La Belgique au Conseil de sécurité de l'ONU? 3 questions à Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères

Vendredi, la Belgique devrait, sauf énorme surprise, être élue pour siéger au Conseil de sécurité de l'ONU pendant deux ans. Les 193 États membres doivent voter pour la Belgique et l'Allemagne qui devront récolter deux tiers des voix pour effectivement obtenir les deux sièges accordés au groupe régional des pays d'"Europe occidentale et autres". Didier Reynders, ministre des Affaires étrangères, continue la campagne à New-York jusqu'aux derniers moments et rappelle ce que cette nomination, en tant que membre non permanent, pourrait apporter au plat pays. 

La campagne de la Belgique pour obtenir un siège au Conseil de sécurité des Nations unies fut longue, est-ce la fin d'un marathon diplomatique ? 

"Oui c'est une très longue campagne parce que ça fait bientôt 10 ans que la candidature a été déposée. Elle a vraiment été lancée au grand public en 2015. Pendant des années nous avons échangé des contacts bilatéraux pour expliquer la candidature, ce que nous voulions faire et quel était notre projet. Ce parcours se termine enfin et j'espère qu'on en verra les résultats vendredi avec le meilleur score possible. Il reste deux candidats pour deux places, notamment parce que la campagne a été très bonne.

J'avais demandé plus d'un million et demi d'euros à mes collègues pour organiser pendant plus de deux ans la campagne. Je crois qu'on aura dépensé 800.000 euros au total. Même dans ce genre de situation on arrive à faire des économies, mais c'est assez logique en fait.

La campagne a consisté à demander à tous les responsables publics belges et tout le réseau diplomatique de s'exprimer lors de toutes leurs rencontres pour soutenir notre candidature. On a aussi dépensé un peu d'argent lors d’événements et de débats que nous organisions, mais on a préféré demander de défendre notre candidature plutôt que de dépenser de l'argent.

Qu'apporterait ce siège au Conseil de sécurité à la Belgique ? 

"Beaucoup nous disent que c'est une fonction de prestige et que ça permet à notre diplomatie d'être présente là où les décisions se prennent. Moi je dirais, plus fortement, que le but est d'apporter des réponses aux nombreuses question que les journalistes, les parlementaires et les citoyens nous posent. Que pouvez-vous faire pour que la situation évolue en Syrie ou en Birmanie pour les Rohingyas ? Le Conseil de sécurité c'est le lieu où les décisions peuvent se prendre s'il n'y a pas de veto d'un des grands partenaires. C'est ça l'intérêt d'être présent.

Il faut répéter les raisons pour lesquelles nous sommes candidats et rappeler que nous sommes un acteur du multilatéralisme. La Belgique est connue pour défendre les institutions multilatérales. On est aussi connu pour être capable de forcer des consensus. On le fait en Belgique, en Europe, on peut le faire aussi sur la scène internationale.

On vient essayer d'agir en faveur de la paix. Il faut éviter des absences vendredi lors du vote, donc continuer la campagne jusqu'au bout.

Si la Belgique emporte les deux tiers des voix lors du vote, elle sera amenée à s'exprimer et à voter lors des décisions internationales. N'est-ce pas un risque de prendre position en faveur ou en défaveur d'un pays qui est possiblement un partenaire diplomatique, politique ou commercial ? 

"C'est toujours un risque mais on s'exprime déjà comme cela aujourd'hui et nous prenons parfois position très fermement sur un certain nombre de sujets dans le monde. On essaye de faire passer cette position ensuite là où on peut siéger. En ayant une place au Conseil de sécurité de l'ONU, on aura l'occasion pendant deux ans de faire passer, à travers un vote, nos décisions.

On le fait déjà au Conseil des droits de l'homme où nous avons participé à des décisions pour faire changer les choses concrètement. On ne résout pas tous les problèmes mais on peut se faire entendre de façon plus forte. 

Par exemple, on est très attendu sur les questions sur l'Afrique central. Depuis des mois, nous essayons de faire entendre en RDC que des élections doivent avoir lieu à la fin de cette année. C'est un thème qui est maintenant soutenu par beaucoup de dirigeants de la région, par l'Union africaine et les Nations Unies. On n'est pas seul. Le soutien de la région est important, mais celui de la communauté internationale aussi."

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