L'Europe des retraités: bientôt 67 ans pour tout le monde?

Partout, l'augmentation de l'âge de la pension provoque des grincements de dents. Ici, un manifestant français en septembre 2014
Partout, l'augmentation de l'âge de la pension provoque des grincements de dents. Ici, un manifestant français en septembre 2014 - © JOEL SAGET - BELGAIMAGE

En Belgique, la perspective d'une retraite à 67 ans a fait l'effet d'une bombe. Pourtant, c'est toute l'Europe qui, à quelques rares exceptions, se prépare à travailler plus longtemps d'ici 2020 à 2030. Comme si les contingences économiques imposaient des mesures identiques, que les gouvernements soient de gauche ou de droite. Tout le monde signerait aujourd'hui pour le système français qui limite toujours l'âge de la retraite à 60 ans (62 ans en 2020).

En 2050, trois Européens sur dix auront 65 ans et plus. Et la situation socio-économique ne prête pas à l’enthousiasme: les taux de chômage sont élevés dans toute l’Europe, entraînant une baisse de perception des cotisations sociales qui doivent précisément financer les retraites. Un cercle vicieux qu’alimente encore l’augmentation du nombre des pensionnés.

Si la perspective de travailler un ou deux ans de plus ne fait pas plaisir aux travailleurs belges, il peuvent sans doute se consoler en constatant que nos voisins ont pris, ou prennent, la même direction. D'ici 2020 à 2030, ce sera 67 ans pour presque tout le monde.

L'Europe n'y est pour rien... enfin presque

Pour une fois, on ne pourra pas accuser "Bruxelles" d’avoir imposer ses règles. En principe, chaque pays a la liberté de déterminer l’âge de départ à la retraite de façon souveraine. En revanche, l’Europe contrôle l’état de nos finances publiques. Et c'est par le biais des recommandations, que l’Union attire l’attention sur le social en général et les retraites en particulier.

Sur les ondes de la RTBF, la secrétaire confédérale à la confédération européenne des syndicats (CES), Claudia Menne, dit avoir observé que depuis trois ans, les recommandations de l'Union européenne par pays se concentrent sur les retraites. "Pour cette année, il y a 19 pays qui ont des recommandations spécifiques sur les questions de pension ou de santé. Parmi les 19 pays, il y en a huit qui ont reçu la recommandation d'élever l'âge de la retraite".

Le 2 juin 2014, la Belgique a pu le vérifier par une recommandation le Conseil qui évoquait, pour notre pays, l'importance de "contenir les dépenses publiques futures liées au vieillissement de la population, en particulier en ce qui concerne les retraites et les soins de longue durée, en renforçant les efforts destinés à réduire l’écart entre l’âge effectif et l’âge légal de départ à la retraite, en avançant la mise en œuvre de la limitation des possibilités de départ anticipé à la retraite, en encourageant le vieillissement actif, en alignant l’âge légal de départ à la retraite et les exigences en matière de durée de carrière sur l’évolution de l’espérance de vie."

Difficile d'être plus claire

"Encourager le vieillissement actif"

Dans le système de financement des pensions belges, basé sur la répartition (les actifs paient la pension des non actifs), le surcoût du vieillissement de la population pourrait coûter 300 milliards d’euro à l’horizon 2060. Et la situation belge n'est pas la plus confortable. Entre 55 à 65 ans, on trouve entre à peine 30% de travailleurs actifs.

Surtout, l’âge moyen de départ à la retraite est chez nous de 59 ans, contre 64 ans pour la moyenne européenne.

Le graphique ci-dessous paraît plus optimiste, mais se base, pour la Belgique, sur des données de 2007 (Eurostat)

Les retraités ont une heure d'avance

La principale  différence du retraité belge dans le ballet européen est son départ largement anticipé à la retraite: autour de 60 ans (plutôt moins) alors  qu'il est de 64 ans en Bulgarie, 62 ans en Allemagne et même 60 ans en France ou l'âge du départ correspond donc à celui du départ officiel à la retraite.

 

Suivre l'exemple suédois

Parmi les pays qui ont pris les mesures les plus strictes, figure la Suède. Réformé depuis 2001, son système de pensions basé sur un "compte carrière" fait aujourd’hui réduire les plus grosses pensions. C’est de ce système de compte-pension que se rapproche le système à points envisagé par le nouveau gouvernement belge.

Au-delà des chiffres

Nos tableaux rendent difficilement compte des particularités de chaque pays. Ainsi en Allemagne, la retraite à 67 ans ne sera atteinte qu’en 2029.

En Bulgarie, pays pourtant en grande difficulté, l’âge de la retraite reste fixé pour l’instant à 63 ans (et 4 mois) pour les hommes et 60 ans (et 4 mois) pour les femmes. Mais le montant minimal de la pension contributive (premier pilier) est fixé à 74 euros à peine.

En Grande-Bretagne, ce sont les femmes qui ont le plus à se plaindre, avec un âge de retraite qui passe, en peu de temps, de 60 à 67 ans. Une expérience qu'ont connue les femmes belges en voyant grimper l'âge de la pension de 60 à 65 ans. Puis 67 d'ici 15 ans.

Dans de nombreux pays, la pension de "premier pilier" est relativement basse et fait intervenir une indispensable pension complémentaire.

A moins de compter sur un système de financement alternatif, d'ici 2040, le coût des retraites représentera près de 15% du PIB de notre pays. Contre 10,6% aujourd’hui

La part des dépenses de sécurité sociale consacrée à la vieillesse indique également de fortes différences européennes. Le pourcentage n’est que de 32% en Belgique (34% en Allemagne), alors qu’il atteint 51% en Italie.

Ajoutons à cela le nombre d’années de cotisations pour une carrière complète ( de 40 à 45 ans selon les pays) et l’on obtient un système européen disparate interdisant de réelles comparaisons de pays à pays. Ce qui est pratiquement identique pour tout le monde est pourtant l’évolution de l’espérance de vie. Elle était de 70 ans pour un belge en 1970. Elle approche aujourd'hui 78 ans et elle passera à 83 ans en 2040. Pour la femme, la moyenne passera de 83 ans à 86 ans. Qui s’en plaindrait ?

Jean-Claude Verset

Source : Eurosta,  Missoc et le comparatif social européen du 25/8/2014

 

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