La Belgique enverra des F16 en Syrie pour combattre l'EI, l'opposition monte au créneau

La Belgique enverra des F16 en Syrie
La Belgique enverra des F16 en Syrie - © JACK GUEZ - AFP

Le gouvernement a décidé d'élargir le mandat des F-16 engagés dans la lutte contre Daech à la Syrie, a annoncé vendredi le Premier ministre Charles Michel. 

La Belgique répond ainsi favorablement à la demande exprimée dans le cadre de la coalition des pays qui combattent l'organisation terroriste. Un débat approfondi aura lieu au parlement, a assuré Charles Michel (MR).

Le 1er juillet, les chasseurs-bombardiers belges doivent prendre le relais des appareils néerlandais basés en Jordanie. A la fin février, les Etats-Unis ont formellement demandé à la Belgique d'étendre son intervention limitée jusqu'à présent à l'Irak.

Les F-16 attaqueront les lignes d'approvisionnement de l'Etat islamique

Les ministres des Affaires étrangères et de la Défense, Didier Reynders(MR) et Steven Vandeput(N-VA), n'avaient jamais fait mystère de leur intention de répondre favorablement à cette demande. Le premier ministre avait déjà indiqué de son côté que la "responsabilité" de la Belgique était "d'être solidaire dans des coalitions internationales pour assurer la sécurité chez
nous et la stabilité aux frontières de l'Europe".

"Les avions belges attaqueront les lignes d'approvisionnement de l'Etat islamique dans l'est de la Syrie. La décision belge constitue en partie un signal politique à l'égard de la coalition internationale", a confié M. Vandeput. Elle répond également à un objectif d'efficacité: l'organisation ne s'arrêtant pas aux frontières, elle doit pouvoir être combattue là où elle se trouve. D'autres pays ont d'ailleurs pris une telle décision, a fait remarquer Didier Reynders: la France, les Pays Bas ou encore le Danemark.

La trentaine de militaires affectés à des missions de formation et d'appui qui opéraient depuis Bagdad, dans un camp sécurisé, iront désormais dans d'autres parties du pays, toujours dans des endroits sécurisés. Ils continueront à remplir leur mission en deuxième ligne et non sur le terrain des opérations.

Cadre juridique international d'une telle intervention

D'un point de vue juridique, la Belgique fondera son mandat sur la résolution 2249 du Conseil de sécurité des Nations-Unies, qui demande aux Etats d'éliminer le sanctuaire de Daech en Irak et en Syrie, et sur l'article 51 de la Charte des Nations-Unies consacrant le droit à la légitime défense collective.

"De nombreux autres pays que la Belgique ont considéré qu'il y avait un mandat des Nations Unies pour légitimer les interventions, à côté de l'article 51 de la Charte sur la notion de légitime défense collective", a souligné le Premier ministre.

Il revient au gouvernement de prendre une telle décision, conformément à la Constitution, a laissé entendre Charles Michel. Un débat large et approfondi aura toutefois lieu au parlement avant le déploiement des F-16.

Le premier ministre a insisté par ailleurs sur l'importance que la Belgique attachait aux "options" politique, diplomatique et de développement à côté de l'option militaire.

L'opposition regrette l'absence de débat parlementaire

Généralement très prompt à réagir sur les matières militaires, l'ancien ministre de la Défense, André Flahaut, n'a pas dérogé à ses habitudes. Sur Twitter, le socialiste a rappelé que le bon usage voudrait que les ministres, en ce y compris le Premier, présentent leurs projets de résolutions avant l'adoption de celles-ci.

Point de vue partagé par le député PTB Raoul Hedebouw qui n'hésite pas à fustiger la manière dont le gouvernement Michel applique les principes de démocratie aux questions de guerre.

En mars dernier, le parti de gauche avait déjà souligné les risques liés à de telles frappes militaires, considérant que les bombardements avaient surtout pour effet de "fabriquer des terroristes". 

Les bombardements aériens seuls ne pourront pas résoudre cette crise

Du côté des verts, bombarder la Syrie n'est pas la solution. Ecolo-Groen, outre à se montrer très surpris par cette décision unilatérale, fait remarquer l'inefficacité des frappes militaires jusqu'à présent: "Si nous devons évidemment lutter farouchement contre Daesh, la réponse militaire et les bombardements aériens seuls ne pourront pas résoudre cette crise. Les 40 000 bombes larguées sur la Syrie et l'Irak depuis 2014 n'ont toujours pas affaibli l'organisation terroriste. Depuis plus de 10 ans, la communauté internationale se contente d'uniquement intervenir militairement. Et cela n'a apporté aucune stabilité dans la région, ni rendu notre propre pays plus sûr". Toujours selon Benoît Hellings, une autre approche est possible. Selon lui, la Belgique devrait plutôt oeuvrer à la création de couloirs humanitaires et de soutien à la population syreienne.   

Le député Ecolo fustige enfin la manière unilatérale dont ce gouvernement a décidé de cette "entrée en guerre", sans aucun mandat véritable et spécifique de l'ONU, et sans débat parlementaire préalable.

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