"L'identité wallonne n'est pas un nationalisme", dit P. Destatte

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Philippe Destatte, directeur général de l'Institut Destrée, revient au micro de Matin Première, sur la notion d'identité wallonne que Rudy Demotte, le Premier wallon, entend dépoussiérer. Une identité qui ne doit pas être confondue avec le nationalisme.

Philippe Destatte parle d'ailleurs d' "une Wallonie ouverte sur le monde". Dans cette perspective, "s'interroger sur ce qu'on est, sur ce qu'on fait et sur ce qu'on veut devenir, c'est un débat qui est nécessaire", dit-il.  Une interrogation qui doit être, pour lui, constante et  menée avec les jeunes de manière pédagogique. "Ca relève d'une bonne gouvernance, d'une bonne gestion territoriale (...) et ça relève aussi de la mobilisation citoyenne", affirme Philippe Destatte. Pour lui, Rudy Demotte est donc "tout à fait dans son rôle".

En écho, il y a le débat sur l'identité nationale en France, qui s'est plutôt mal déroulé. Pour Philippe Destatte, le débat français sur "l'identité nationale" interroge justement quelque chose d'autre "qui est l'interpellation sur la présence de l'Islam en France". Pour lui, "lorsqu'on parle d'identité pour la Wallonie, on parle d'un autre projet : on parle de mobilisation, de cohésion suffisante...". Le défi, explique-t-il, c'est de savoir si, lorsqu'on parle de la Wallonie, on en parle comme d'une entité concernante, ou bien si l'on évoque quelque chose d'extérieur...

"Il y a un certain nombre d'éléments qui sont liés à une identité", relève-t-il. A commencer par des éléments patrimoniaux, avec le regard que l'on porte dessus. "Comprendre les choses, c'est un élément de base de la construction d'une identité". Il faut donc faire de la pédagogie, mettre à la disposition des Wallons des documents  explicatifs pour leur permettre de comprendre de quoi on parle. Il faut également, souligne-t-il, créer un "espace médiatique suffisant où l'on parle de la Wallonie". Un espace au sein duquel "on ne parle pas simplement de la région liégeoise ou de la région montoise, mais où l'on arrive à débattre, de façon citoyenne, des grands enjeux du futur". Troisième élément, dit-il : "il faut construire de façon tout à fait claire un projet mobilisateur et partagé par tout le monde". "Un projet commun, car l'identité c'est aussi se projeter dans l'avenir... ", dit cet historien.

A la recherche de la base de l'identité wallonne

"On ne peut pas dire qu'il n'y ait pas une histoire, qu'il ne s'est pas passé quelque-chose. On ne peut pas parler de la Wallonie sans se dire qu'en 1898, certains ont affirmé la Wallonie et que d'autres avec Jules Destrée ont créé un parlement informel à partir de 1912. Mais ce qui fonde aujourd'hui la Wallonie, ce sont les lois de 1970 qui ont créé une entité fédérée". Il fallait donc créer une collectivité politique qui aille avec les institutions ainsi créées. Une création qui passe par la détermination de frontières, donc d'un territoire ; ce qui permet de dire "tous les hommes et toutes les femmes qui vivent sur ce territoire sont des Wallons, quelle que soit d'ailleurs leur nationalité, ce qui montre la nature complètement différente du débat sur l'identité wallonne par rapport au débat français."

Si elle n'entre pas en concurrence avec le sentiment d'être Belge, l'identité wallonne ne serait-elle alors qu'une identité "soft", de seconde zone ? Philippe Destatte rappelle qu'il a écrit des articles niant qu'il y ait un nationalisme wallon, "mais ça dépend de ce qu'on met dans le mot nationalisme". Il observe qu'il demeure, par exemple, des reliquats d'identité "nationale" liégeoise, qui entrent  en concurrence avec l'identité wallonne. De même pour l'expression du rattachement à la France, qui est une réalité. Et puis "contrairement à ce que disait Jules Destrée", la Belgique existe, à laquelle le sentiment d'attachement qui s'est fortement développé entre lui aussi en concurrence avec l'identité wallonne. Nous sommes donc bel et bien dans des jeux d'identité multiple, conclut-il.

Thomas Nagant

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