L'art de l'agenda

Traditionnellement, le 21 juillet représente la date-pivot de l’activité parlementaire. Course folle avant la Fête Nationale, pratiquement trois mois de vacances ensuite pour les parlementaires fédéraux. Cette année dérogera pourtant à la tradition.

Entonnoir

Fanfaron au printemps, penaud l’été venu…

Le gouvernement fédéral s’était fixé des échéances qu’il a quelques difficultés à tenir. Le bon Jean-Luc Dehaene, expert en manœuvres politiques, le répétait pourtant à l’envi : ne jamais s’enfermer dans un agenda !

La coalition avait ainsi annoncé un Plan de modernisation de la SNCB qui s’est transformé en vue de l’échéance en Plan puis vision stratégique, qui se résume en fait à un catalogue d’objectifs irréalistes (faire plus et mieux avec beaucoup moins).

Les députés fédéraux devront travailler au-delà de la fête nationale, ce qui ne se voyait généralement que quand le pays était en crise ou qu’il y avait une urgence matérielle. Rien de tout cela cette fois, si ce n’est des textes déposés bien tard et surtout la crainte de voir la mobilisation sociale reprendre de plus belle en septembre. La majorité fera le forcing pour faire passer ses textes sur la pension à 67 ans ou la loi-programme (déprogrammée (sic) hier de l’agenda de la Chambre) après la fête nationale.

De même pour l’exercice budgétaire. Il y a trois mois, Charles Michel traitait avec morgue la Wallonie d’irresponsable… les masques tombent disait-il il y avait pourtant bel et bien une erreur aux Finances, ce qui n’a pas empêché le ministre-président wallon de se sentir à l’époque comme un DOM-TOM convoqué au ministère des Colonies lors d’un comité de concertation.

La majorité a fait le gros dos, la Flandre tant politique que médiatique est restée très modérée. On n’ose imaginer le tollé au nord du pays si la même bourde s’était produite avec Didier Reynders aux Finances. Le mot " démission " aurait été souvent répété.

Tax pschitt ?

Le fédéral se retrouve en sus de cela, avec près de 2 milliards d’économies supplémentaires à programmer.

Charles Michel s’était engagé à mettre sur les rails ce virage fiscal pour le 21 juillet. Toutefois, avec les économies budgétaires à réaliser par ailleurs il ne reste plus beaucoup de marges pour opérer un changement fiscal qui doit porter, selon les experts, sur au moins 5 milliards pour être efficient. Le ministre du Budget, Hervé Jamar (MR) interrogé ce mercredi à la Chambre s’est montré très prudent, évoquant même un report de cette réforme.

Seule en effet le CD&V souhaiterait obtenir " quelque chose " avant de partir en vacances, histoire de calmer une base qui grogne devant le plat de mesures " antisociales " qu’il a fallu avaler. Toutes les organisations de la gauche chrétienne viennent d’ailleurs de se mobiliser pour le rappeler.

La politique c’est aussi (ou d’abord) maîtriser l’agenda.

 

@PhWalkowiak

 

 

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