L'armée dans les prisons? Une mesure digne de la Corée du Nord, lance un directeur

Marc Dizier, président de l'association des directeurs des prisons francophones et directeur de la prison d'Andenne.
Marc Dizier, président de l'association des directeurs des prisons francophones et directeur de la prison d'Andenne. - © Monika WACHTER - RTBF

Le gouvernement fédéral a décidé de faire appel aux militaires pour "fournir un soutien humanitaire supplémentaire" au sein des différentes prisons francophones du pays, alors que la grève dans ces établissement durent depuis bientôt quinze jours.

Les réactions à cette décision soudaine n'ont pas tardé : "Je suis sidéré, je suis stupéfait", a déclaré Marc Dizier, président de l'association des directeurs des prisons francophones et directeur de la prison d'Andenne, au micro de la RTBF.

"Nous sommes dans une situation où, effectivement, nous avons besoin d'aide au sein des établissements pénitentiaires, poursuit-il. Les détenus ont besoin de sortir de leur cellule pour aller au préau, recevoir des visites familiales, et autres. Mais je n'imagine pas une seule seconde que ce soient des militaires qui puissent faire le travail."

"Cela me fait penser aux heures noires de l'Europe de l'Est"

Marc Dizier rappelle que la loi belge prévoit "normalement que ce sont les policiers qui, en l'absence de personnel de surveillance, doivent prendre le relais". Mais "on sait que ce n'est jamais véritablement le cas et nous en avons déjà parlé antérieurement. Et, aujourd'hui, on nous propose – (...) et je n'arrive pas à y croire – que ce soit des militaires qui nous accompagneraient sur le terrain."

"Je ne comprends pas. Je suis un membre de la fonction publique d'un État démocratique, mais voir l'armée dans les prisons, cela me fait penser aux heures noires de l'Europe de l'Est ou aux heures actuelles d'une certaine Russie ou de la Corée du Nord. Ça m'inquiète."

Bref, des mesures dignes d'un État totalitaire ? "Oui, absolument", répond sans détour le directeur de la prison d'Andenne.

Le gouvernement "laisse pourrir la situation", il "joue la montre"

De son côté, Cosimo Agostino, délégué CGSP à la prison de Forest, qualifie cette décision de manœuvre visant "à laisser pourrir la situation".

"Je me demande où va s'arrêter ce gouvernement qui prend les militaires pour boucher les trous dans tous les domaines. Il y a un moment il faut que cela s'arrête", dit-il.

Pour cet agent de Forest, le gouvernement "veut casser la grève, c'est clair et précis". Le fédéral "joue la montre", et attend que "les agents pénitentiaires s'essoufflent".

Mais, estime-t-il, c'est une erreur, car les revendications sont claires et les agents iront jusqu'au bout. Mais "force est de constater que le ministre est sourd et veut continuer à la rationalisation", conclut-il.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK