L'opposition demande que Jan Jambon vienne s'expliquer en Commission de l'Intérieur

Les réactions politiques s'accumulent suite aux propos du ministre de l'Intérieur Jan Jambon (N-VA), qui a déclaré samedi dans le journal De Standaard qu'"une partie significative de la communauté musulmane a dansé à l'occasion des attentats". Des propos réaffirmés dimanche par le ministre, sans plus de précisions factuelles.

Le chef de groupe Ecolo-Groen à la Chambre, Jean-Marc Nollet, a demandé que le ministre de l'Intérieur, Jan Jambon, vienne s'expliquer en Commission de l'Intérieur à la suite de ses déclarations sur la liesse de musulmans après les attentats. Les Verts proposent que ces explications soient données mercredi à 14h30, en début de séance. 

"J'attends la réponse du ministre. Je veux que la clarté soit faite et la clarté doit être faite au parlement", a déclaré le député écologiste, qui a répété son indignation. "J'ai été choqué. Je constate que M. Jambon lui-même a diffusé ses déclarations sur Twitter. Qu'il commence donc par retirer son tweet et s'excuser. Qu'il vienne ensuite s'expliquer car il faut des preuves sérieuses pour affirmer qu'une partie significative des musulmans - soit plusieurs centaines de milliers de personnes en Belgique - a dansé après les attentats", a-t-il souligné.

"Charles Michel se doit d'éclairer la population" pour le cdH

Du côté du cdH, on dénonce des déclarations qui "tombent dans un populisme abject". Dans un communiqué publié ce lundi après-midi, le parti ajoute que "cette volonté récupératrice et systématique de vouloir diviser les citoyens en ces temps fragiles est insupportable". Il demande que le Premier ministre et son ministre de l'Intérieur viennent s'expliquer en Commission de l'Intérieur "dans les meilleurs délais"

Si le cdH rejoint le Premier ministre quand il juge qu'il ne faut pas tomber dans l'angélisme ou la généralisation, il estime qu'il lui revient également de s'expliquer, en tant que président du Conseil national de sécurité. "Charles Michel se doit donc désormais d'éclairer la population en expliquant toute la dimension des actes que son ministre de l'Intérieur dénonce et, puisqu'il ne peut y avoir d'amalgames avec l'ensemble d'une communauté, que celui-ci s'excuse pour son dérapage qui est une évidence et qui est condamné à l'intérieur même du gouvernement", a demandé le parti humaniste.

"Des excuses de Jambon? C'est un minimum. Il faut aussi une condamnation explicite de Charles Michel, sinon il cautionne", a déclaré Ahmed Laaouej (PS) sur twitter.

De son côté, le PTB n'a pas hésité à parler de "mensonges" et de "racisme".

La cheffe de groupe sp.a à la Chambre, Meryame Kitir, a pour sa part estimé lundi que les déclarations du ministre étaient "préoccupantes". "Si c'est vrai, il doit venir avec des preuves concernant les faits. Si ce n'est pas le cas, le ministre nourrit la méfiance et l'agitation", selon Mme Kitir.

Bruxelles: aucun dossier ouvert par le parquet, Vervoort dénonce l'amalgame

Le parquet de Bruxelles a apporté son grain de sel ce lundi, affirmant qu'aucun dossier impliquant des musulmans ayant "dansé ou célébré" les attentats du 22 mars dernier n'a été ouvert au parquet de Bruxelles.

Le soir même des attentats, six personnes mineures et majeures qui fêtaient prétendument les attaques ont été signalées à la police à Neder-over-Heembeek. Elles ont été interpellées, entendues, puis relaxées faute d'éléments à charge. Le dossier a été classé sans suite, a précisé la porte-parole du parquet, Ine Van Wymersch.

