L'Histoire Continue : 1989, un avion militaire soviétique sans pilote à bord s'écrase en Belgique

L'histoire incroyable d’un avion fou qui a traversé le ciel belge pour venir s’écraser sur une ferme proche de Courtrai et tuer un jeune homme de 19 ans. A bord de l’avion de chasse soviétique, il n’y a pas de pilote. Manœuvre hostile ou simple accident ? Ce crash aérien est le dernier soubresaut -méconnu- de la Guerre Froide. Il permet de raconter les 30 dernières années de l’armée soviétique, devenue depuis lors l’armée russe : de la déliquescence au moment de la fin de la Guerre Froide, à la renaissance après les années 2000, en passant par le drame Koursk et la chute de l’URSS.

Mardi 4 juillet 1989, 10h37. Une matinée comme les autres dans la campagne flamande. Nous sommes à Kooigem, en Flandre occidentale. Un peu plus loin, la grand route mène à Courtrai. Dans la torpeur de ce matin d’été, personne ne peut imaginer ce qu’il va se passer dans les secondes qui viennent.

Un avion de chasse soviétique tombe littéralement du ciel, s'écrase sur une maison et tue un jeune homme de 19 ans.

Le mystère est total : il n’y avait pas de pilote dans l’avion. Alors une question se pose : s’agit-il d’une manœuvre hostile de l’armée soviétique ?

1989 : un acte soviétique hostile est-il vraiment imaginable ?

Nous sommes en 1989 et Mikhaïl Gorbatchev, à la tête de l’URSS, est en visite diplomatique en France. Le dégel de la guerre froide est bien amorcé. Une attaque soviétique semble improbable. Et pourtant. Cet avion militaire s’est bien écrasé sans crier gare sur le sol belge. Et il était armé, car plusieurs explosions ont retenti. Des décombres de la maison de Kooigem, émerge l’étoile rouge, frappée sur la carcasse du MIG-23.

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Carcasse du MIG-23 qui s'est écrasé à Kooigem en 1989 © belga

Rapidement, le Ministre de la Défense, Guy Coëme, arrive sur place accompagné de journalistes. Tous viennent de Coxyde, où l’armée tenait une conférence de presse. Sur les lieux du crash, la police maintient tout le monde à l’écart puisque l’avion -semble-t-il- est dangereux. Du coup, la question se pose : était-il armé de charges nucléaires ? Visiblement non. D’où venait-il ? Allemagne de l’Est ? Pologne ? Quelles étaient ses intentions ? Son vol était-il hostile ? L'ombre de la Guerre Froide plane encore sur les relations entre l'Est et l'Ouest.

Alors que l’on sait encore très peu de choses, le chef de l’Etat Major de l’armée, le Lieutenant-Général Charlier prend la parole, devant les caméras. Et le  constat qu'il pose est évident : une manœuvre hostile paraît inimaginable.

L'histoire incroyable d'un avion que plus personne ne contrôle

Au fil des heures, les choses se précisent. Le fil de l’histoire se retisse. Ce mardi matin de juillet, l’avion a décollé de la base aérienne de Kolobrzeg, en République Populaire de Pologne. Dans le cockpit, son pilote, le colonel Serguei Skouridine effectue un vol de routine. Le chasseur file à 300 km/h. Il est à 300m d’altitude. Quand tout à coup, le moteur s’éteint. Le pilote reçoit l’autorisation de s’éjecter.

La mer Baltique n’est pas loin. Avant de pousser sur le bouton du siège éjectable, le pilote prend soin de modifier les commandes de vol. L’avion partira vers le Nord et s’abîmera ainsi en mer.

Une fois l’avion vide, tout ne se passe pas comme prévu. Le moteur redémarre. Et le système de pilotage automatique prend la main : cap vers l’ouest.

Mais, une fois l’avion vide, tout ne se passe pas comme prévu. Le moteur redémarre. Et le système de pilotage automatique prend la main : cap vers l’ouest. L’avion fou vole en ligne droite vers l’Allemagne de l’Est, passe le rideau de fer traverse l’Allemagne de l’Ouest, et les Pays-Bas où il est pris en chasse par deux F-15 américains qui décollent depuis la base de Soesterberg.

