La Belgique face à un "afflux massif" de réfugiés? Réponse en chiffres

Une manifestation de demandeurs d'asile à Bruxelles
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Une manifestation de demandeurs d'asile à Bruxelles - © FILIP DE SMET - BELGA

La capacité d’accueil de la Belgique risque de devenir insuffisante pour faire face à ses devoirs internationaux en matière d’accueil de candidats réfugiés.

Les économies menées tambour battant par Maggie De Block sous le gouvernement Di Rupo et poursuivies par Théo Francken sous le gouvernement Michel ont résulté dans une réduction de plus en plus rapide des places d’accueil disponibles depuis 2012 (alors qu’elles augmentaient progressivement de 2008 jusqu’au pic de 2011). Une courbe de diminution qui a également suivi celle des demandes d'asile qui avaient elles aussi baisser de 2011 à 2013 avant de repartir à la hausse de puis 2014. 

Cette année-là, la Belgique avait dû faire face à des sollicitations plus nombreuses que les années précédentes, notamment en raison de la guerre au Kosovo mais aussi de la violence qui dévastait alors l’Afghanistan et l’Irak depuis les invasions américaines de 2001 et 2003. Ces pays restent des zones de conflit à haut taux de mortalité aujourd’hui. Sans être une zone de guerre, la Guinée Conakry, l’un des pays les plus pauvres de la planète, était le deuxième pourvoyeur de candidats réfugiés en Belgique.

Plus de 20 000 demandes: pas une situation exceptionnelle

Aujourd’hui, les demandes d’asile sont en hausse par rapport à l’année dernière.

Dès lors, on a souvent fait référence à un "afflux massif" de demandeurs d’asile que ce soit au niveau des médias, de responsables politiques ou des réseaux sociaux. Une expression dont la pertinence semble toute relative lorsque l’on objective la situation à l’aune de données chiffrées.

En effet, lorsque l’on compare les chiffres de demandes d’asile introduites par années en Belgique, on constate que depuis 1998, 2015 sera la septième année à enregistrer 20 000 dossiers ou plus (si l’on arrondi les 19 941 de 2010). Une septième fois en dix-sept ans, pas la norme donc mais pas non plus une situation exceptionnelle.

Lorsque l'on compare cette évolution au nombre de places d'accueil disponibles, on s'aperçoit qu'en effet, celles-ci ont connu une diminution parallèle à celle des demandes, mais ont continué à diminué en 2014, alors que les demandes, elles, recommençaient à augmenter.

Voici les chiffres (sources Fedasil et CGRA):

2015:

20 800 places (estimation de Fedasil sur base des récentes places supplémentaires)

20 000 à 25 000 (estimation sur base des chiffres du CGRA, si les tendances actuelles se poursuivent)

2014:

20 182 places

17 213 demandes

2013:

23 985 places

15 840 demandes

2012:

24 026 places

21 463 demandes

2011:

21 412 places

25 479 demandes

2010:

18 684 places

19 941 demandes

Ce qui donne, de manière plus visuelle, le graphique suivant (la colonne des places en rouge, celle des demandes en bleu):

"En 2012, on disposait de plus de 24 000 places mais cela résultait de la forte augmentation enregistrée en 2011. Parmi ces places, il y en avait des provisoires et d'autres issues de solutions 'one shot', type location de chambres d'hôtels", nous rappelle le service de communication de Fedasil, l'agence fédérale en charge de l'accueil des candidats réfugiés. "Il était dès lors logique qu'entre 2012 et 2014, en lien avec la diminution des demandes et sur base du constat que beaucoup de places restaient inoccupées, on diminue ce nombre de places. On ne pouvait pas laisser des places inoccupées. En outre, les demandes étant traitées plus rapidement grâce à l'engagement de personnel pour traiter les dossiers, les demandeurs sortaient des structures d’accueil plus rapidement".

En effet, les dossiers une fois traités, les demandeurs obtiennent soit un droit de séjour, soit une réponse négative mais sont dès lors censés sortir des structures d'accueil, réservées aux personnes en attente de traitement de leur dossier.

"Un afflux massif ? L'expression est abusive"

La situation actuelle en ce qui concerne les demandeurs ne semble donc pas être la résultante d'un "afflux massif" de candidats réfugiés mais bien une conjonction entre une hausse substantielle de demandes d'asile d'un côté et d'une diminution des places disponibles pour les accueillir d'autre part. 

"Un afflux massif ? L'expression est abusive", confirme Malou Gay du Ciré (Coordination et Initiative pour réfugiés et étrangers), une des organisations qui devra assurer des places d'accueil supplémentaires suite aux récentes du gouvernement fédéral. "On était habitué à avoir des chiffres à la baisse ces dernières années. Alors certes, cette année il y a une hausse mais elle n'est pas du tout massive et si on regarde le flux dans les pays voisins, la Belgique était assez bas par rapport aux pays limitrophes". "Il était normal de diminuer les places disponibles au vu de la baisse des demandes", estime Malou Gay. "Maintenant on peut se dire qu’on est peut-être aller trop loin dans les diminutions".

Une diminution dont les effets se font ressentir d'autant plus fort cet été que les demandes connaissent une augmentation nette depuis mai. Les mesures provisoires prises par le gouvernement étaient, dans ce contexte, indispensables.    

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