L'électricité gratuite va nous coûter 133 millions, dit la CWaPE

Francis Ghigny, le patron de la CWaPE, a calculé ce que la tarification progressive va nous coûter
Francis Ghigny, le patron de la CWaPE, a calculé ce que la tarification progressive va nous coûter - © Tous droits réservés

La Commission Wallonne pour l’Énergie (CWaPE), le régulateur wallon du marché de l’énergie, a fait ses comptes : la mesure-phare du gouvernement wallon sortant, la progressivité du prix de l’électricité ("plus on consomme, plus on paie cher") va coûter à chaque ménage 31,5 € par MWh consommé.

Dans un "avis sur la mise en place d’une tarification progressive et solidaire" daté du 11 décembre, la CWaPE a évalué ce que coûtera l’octroi d’un quota de kilowattheures gratuits, d’une taille variable, à certains consommateurs wallons (environ 60-65% des ménages).

Francis Ghigny, directeur de la CWaPe : "Des kilowattheures seront donnés sous forme d’une ‘allocation pratiquement universelle’ à certains, mais bien entendu le coût de cette allocation est supporté par tous les consommateurs. Globalement le coût de l’allocation va se monter à environ 129 millions d’euros par an. À côté de cela, il y a des frais administratifs d’environ 3,5 millions et demi. Cela représente 2,6%. Autant l’allocation est neutre sur le coût global de l’électricité – l’allocation dont certains vont bénéficier sera payée par d’autres – autant ces frais administratifs sont de nouveaux coûts qui s’ajoutent à celui de l’énergie. Tout le monde va y contribuer et personne ne va en bénéficier".

Pour un ménage moyen : 7 € par an de surcoût

Concrètement, nous paierons tous un supplément de 31,5 € par MWh consommé (sauf sur la partie reçue gratuitement). Donc pour un ménage moyen consommant théoriquement 3500 kWh/an, c’est-à-dire 3,5 MWh, et recevant 500 kWh (0,5 MWh) gratuits, cela représente donc une cotisation de (3,5 – 0,5) x 31,5 = 94,5 € de plus par an à payer.

Le cadeau de 500 kWh est quant à lui évalué par la CWaPE à 0,1745 €/kWh. Soit un gain de 87,25 €. Le ménage moyen y sera donc de sa poche pour 94,5 - 87,25 = 7 €. Tout ça pour ça ?...

Abondance d'exceptions difficiles à gérer

Le but de la mesure est évidemment de nous inciter à diminuer notre consommation : moins nous consommerons, plus la cotisation sera basse. Avec des exceptions… certains "gros consommateurs légitimes" comme ceux dont le mode de chauffage principal est électrique ou par pompe à chaleur seront exemptés de la cotisation. D’autres exceptions sont également prévues, notamment pour les propriétaires de panneaux solaires photovoltaïques. Eux par contre seront frappés d’une autre cotisation, proportionnelle à la puissance (le nombre de kWc) installée sur leur toit…

"Les GRD ont tenu à souligner que le mécanisme final n’est toujours pas arrêté et que des possibilités d’exonérations complémentaires (les boilers électriques et traitement spécifique pour les logements collectifs) pourraient être envisagées", précise la CWaPE dans son avis.

Bref, on se dirige vers une situation "extrêmement complexe", pour reprendre les mots de la CWaPE et ceci explique le niveau élevé des frais administratifs à prévoir. Rien qu’à la CWaPE on évalue déjà devoir financer un équivalent temps plein supplémentaire pour gérer ces questions. Et des frais seront exposés également par les GRD (gestionnaires de réseaux de distribution) et les fournisseurs d’énergie. Certains de ces frais administratifs sont à exposer une seule fois, lors de la mise en place de la mesure. D’autres seront récurrents. Et ils seront payés par tous les consommateurs, en sus de l'électricité redistribuée gratuitement.

Pour le gouvernement, ces frais sont inévitables. L’essentiel est que la mesure compense les inégalités entre les consommateurs wallons. Pour Jean-Marc Nollet, ministre wallon de l’Énergie, "Aujourdhui, ceux qui consomment peu paient beaucoup trop cher leur électricité. A l’inverse, ceux qui consomment beaucoup paient moins cher que ceux qui consomment peu. C’est cette inéquité, cette injustice que nous allons corriger : les 130 millions passeront d’un côté à l’autre."

Risques d'abus

Dans son avis, la CWaPE signale également que cette mesure ouvre la porte à des contestations, des incompréhensions (alors qu’une partie des consommateurs n’a toujours pas compris le marché libéralisé) et même à des abus. En effet, les fournisseurs n’auront aucun moyen de vérifier qu’un client qui déclare se chauffer principalement à l’électricité dit la vérité.

Qui sera exempté ?

  • les clients résidentiels disposant à titre principal d’un chauffage électrique ou d’une pompe à chaleur et ayant notifié cette information à leur fournisseur ;
  • les clients résidentiels disposant d’un compteur exclusif de nuit, d’un compteur tri‐horaire ou d’un compteur EHP (effacement en heures de pointe) ;
  • les clients résidentiels dont la fourniture est assurée à titre temporaire par le GRD au sens de l’article 34, 3°, d) du décret du 12 avril 2001 relatif à l’organisation du marché régional de l’électricité.

 

Combien de kilowattheures gratuits et pour qui ?

400 kWh pour une personne isolée ;

500 kWh pour un ménage composé de 2 ou 3 personnes ;

600 kWh pour un ménage composé de 4 personnes ;

700 kWh pour un ménage composé de 5 ou 6 personnes ;

800 kWh pour un ménage composé de 7 personnes au minimum ;

800 kWh pour un client résidentiel bénéficiant du tarif social spécifique.

Patrick Bartholomé

 

 

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