A 10H37, l’avion vole donc dans l’espace aérien belge. A court de carburant, après un vol d’environ 900 km, il s’écrase. Et fait une victime : le jeune Wim Delaere, étudiant de 19 ans.

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DISMANTLING OF USSR © Tous droits réservés

6 juillet. Depuis Moscou, face aux caméras soviétiques, le colonel Serguei Skouridine présente des excuses formelles. “Si j’avais su ce qui allait se passer, j’aurais tout fait pour redresser l’appareil, jusqu’au bout”, dit-il à la télévision.

A Paris, Michael Gorbatchev -toujours en visite diplomatique- s’adresse, lui aussi, via la télévision, au peuple belge. “Je regrette cet incident. Les Belges connaissent les causes de l’accident et nous leur avons transmis nos condoléances”.

Dans la foulée, le Ministre de la Défense, Guy Coëme, fait une proposition. Installer une ligne de communication directe entre l’Europe et l’Union Soviétique, sorte de téléphone rouge, à l’image de celui qui existe entre Washington et Moscou. La proposition sera acceptée. Et va bel et bien voir le jour. 

La chute de l'Armée Rouge

La proposition de Guy Coëme portait sur un télex, plus qu’une ligne rouge. Cela dit, ça ne va pas durer longtemps, puisque quelques mois plus tard, le Mur de Berlin va tomber et on va vivre une longue période de détente”, explique Gérard Gaudin, journaliste à l'agence Belga et spécialiste des questions de défense. Personne, à l'époque, ne peut s’imaginer que 2 ans plus tard, l'Union Soviétique va s’effondrer. 

Et pourtant, la chute de l'URSS va précipiter la fin de l’Armée Rouge. “Il y a eu un principe qui disait que chaque république soviétique récupérait les Hommes et le matériel qui était sur son territoire. C’est comme ça que, par exemple, l'Ukraine a profité d’un matériel largement excédentaire, parce que le front ouest était suréquipé en matériel par les Soviétiques”.

Et pendant une dizaine d’années, la situation va rester celle-là : l’Armée Rouge a été disloquée, et la Russie se retrouve avec une armée sous-financée, fragilisée. "En terme technologique, de formation, de compétence, de l'effectivité des chaînes de commandement, on a un véritable délabrement dans les années 90”, explique Aude Merlin professeure à l'ULB et spécialiste de la Russie.

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The conning tower of the Kursk nuclear submarine appears at the surface in the port of Roslyakovo, near Murmansk, 23 October 2001 © AFP - PHOTO EPA POOL/STRINGER

En 2000, Vladimir Poutine accède au pouvoir, notamment sur un programme militaire. “Il incarne un retour à l’ordre, explique Aude Merlin. “Il est arrivé au pouvoir en surfant, en quelques sortes sur la reprise de la guerre en Tchétchénie. Il incarne les structures de force en Russie et leur retour sur la scène politique."

Or, quelques mois plus tard, le Koursk, sous-marin militaire sombre dans des conditions terribles. C'est un véritable échec pour Vladimir Poutine. Le naufrage du Koursk symbolise, d'une certaine manière, les défaillances techniques et humaines de l’armée russe.  

Années 2000 : la renaissance de l'armée russe

La reprise en main de l’Armée Russe démarre à ce moment-là et va se concrétiser en 2008, puis 2012. De nouvelles stratégies apparaissent : le cyber, l’intérêt pour l’Arctique, les anciennes républiques soviétiques. L’intervention en Syrie a également montré les évolutions techniques et technologiques dans lesquelles l'armée russe s'est engagée. En 20 ans, “l’armée russe s’est professionnalisée, explique Gérard Gaudin. Les investissements ont repris. Il y a du nouveau matériel aérien, terrestre, naval. Elle est redevenue un des grands acteurs militaires sur la scène internationale."

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