exporté en 2018 près de 5000 tonnes de pesticides interdits en Europe vers des pays pauvres, selon une longue enquête de Greenpeace Royaume-Uni. Rien d’illégal. La législation européenne en matière de pesticides est l’une des plus sévères au monde sur son territoire, mais rien n’interdit la production et l’exportation hors de l’Union européenne.

Cancer et anomalies congénitales

Greenpeace Royaume-Uni et l’ONG suisse Public Eye ont réussi à consulter près de 400 documents qui prouvent ce commerce relevant du secret des affaires. La Belgique exporte essentiellement deux pesticides particulièrement controversés et interdits en Europe : l’acétochlore et la carbendazime.

L’acétochlore est un herbicide répertorié comme perturbateur endocrinien et cancérogène. Il est exporté principalement par une filiale de Monsanto (reprise par Bayer en 2018) et Corteva, un géant américain.

La carbendazime est un fongicide toxique pour la reproduction, capable de provoquer des anomalies congénitales.

Dans les assiettes des consommateurs européens ?

Ces produits sont principalement exportés vers une quinzaine de pays, parmi lesquels l’Ukraine, le Chili, le Kenya. Comme le souligne Laurent Gaberell, expert en pesticides et coauteur de l’enquête pour l’ONG Public Eye, "dans ces pays, les réglementations sont plus faibles et les conditions d’utilisation bien plus dangereuses. Les agriculteurs appliquent ces produits sans protection, sans formation, ils ne peuvent pas lire les instructions sur les étiquettes. Les conséquences sont dramatiques".

Ironie du sort, ces pays exportent des produits agricoles vers l’Union européenne. "Le consommateur européen retrouve donc des résidus de ces pesticides interdits chez nous dans son assiette", explique Laurent Gaberell.

Une déclaration à relativiser car l’Afsca, l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire, contrôle les aliments importés en Belgique et ils doivent bien sûr répondre à des normes strictes. Les contrôles sont aléatoires. En 2019, 98% des échantillons étaient conformes.

L’hypocrisie de l’Union européenne

"C’est toute l’hypocrisie de l’Union européenne", affirme l’expert en pesticides. La législation européenne est l’une des plus strictes au monde en matière de santé et d’environnement, mais elle autorise la production sur son territoire et l’exportation des produits les plus dangereux.

Greenpeace réclame un changement de la législation européenne et l’interdiction pure et simple de production et d’exportation de tout produit interdit d’usage sur le sol européen. La France l’a déjà prévue pour 2022.

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