L'Etat a-t-il failli dans l'accompagnement des victimes des attentats du 22 mars?

L'Etat a-t-il failli dans l'accompagnement des victimes des attentats du 22 mars?
L'Etat a-t-il failli dans l'accompagnement des victimes des attentats du 22 mars? - © Tous droits réservés

Cela fera bientôt un an que des attentats meurtriers ont durement touché la capitale belge. Avec une problématique qui est revenue récemment sur la table, suite à la commission d'enquête attentat, celle du suivi et de l'accompagnement des victimes de ce drame. Beaucoup pointent un manque de réactivité de la part de l'Etat, et un comportement peu humain de la part des assurances, coinçant les victimes dans un cycle administratif long, lourd et complexe.

Ce dimanche, A votre avis a permis la rencontre des trois milieux directement concernés par ces attentats. Les politiques, avec les députés fédéraux Catherine Fonck (cdH) et Damien Thiéry (MR), le monde de l'assurance avec le porte-parole d'Assuralia, Wauthier Robyns et les victimes, représentées ici par Thomas Savary, co-fondateur de l'association de victimes V-Europe et victime indirecte, ainsi que Mireille Monville, psychothérapeute de l'ULg ayant suivi des victimes du 22 mars et de la fusillade de Liège.

Un sentiment d'abandon

Le débat s'est articulé autour de deux ressentis perçus par beaucoup de victimes des attentats du 22 mars: le sentiment d'abandon de la part de l'Etat et la lourdeur et la lenteur administrative qui accompagne les demandes d'indemnisation auprès des assurances.

"Depuis le début, on ne s'est pas senti aidés, confie Thomas Savary, qui a perdu sa belle-mère dans les attentats. Nous nous sommes retrouvés seuls face aux démarches administratives, il n'y a pas de système proactif d'accompagnement, on n'est pas venu vers nous." Un sentiment d'abandon qui peut avoir des répercussions sur le processus de rétablissement, comme l'explique Mireille Monville.

"Si les compagnies d'assurance se tournaient vers des experts, ils comprendraient mieux la souffrance intrinsèques des victimes, et ils pourraient mieux les accueillir. Cela permettrait à ces personnes de se sentir reconnues" ajoute-t-elle, précisant qu'une meilleure reconnaissance peut diminuer le temps de recouvrement d'un traumatisme.

L'Etat et les assureurs sont donc tous deux pointés du doigt dans la gestion de l'après-attentat du 22 mars 2016. Damien Thiéry entend bien la voix des victimes, et, face aux critiques du refus de la commission de la Santé de recevoir les victimes comme expert, explique que les associations avaient bien été reçues par la commission Attentats. A cela, Catherine Fonck avance que c'est en commission de la Santé, qu'elles auraient du être entendues une bonne fois pour toute, "afin d'éviter à ces personnes la douleur de devoir répéter, encore et encore, leur expérience". "Arrêtons ce jeu ridicule majorité/opposition" clame-t-elle.

Devant la lenteur des premières indemnisations, "six mois pour que 98 personnes ait une indemnité alors que pour l'attentat à Nice, en France, 400 personnes avaient reçus une indemnisation cinq fois plus élevée qu'en Belgique" précise la députée cdH, Thierry Savary donne en exemple le système français, où une indemnisation forfaitaire est versée au plus vite, l'évaluation du préjudice étant réalisé par après, et l'indemnisation adaptée. Damien Thiéry qu'un système à la française pourrait être bénéfique, avec une spécificité belge où le montant forfaitaire pourrait être "évalué en fonction du préjudice subi."

Un Etat plus proactif

Le manque de proactivité est un reproche majeur fait par Thomas Savary envers l'Etat. Le co-fondacteur de V-Europe rappelle l'état de détresse dans lequel sont les victimes d'attentat, et le fait qu'elles ne peuvent deviner les démarches à suivre si on ne les lui communique pas. Un guichet unique a été créé pour l'accompagnement des victimes, mais ne contactait pas de lui même les victimes, montrant un gros problème de communication. "Si on ne va pas vers ces personnes, une sorte de deuxième victimisation se met en place" précise la psychothérapeute Mireille Monville.

Une lourdeur administrative écrasante

Quant aux démarches administratives liées aux contacts avec les assurances, Thomas Savary assure "ne rien comprendre aux papiers envoyés par les assurances". Et il a remarqué quelques aberrations dans les systèmes d'indemnisation.

Wauthier Robyns, porte-parole d'Assuralia, n'a pas semblé vraiment entendre les remarques du représentant des victimes, rappelant simplement que différents types d'assurances couvraient les victimes, et qu'en effet, une meilleure coordination entre les assurances, l'Etat et les associations de victimes était indispensable.

Une simplification administrative, une meilleure prise en charge des victimes, directes et indirectes, et une définition plus claire et spécifique du statut de victime d'attentat, ce sont les trois points importants qui sont ressortis de ce débat. Il reste maintenant à voir si le monde politique et des assurances aura entendu l'appel.

Retrouvez le débat dans son intégralité :

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