L'esthétique sociale: des soins de bien-être pour briser le silence présent dans le milieu de la prostitution

Depuis une dizaine d’année, l’ASBL ICAR Wallonie organise des soins de bien-être pour les hommes et les femmes qui se prostituent. Très souvent, ce sont des travailleurs du sexe travaillant en rue qui s’inscrivent à cet atelier. Les séances sont gratuites.

Larissa a franchi la porte de l’ASBL, il y a six mois : "Je viens ici quatre à cinq fois par mois. Je suis souvent seule à mon appartement. C’est l’occasion de parler avec Dominique de ma vie privée ou de mon travail", explique la jeune femme qui se prostitue depuis 19 ans. Récemment, elle s’est investie davantage dans la vie de l’association en participant aux repas ou aux autres activités. "Parfois quand je ne travaille pas très loin du quartier où se situe ICAR, je viens dire bonjour. L’association m’aide beaucoup et Dominique est devenue une seconde maman", confie Larissa.

Dominique Silvestre est l’une des éducatrices de l’ASBL qui prodigue ces soins de bien-être ou de relaxation. C’est elle qui a lancé le projet à l’époque. Cet atelier permet de rapidement franchir certaines barrières grâce au toucher. "Il y a des personnes exerçant en rue et très précarisées qui sont sujettes à des violences de la part de leur compagnon ou des clients. Se laisser toucher par quelqu’un d’autres que le cercle relationnel leur apportent beaucoup. Elles se sentent en confiance. Elles redécouvrent des choses qu’elles ne connaissent plus depuis des années ou qu’elles n’ont jamais connues." L'éducatrice estime que cette activité est primordiale pour le bien-être psychologique des personnes qu’elle soigne.

"L’esthétique sociale est une bouffée d’air frais notamment pour les personnes qui exercent en rue. Lorsque ces personnes bénéficient d’un soin de bien-être, elles ont à nouveau confiance en elle", explique Dominique.

Plusieurs fois par semaines, Dominique prodigue plusieurs types de soins ; des gommages, des soins anti-âges, etc. "Ma collègue Sophie s’est spécialisée dans les massages et les soins du corps", précise-t-elle. Ces gestes, apparemment simples et qui apaisent, suscitent la discussion. C’est d’ailleurs le but majeur de cet atelier.

Les travailleurs de l’association considèrent cette activité comme étant l’un des moyens de casser les codes propres à l’univers de la prostitution. La loi du silence est omniprésente et il est souvent très difficile pour les personnes faisant partie de cet univers de se confier. Noémie se prostitue depuis plus d’une dizaine d’années : "Cette profession, nous ne pouvons pas en parler à notre voisine ou à notre enfant. Avec Dominique, je peux en parler et je parle de tout. Elle m’écoute et me donne des conseils. Et puis, surtout, je n’ai pas honte de parler avec Dominique."

Anaïs a, elle aussi, choisi de témoigner anonymement : "Nous savons qu’ils n’ont pas d’a priori et cela nous met tout de suite en confiance. Dominique, elle nous guide, nous écoute et surtout, elle ne nous juge pas."  Une écoute au quotidien ou une activité telle que des soins de bien-être prodigués toutes les semaines permettent de créer du lien. "Par exemple pour l’esthétique sociale, cette activité permet de parler d’autres choses que des soins de bien-être. Il arrive régulièrement que nous parlions de choses intimes. Nous pouvons aussi les conseiller et les diriger vers d’autres services administratifs ou médicaux", confie Dominique qui soigne actuellement plus d’une dizaine de personnes.          

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