Le ministre-président bruxellois Rudi Vervoort (PS) avait ce lundi matin déjà dénoncé l'amalgame. Un seul fait correspondant aux propos controversés du ministre de l'Intérieur a été enregistré par les services de police à Bruxelles, avait-il affirmé. "La police locale de Bruxelles-Ixelles a enregistré un fait concernant deux individus qui se sont retrouvés à proximité du domicile d'un des présumés terroristes et ont voulu faire la fête", a détaillé Rudi Vervoort à son arrivée à une réunion du comité de concertation, au Lambermont à Bruxelles. Ces deux individus ont immédiatement fait l'objet d'une arrestation administrative par les services de police, a-t-il ajouté.

La police locale de Bruxelles-Ixelles a enregistré un fait concernant deux individus - Rudi Vervoort

"Il n'y a que ce fait-là qui a été porté à ma connaissance sur le territoire de Bruxelles", a-t-il souligné, faisant remarquer au passage qu'il avait obtenu ces explications au Conseil national de sécurité lorsque le sujet a été évoqué. "Si sur base d'un seul élément isolé, on en tire des généralités - c'est ce que j'appelle des amalgames -, je trouve qu'intellectuellement ce n'est pas très correct, ça ne facilite pas les choses, nous n'avons pas besoin de cela en ce moment", a commenté le chef du gouvernement bruxellois.

Koen Geens: "Tout le monde a droit à ses petites erreurs"

A l'entrée du Comité de concertation ce lundi matin, le ministre Koen Geens (CD&V) a regretté les propos de Jan Jambon: "Tout le monde dans ces temps difficiles a droit à ses petites erreurs, mais je crois quand même qu'il faut éviter qu'on polarise davantage et il ne faut pas polémiquer du tout.  L'unité pour l'instant fait la force".  

La députée Nahima Lanjiri (CD&V) a jugé les propos du ministre de l'Intérieur "stigmatisants". "Sa rhétorique polarisante affaiblit les nombreux musulmans qui ont condamné les attentats et participé dimanche à la marche contre la peur", a-t-elle déclaré.

Le CD&V, membre de la coalition fédérale, demande des explications au ministre. Il les attend pour le prochain conseil des ministres ou au Parlement: Jan Jambon doit prouver ce qu'il dit ou alors cesser.

Gwendolyn Rutten : gardons-nous de généraliser et de stigmatiser

"Nous devons chercher en profondeur les causes du radicalisme mais la réussite de cette mission dépend du talent que nous mettrons à ne pas généraliser, ni stigmatiser", a déclaré lundi la présidente de l'Open Vld, Gwendolyn Rutten, après les déclarations du ministre de l'Intérieur, Jan Jambon.

"Toute célébration de la terreur ou d'actes de cruauté dans notre pays, c'est une de trop et il faut s'y attaquer sérieusement. Résolvons ce problème au lieu de nous adresser des reproches. Et cela, il faut le faire en plaçant des individus devant leurs responsabilités et en leur demandant des comptes à propos de leur comportement", a-t-elle souligné.

Les libéraux flamands mettent en garde tant la gauche que la droite face à une "fausse opposition". "Dans un camp, on proclame que l'on est les seuls à oser appeler les choses par leur nom, tandis que dans l'autre camp, on affirme qu'il n'y a aucun problème, à une exception près. Les deux analyses sont fausses", a ajouté Gwendolyn Rutten en insistant sur la tâche qui attend la commission d'enquête parlementaire.

D'autres partis et personnalités politiques avaient déjà demandé, dimanche, que le ministre de l'Intérieur s'explique. 

Dimanche soir, le Premier ministre Charles Michel (MR) a de son côté soutenu son ministre, condamnant tout amalgame, mais aussi tout angélisme.

Un tweet ambigu de Siegfried Bracke ?

Le président de la Chambre Siegfried Bracke (N-VA) a, lui, twitté ce lundi en début d'après-midi quelques mots sujets à interprétation: "Je peux vous signaler qu'une partie #significative des manifestants d'hier étaient des musulmans. Vu de mes propres yeux."

Faut-il y voir une remise en question, par un membre de son propre parti, des propos tenus par le ministre Jan Jambon? Ou un simple clin d’œil? Sans les contredire, il y fait en tout cas allusion en mettant l'accent sur les mots "partie significative", également utilisés samedi par le ministre.

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