La Belgique se dote d’une stratégie contre les cybermenaces

Placer la Belgique au rang des pays les moins vulnérables d’Europe face aux cyberattaques, c’est l’objectif de la stratégie, baptisée "cyberstratégie 2.0", validée ce jeudi par le Conseil National de Sécurité (CNS). Il s’agit de voir comment la Belgique doit s’organiser contre la cybermenace et déterminer les opportunités que ce contexte pourrait générer pour notre pays.

Des cyberattaques plus graves qu’avant

Les événements récents l’ont montré, la Belgique n’est pas à l’abri de cyberattaques. Au début du mois de mai, le réseau internet Belnet, qui permet à de nombreux organes institutionnels d’être connectés au réseau internet a été attaqué. Des réunions parlementaires ont dû être annulées. De nombreux organismes ont vu leur accessibilité à internet être ralentie.

C’est un fait, la société est de plus en plus numérique. Ce recours accru aux nouvelles technologies s’accompagne d’une recrudescence des cyberattaques. C’est le cas partout dans le monde. La Belgique ne fait pas exception avec, comme le constate le Conseil National de Sécurité, une "intensification de la gravité et du degré de ces attaques".

La Belgique doit investir dans son infrastructure et sa sécurité

Les progrès technologiques et l’évolution constante du cyberespace et de ses enjeux poussent la Belgique à investir en continu dans son infrastructure et sa sécurité depuis plusieurs années. Améliorer la cybersécurité du pays est d’ailleurs au cœur de certains projets rentrés, fin avril, par la Belgique auprès de la Commission européenne pour bénéficier d’une partie des fonds européens alloués à la reprise après la crise économique générée par le Covid-19.

Aujourd’hui, sur approbation du Conseil National de Sécurité, la Belgique se dote d’une nouvelle stratégie de Cybersécurité qu’elle qualifie de "particulièrement ambitieuse".

Le plan s’articule autour de six objectifs précis : renforcer l’environnement numérique et accroître la confiance dans l’environnement numérique, armer les utilisateurs et les administrateurs d’ordinateurs et de réseaux, protéger les Organisations d’Intérêt Vital contre toutes les cybermenaces, répondre à la cybermenace, améliorer les collaborations publiques, privées et universitaires et affirmer un engagement international clair.

Pour y parvenir et "propulser la Belgique au rang des pays les moins vulnérables d’Europe dans le domaine de la cybersécurité à l’horizon 2025", le Centre pour la Cybersécurité de Belgique (CCB) collaborera avec différents services publics pour qui la question de la cybersécurité est centrale.

La cybersécurité : une opportunité pour la Belgique

La stratégie contre les cybermenaces n’a pas pour seul but de protéger la Belgique contre les cyberattaques. Elle doit aussi lui permettre de déployer des atouts en la matière. Pour Alexander De Croo, Premier ministre, "La cybersécurité est non seulement une priorité pour la Belgique, elle représente aussi une énorme opportunité pour nos entreprises et nos PMES qui détiennent énormément d’expertise en la matière". Le Premier ministre annonce vouloir continuer à investir pour protéger les citoyens et les systèmes contre les cybercriminels, mais aussi "tout faire pour développer, en parallèle, un écosystème propice à l’innovation en matière de cybersécurité chez nous".

Justice, Intérieur, Défense, Fonction publique, télécoms, affaires étrangères : tous les départements sont concernés

Pour la ministre de l’Intérieur, la cybercriminalité constitue "l’un des risques majeurs en termes de sécurité pour notre pays". Lutter contre cette cybercriminalité sera "une priorité absolue pour l’OCAM, la police intégrée et le Centre national de crise". La ministre de l’Intérieur annonce vouloir renforcer dans tous ces services la lutte contre la cybercriminalité au cours de cette législature. "Nous le ferons en augmentant les effectifs, en attirant du personnel spécialisé et en misant sur la formation et les technologies", annonce Annelies Verlinden, la ministre de l’Intérieur (CD&V).

Du côté de la Justice, on fait le constat que de plus en plus de criminels se reconvertissent en cybercriminels, contribuant à une augmentation considérable du nombre de cas de cybercriminalité. Pour Vincent Van Quickenborne, Ministre de la Justice, ces cybercriminels agissent de manière rapide, anonyme, organisée et à l’échelle internationale.

Devant ce constat, le ministre de la Justice voit dans l’augmentation des moyens de la Justice une réponse. "Nous équipons la justice en conséquence pour qu’elle puisse mieux faire face à ce fléau. Nous mettons à disposition des cybermagistrats plus spécialisés dans les parquets et des spécialistes IT à la Police judiciaire fédérale et investissons 100 millions d’euros dans la numérisation de la justice. Avec Team Justice, nous voulons non seulement combattre les symptômes, mais aussi traquer et poursuivre les réseaux organisés à l’origine de cette criminalité", communique Vincent Van Quickenborne, le ministre de la Justice (Open Vld)

La Défense est aussi l’un des pions majeurs à déployer dans la stratégie belge contre la cybercriminalité. La Défense, dans la lignée de cette Stratégie Nationale, va développer au cours de cette législature une nouvelle composante, la Composante Cyber. Elle sera "dédiée à la protection de nos systèmes, à la veille et à l’analyse du cyberespace, nouveau théâtre d’opérations", communique Ludivine Dedonder, la ministre de la Défense (PS). La Défense recrutera des experts, des personnes intéressées par le domaine cyber devant être formées et embauchera des talents passionnés, "des geeks", pour reprendre les termes employés dans la communication de la ministre de la Défense.

Du côté des télécoms, lutter contre la cybermenace est aussi un défi de taille. Petra De Sutter, la ministre des Télécommunications constate que "ces dernières semaines, nous avons assisté à une recrudescence des escroqueries par SMS, surtout après la fuite de données Facebook". La ministre eh profite pour rappeler de faire "bien attention à ce que vous installez et à la provenance du message". Mais au-delà de ça, l’Etat doit aussi agir. "Grâce aux moyens du Plan de relance, nous allons pouvoir étendre et automatiser la lutte contre le phishing ou le smishing (fraude par SMS) en collaboration avec les opérateurs". La nouvelle loi sur les télécommunications, qui sera bientôt soumise au vote du Parlement, fournira le cadre juridique nécessaire. La ministre entend aussi garantir plus de sécurité pour les commandes en ligne, le suivi des colis, les paiements et les documents officiels.

Du côté des Affaires étrangères, le défi sera d’être capable d’identifier les éventuels acteurs étrangers qui lancent des cyberattaques contre la Belgique. "Pouvoir attribuer formellement la responsabilité d’une cyberactivité malveillante est un outil de dissuasion important de notre stratégie de cybersécurité", explique Sophie Wilmès (MR), ministre des Affaires étrangères. Une procédure diplomatique va donc être mise en place. Elle pourra également être activée dans le but de soutenir un pays allié victime de faits identiques. "À l’heure où la cybersécurité est au sommet des priorités politiques au niveau de l’Union européenne ou de l’OTAN, par exemple, je pense qu’il était indispensable de compléter notre arsenal avec ce dispositif", poursuit la ministre des Affaires étrangères.

 

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Journal télévisé 05/05/2021

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