L'exécutif des musulmans n'a "aucun contrôle" sur la mosquée du Cinquantenaire

Abdelhadi Sewif, l'imam de la Grande Mosquée de Bruxelles est "un homme dangereux pour la sécurité nationale". Les mots sont de Theo Francken, le Secrétaire d'Etat à l'Asile et à la Migration. Ce dernier a indiqué ce mardi qu'il avait décidé de "retirer la carte de séjour de l'imam" d'origine égyptienne. "Les services de sécurité demandent à l'Office des étrangers de lui retirer son droit de séjour parce qu'il est un imam radical salafiste. [...] C'est clair qu'il n'est pas le bienvenu ici en Belgique", a ajouté Theo Francken.

Pour faire le point sur cette question, Thomas Gadisseux recevait ce mercredi matin Salah Echallaoui, le président de l’exécutif des musulmans de Belgique, dans Matin Première.

Interrogé sur le cas d'Abdelhadi Sewif, Salah Echallaoui assure que l'exécutif des musulmans "n’avait aucune information à ce sujet". Il poursuit : "Je savais très bien qu’il avait déjà un refus de prolongation de sa carte de séjour au mois de mars. Il avait fait un recours et attendait la décision du conseil des contentieux. Mais nous n’avons aucune information sur le fait que cet homme présente un danger ou tiendrait un discours radical."

L'imam de la grande mosquée consulté par le conseil des théologiens

Le président de l'exécutif conteste que l'imam de la Grande Mosquée faisait partie du conseil des théologiens. "La Grande Mosquée du Cinquantenaire est invitée à certaines réunions du conseil des théologiens, notamment quand il s’agit de fixer le début ou la fin du mois de Ramadan et la date du sacrifice. Le but est d’unifier la décision à ce niveau-là et de permettre à la communauté musulmane de ne pas avoir deux avis différents sur le sujet."

Peut-on donc affirmer que l'exécutif des musulmans n'a aucune emprise sur la Grande Mosquée ? Oui, confirme Salah Echallaoui. Selon lui, l'exécutif n'a "aucun contrôle" sur cette mosquée. Celle-ci "n’est pas reconnue donc elle n’est pas liée structurellement à l’exécutif des musulmans de Belgique et elle n’a pas participé non plus au renouvellement de l’exécutif en 2014. Elle ne figure pas parmi les 292 mosquées qui ont signé une adhésion à la Constitution et aux lois du peuple belge".

>>> A lire sur le site de l'exécutif des musulmans de Belgique: la liste complète des mosquées reconnues

Certaines voix plaident donc pour que la Grande Mosquée soit gérée par l'exécutif des musulmans. Mais, concède son président, "je ne sais pas comment ça va être réglé au niveau politique. [...] Nous n’avons jamais introduit une demande dans ce sens-là."

"Mettre en place un islam de Belgique"

Salah Echallaoui reconnaît que le financement de la grande mosquée est un problème. "La Grande Mosquée du Cinquantenaire dit qu’elle est financée par la ligue islamique mondiale, donc pas par le régime d’Arabie saoudite. Cela pose question en ce qui concerne le financement des cultes depuis l’étranger."

>>> A lire également : en 2016, le financement de la Grande Mosquée en question

Que faire dès lors pour dégager le culte musulman en Belgique de la tutelle d'autres Etats ? "Ce que nous voulons changer à ce niveau-là c’est mettre en place un islam de Belgique, explique Salah Echallaoui. Un islam ancré dans notre société, en phase avec le cadre légal et institutionnel de notre pays, [...] un islam qui prend en considération le contexte européen."

Ce projet pourrait passer par la mise en place d'un séminaire pour les imams, comme c'est le cas dans le culte catholique. Le président de l'exécutif confirme: "Notre objectif est de mettre en place un séminaire de formation d’ordre des imams. Déjà l’année dernière, il y a eu la mise en place d’un séminaire contre la radicalisation. Nous voulons continuer dans cette voie en mettant en place un séminaire de trois ans."

Lier titre de séjour et suivi d'une formation ?

Salah Echallaoui ajoute qu'il a présenté une note détaillée au ministre de la Justice - qui compte les Cultes dans ses compétences - sur le sujet. "Nous voulons être soutenus par le fédéral pour que ce séminaire puisse voir le jour." Cette formation se voudrait contraignante pour que les imams aient le droit d'exercer leur fonction en Belgique.

Quant à savoir si l'obtention du titre de séjour pourrait être liée à la réussite de cette formation, c'est plus compliqué. "Beaucoup d'imams ont la nationalité belge et n'ont pas besoin d’un titre de séjour, remarque le président de l'exécutif. Pour ceux qui demanderaient un titre de séjour, ils devraient avoir cette habilitation de l’exécutif des musulmans de Belgique et de son conseil des théologiens. C’est très important pour nous de travailler dans ce sens-là."

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