L'Evolution climatique: un débat scientifique ou religieux?

L'Evolution climatique: un débat scientifique ou religieux?
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Devons-nous nous attendre à des inondations, des vagues de froid et de chaleur et à un dérèglement climatique? Le dernier rapport du Giec ne convainc par tout le monde, à commencer par les climato-sceptiques. Pour eux, le CO2 ne serait pas la cause, mais bien la conséquence du réchauffement de la planète. Et viser le "100% renouvelable" à l’horizon 2050 n’aurait aucun sens. Les scientifiques crient au scandale et les politiques doivent composer avec un climat économique dégradé. Un débat climatologique tendu sous un ciel lourd de menaces.

Événement rare sur un plateau de Mise au point: l’un des intervenants majeurs au débat, Jean –Pascal van Ypersele, s’est exprimé avant l’émission, refusant de débattre aux côté de ceux qui nient le réchauffement climatique. Il défend le rapport du Gieg qui fournit un diagnostic plus précis et plus inquiétant que le précédent: "Je ne crains pas la contradiction, mais on ne débat plus sur le fait de savoir si la terre est ronde ou plate ou si la cigarette est bonne ou mauvaise pour la santé.  Nous faisons l’effort scientifique le plus grand pour établir un diagnostic fiable. Le mettre sur le même pied que des gens qui n’ont aucune compétence en climatologie n’est pas acceptable. Ils sèment le doute sur une réalité."

Il est minuit moins trois

Le rôle du Giec est de tirer le signal d’alarme, explique le scientifique: "Depuis 1996, on assiste à un réchauffement de 0,14°. Les gaz à effet de serre continuent à réchauffer le climat. Et si les phénomènes sont masqués, c’est parce que 90% du supplément d’énergie dû aux effets de serre sont assimilés par les océans. Mais dans le même temps, le niveau des océans grimpe de 20 cm depuis le début du 20ème siècle, et la tendance s’accroît. Dd’Ici la fin du siècle, selon les modèles, la montée des océans sera de 30 cm à 1 mètre, ce qui est plus important que ce que prévoyait le rapport précédent ".Même pour la côte belge, cela posera des questions. Et surtout, le Giec pointe la responsabilité de l’homme à 95% des phénomènes climatiques: "La physique de l’effet de serre est connue depuis 150 ans. Les glaciers reculent, les océans montent  et les calottes glaciaires ajoutent de l’eau dans les océans. Cela donne une image convergente à propos de l’influence des activités humaines par le CO2 et l’effet de serre. Pour Jean-Pascal van Ypersele, il est "Minuit moins 3. Comme l’homme est le facteur principal c’est lui aussi qui détient la solution. Il faut tourner le dos aux énergies fossiles".  Avant de quitter le plateau, il justifie son départ par le fait qu’un consensus scientifique basé sur 4000 articles est si fort que même les exportateurs de pétrole se sont dits prêts à accepter la vérité scientifique.

Réchauffement ? (Presque) rien depuis 17 ans

Personnellement visé, Istvan Marko, professeur de chimie à l'UCL et porte-drapeau des climato-sceptiques va à contre-courant des positions du Giec. Pour lui, le ralentissement du réchauffement est visible: "Dans l’histoire climatique, il y a des plateaux de température stable. Or on constate que sur les 17 dernières années, nous avons relâché l’équivalent d’un 1/3 du CO2 généré depuis le début de l’ère industrielle sans relever la moindre augmentation de température". Pour Istvan Marko par de doute, le CO2 n’est donc pas responsable de l’augmentation de température, mais suit celle-ci.

Présentant sa position comme médiane par rapport à celle d’Istvan Marko et du Giec, Michel Erpicum, climatologue à l'ULg et vice-président de l'Association Internationale de Climatologie se targue de bien connaître la variabilité du climat dans le temps et dans l’espace.  A ce titre il regrette la position de Jean-Pascal van Ypersele "qui refuse tous les débats où je suis invité. Or je ne suis ni dans un camp, ni dans un autre ".

Les climato-sceptiques et Elvis Presly

Même tension au niveau politique. Olivier Deleuze compare les climato-sceptiques aux 7% des Américains qui pensent qu’Elvis Presley est toujours vivant. C’est pour mieux préciser que "ces farfelus" ne sont pas dangereux : "Les décideurs savent bien qu’il y a un changement climatique. Mais ils tardent à prendre des mesures parce que les groupes d’intérêts sont puissants et que culturellement, il est difficile de prendre une décision qui aura un impact dans 30 ans ".

Position plus nuancée de David Clarinval, député fédéral MR qui a suscité l’émoi d’Ecolo en invitant les climato-sceptiques à s'exprimer au Parlement : "J’ai constaté une pensée unique et lors de l’échec du  Sommet de Durban j’ai voulu entendre un autre son de cloche. Il nous paraissait important de pouvoir entendre plusieurs positions. Ce ne sont pas de farfelus, ce sont des scientifiques et je souhaite entendre tous les avis pour que chacun se forge une opinion. Ecolo est le seul parti démocratique à ne pas avoir participé".

Le coût de l’inaction sera plus important que celui de l’action

Pour Jean-Christophe Schoune, secrétaire général d’Inter Environnement Wallonie, l’essentiel est de s’intéresser aux solutions des défis mis en avant par les études convergentes sur le rôle du CO2. "Car les conséquences peuvent être l’intensification des événements extrêmes, le dérèglement du régime des pluies. La Belgique sera affectée par ce réchauffement. Et si la mer monte d’un mètre, cela imposera sur nos côtes des constructions de génie civil". D'où la nécessité d'agir maintenant "Car le coût de l’inaction sera plus important que celui de l’action immédiate "... "Et pour cela, il faut mettre le phénomène environnemental au cœur des choix économiques (réseaux intelligents, transports publics, etc.) on pourra réduire de 100% des effets de serre d’ici 2070 et ce sera moins cher que si on ne fait rien."

Prédire le temps qu’il fera dans un trimestre? Impossible

Pour Denis Collard, météorologue RTBF, annoncer que le prochain hiver " sera le plus froid depuis 100 ans" est impossible : "il existe des études sur les prévision saisonnières, mais être précis sur les prévisions à long terme n’a pas de sens. Elles sont raisonnables jusqu’à 10 jours dans certains cas de figure et jusqu’à 4 semaines pour des tendances".

Jean-Claude Verset

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