La Banque Nationale demande aux banques de soutenir la reprise économique en octroyant des crédits

La Banque Nationale a présenté son rapport annuel sur la stabilité financière en Belgique. L’année 2020 a été une année particulière en raison de l’épidémie de Covid. Quel a été l’impact de cette pandémie sur le secteur financier ? Notamment, comment le marché des crédits s’est-il comporté, tant pour les crédits aux entreprises que les prêts aux particuliers ?

Quel a été le rôle des banques ? Qu’attend-on d’elles à présent ? Autant de questions sur lesquelles la Banque Nationale s’est penchée.

Une crise d’une ampleur sans précédent. Les mesures belges ont limité la casse

L’ampleur de la crise générée par l’épidémie de Covid-19 a été importante : fermeture d’entreprises, fermeture de commerces, ralentissement important de l’activité dans certains secteurs, recours au chômage temporaire, autant de difficultés face auxquelles l’Etat a dû mettre en place des stratégies et des dispositifs d’aide.

La Banque Nationale qualifie la réaction des politiques monétaire, budgétaire et prudentielle de "rapide et vigoureuse". Pour elle, les mesures mises en œuvre, ont été "décisives" et "se sont également mutuellement renforcées pour soutenir l’économie". Les mesures ont aussi été efficaces face aux besoins de liquidités des entreprises et des ménages et face aux potentiels problèmes de solvabilité. La réaction des différentes politiques concernées a permis d’éviter que des pans entiers de l’économie ne s’effondrent", estime la Banque Nationale.

La Banque Nationale souligne l’effet important des mesures d’accompagnement du chômage temporaire pour les salariés et de droit-passerelle pour les indépendants. Ils ont été deux des principaux mécanismes de stabilisation au cours de cette crise. Le fait que ces mesures aient été prolongées, le fait aussi qu’on ait suspendu la dégressivité des allocations de chômage, qu’on ait majoré certaines allocations a aussi joué un rôle positif. La Banque Nationale estime d’ailleurs que les ménages n’ont pas subi de diminution de leur pouvoir d’achat à l’échelle macroéconomique, "Globalement, les ménages ont subi relativement peu d’impact de diminution de leurs revenus au niveau macroéconomique", estime Jean Hilgers, Directeur à la Banque Nationale, même si "certains d’entre eux ont perdu des pertes importantes au niveau micro, au niveau individuel, sans parler des impacts psychologiques".

En ce qui concerne les entreprises, le recours massif au chômage temporaire a permis de réduire la masse salariale sans devoir licencier de personnel, communique la Banque Nationale. Elle souligne aussi l’effet des mesures prises par les autorités, comme les primes versées aux entreprises contraintes de mettre à l’arrêt leurs activités ou subissant de lourdes pertes, comme les mesures de soutien à la solvabilité des entreprises, par exemple.

Cependant, cela n’a pas empêché le revenu disponible des entreprises de se détériorer en 2020, faisant apparaître un besoin de liquidités particulièrement élevé.

Les banques ont soutenu l’économie en acceptant de geler des crédits

En 2020, les banques ont dû pallier le manque de liquidités des entreprises et des ménages, rappelle la Banque Nationale. Celle-ci souligne que le secteur financier s’est d’abord engagé à accorder des reports de paiement sur le paiement des crédits des entreprises et des indépendants. Les banques ont aussi permis aux emprunteurs hypothécaires en proie à des problèmes de paiement en raison de la crise du coronavirus de bénéficier de reports de paiement.

Ces moratoires aux entreprises et aux ménages ont été largement utilisés : "À la fin de septembre 2020, ils avaient été appliqués à 13% de l’encours des crédits aux entreprises et à 6% de l’encours des prêts hypothécaires respectivement", précise la Banque Nationale. Cette situation s’est améliorée, puisqu’à la fin d’avril 2021, seulement 2% des crédits des entreprises et 0,4% des emprunts hypothécaires faisaient encore l’objet d’un report de paiement.

2020, grand cru pour le marché des crédits hypothécaires

Si l’on regarde les statistiques des crédits hypothécaires, l’année 2020 a même plutôt été une très bonne année. Avant cette crise, en 2019, la Banque Nationale avait recommandé aux banques d’être plus prudentes lors de l’octroi de crédits hypothécaires. Elle avait ainsi préconisé de demander aux emprunteurs de mettre plus de fonds propres sur la table. On voulait que la quotité, soit la part empruntée par rapport à la valeur du bien, soit plus faible.

La nécessité pour l’acheteur, dans certains cas, de devoir mettre sur la table davantage de fonds propres (par exemple 10% du montant de la valeur de l’immeuble) avait fait craindre que les recommandations de la Banque Nationale ne viennent restreindre l’accès des jeunes Belges à la propriété. Selon la Banque Nationale, et contrairement à des informations parues ces derniers mois dans la presse, il n’en est toutefois rien. Les jeunes et les "primo-acquéreurs" ont continué à avoir accès au marché des crédits hypothécaires.

La Banque nationale avance des chiffres pour étayer ce propos. En 2020, malgré la crise du coronavirus, 42 milliards d’euros ont été empruntés sous forme de prêts hypothécaires, de quoi faire figurer 2020 dans le top 3 des meilleures années sur ce plan. La part des emprunts accordés aux jeunes et aux "primo-acquéreurs" est restée stable, aux environs de 35%.

En revanche, la Banque Nationale estime que les banques ne sont pas assez prudentes dans l’octroi de crédits hypothécaires à des clients qui empruntent pour acheter des biens immobiliers dans une optique d’investissement.

Des recommandations pour les banques

La Banque Nationale estime qu’après une année 2020 traversée par une crise économique importante, les banques et assurances belges ont les reins assez solides. Elles sont en bonne santé grâce à toute une série de mesures prudentielles. Elles ont ainsi eu accès aux liquidités de la BCE, la Banque centrale européenne, elles ont renforcé leurs fonds propres, notamment en ne versant pas de dividendes aux actionnaires.

A présent, la Banque Nationale compte sur les banques pour poursuivre dans la même direction et contribuer à la relance de l’économie. Elle invite ainsi le secteur financier belge à garantir un accès suffisant au crédit bancaire.

La Banque Nationale souhaite que les banques viennent en aide aux entreprises viables qui seraient dans une situation financière compliquée en raison de la crise du coronavirus, notamment si ces entreprises ont un endettement excessif suite à cette crise. La Banque Nationale suggère, par exemple, d’envisager des rééchelonnements de dettes. "Les banques disposent de coussins de liquidités et de fonds propres suffisants pour jouer ce rôle essentiel et absorber les pertes qui y sont associées, sans que la stabilité financière n’en soit menacée", insiste la Banque nationale, évoquant "six milliards d’euros de coussins de fonds propres que les autorités prudentielles ont libérés pour les banques belges au début de la crise". Lorsqu’une entreprise est viable, la Banqua Nationale souhaite que les banques puissent "offrir des conditions de restructuration des dettes qui permettent aux entreprises de redémarrer dans de bonnes conditions". La Banque Nationale recommande cependant aux banques d’acter les pertes le plus vite possible dans leurs bilans lorsqu’il s’avère les entreprises concernées ne pourront pas rembourser.

La Banque Nationale recommande aussi aux banques de rester prudentes avec l’octroi de dividendes aux actionnaires, histoire de garder des réserves tant que l’ensemble des pertes (les crédits non remboursés), n’est pas connu.

Plan de relance: JT 30/04/2021

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