Guy Spitaels: hommages pour "l'un des plus grands Wallons du siècle"

Guy Spitaels est décédé
Guy Spitaels est décédé - © BELGA PHOTO HERWIG VERGULT

L'homme politique socialiste Guy Spitaels est décédé dans la nuit de lundi à mardi. L'ancien président du Parti Socialiste (1981-1992), ancien ministre-président de la Région wallonne (1992-1994) et ancien président du Parlement wallon allait avoir 81 ans le 3 septembre. Les réactions sont nombreuses.

"Au nom des milliers de militants et mandataires socialistes, le Président du PS adresse ses condoléances et son amitié sincère à la famille et aux proches de Guy Spitaels, et notamment à Anne Marie, son épouse et à Thomas, son fils", a affirmé Thierry Giet par communiqué.

"Celui qui est considéré comme l’un des plus grands Wallons du siècle laissera derrière lui le souvenir d’un homme de cœur, un homme de conviction, un homme d’action qui œuvra durant toute sa carrière au développement de la Wallonie et à l’affirmation d’un fédéralisme fondé sur trois Régions. (...) Avec lui, le Parti perd un homme d’exception".

Elio Di Rupo, Premier ministre PS et ancien président du parti, a, lui, salué la mémoire d'un homme "érudit, rigoureux, ouvert", qui "a réussi à conduire une action politique déterminante et à mener une brillante carrière de professeur d'université et d'auteur respecté".

Un "socialiste du possible" qui s'est "radicalisé", selon Wilfried Martens

L'ancien Premier ministre Wilfried Martens, issu de la même génération politique que Guy Spitaels, se souvient de celui-ci comme d'un "socialiste du possible", qui "s'est fortement radicalisé sur le plan communautaire". "Une grande personnalité" en tout cas.

Selon lui, Guy Spitaels s'est radicalisé dans les années 1980 : "Il y a dû avoir un déclic. Il s'est fortement radicalisé. Dans la dernière interview de lui que j'ai lue, il se montrait très pessimiste sur les relations communautaires. Il disait qu'il ne s'investirait plus pour la Belgique, un avis que je ne partage pas".

"Il a marqué de son empreinte les années 80'-90'", pour Willy Claes

"Guy Spitaels était une forte personnalité, tant sur le plan académique que politique. Sur le plan politique, il a marqué de son empreinte les années '80 et '90 du siècle passé. Pour ceux qui ne le connaissaient pas bien il apparaissait comme un sphinx, mais quand on ne le connaissait il était possible de bien travailler avec lui", a commenté l'ancien dirigeant socialiste flamand Willy Claes. Ce dernier fut, comme Guy Spitaels, vice-Premier ministre dans plusieurs gouvernements Martens.

"Nous venons de perdre une personnalité de grande envergure. C'était un grand académicien et un grand homme politique. (...) Nous avons passé ensemble des moments très dramatiques à la fin de nos carrières avec l'affaire Agusta. (...) C'était un négociateur de grand talent. C'était le contrepoids de l'état CVP. Mais il avait aussi le sens du compromis. C'était un allié incontestable pour le sp.a", a-t-il encore précisé au micro de la RTBF.

Les deux hommes se sont retrouvés sur le banc des accusés devant la Cour de cassation dans l'affaire Agusta qui a mis fin à leur carrière politique respective.

"Je ne comprends toujours pas pourquoi nous nous sommes retrouvés sur le banc des accusés. Après ce procès, Guy Spitaels a totalement rompu avec la politique belge. Il ne voulait plus parler de la période Agusta, se concentrait sur sa carrière académique et se consacrait à la réflexion sur la politique internationale. Il se montrait souvent très critique à l'égard des États-Unis", a encore rappelé Willy Claes.

Martine Aubry: "Les socialistes français lui rendent aujourd’hui hommage"

"J’apprends avec une profonde tristesse la disparition de Guy Spitaels, l’un des plus grands hommes politiques européens contemporains, qui a profondément marqué l’histoire du socialisme en Belgique", a fait savoir la présidente du parti socialiste français via un communiqué.

"Cet homme de cœur, brillant intellectuel, marqué par un grand destin qu’il aimait maîtriser, mit une énergie extraordinaire pour développer la région wallonne", a-t-elle ajouté, précisant que "les socialistes français lui rendent aujourd’hui hommage et s’associent à la tristesse de leurs camarades belges, ainsi qu’à celle de la famille de Guy Spitaels. Nous les assurons de notre amitié".

Olivier Maingain souligne son extrême lucidité

Pour le président des FDF Olivier Maingain, Guy Spitaels "était une des rares personnalités wallonnes qui considéraient que la Wallonie, en étroite entente avec Bruxelles, devait prendre son avenir en main, sans tergiverser car la Flandre politique est de moins en moins encline à maintenir les apparences d'un État belge".

"Si son destin politique n'avait pas été brusquement arrêté par des affaires judiciaires dont la Justice a établi la vérité, Guy Spitaels aurait pu encore assumer un rôle politique éminent et nécessaire au service de la Wallonie et de l'ensemble des francophones alors que son parti s'est davantage réfugié dans les illusions du système politique belge", ajoute Olivier Maingain.

Le président des FDF souligne que son extrême lucidité, son analyse fine et argumentée sur l'évolution institutionnelle de la Belgique et sur des enjeux géopolitiques majeurs faisaient de Guy Spitaels un pédagogue exceptionnel pour en expliquer toute la signification.

André Flahaut salue "Un grand stratège"

Le président de la Chambre André Flahaut (PS) a également souligné les qualités intellectuelles de Guy Spitaels. "Un grand Monsieur, un grand intellectuel et un grand stratège de la vie politique belge nous a quittés".

"Un grand homme d'Etat et un brillant intellectuel qui disparaît", d'après la FGTB

"C'est un grand homme d'Etat et un brillant intellectuel qui disparaît. Guy Spitaels fut le président qui, sans être issu du monde ouvrier, a pu porter le PS au sommet de son assise populaire, notamment en incarnant ce que son successeur appellera 'le retour du cœur' face à une politique néolibérale centrée sur l'austérité et le recul des acquis sociaux", a souligné pour sa part la FGTB.

Pour le syndicat socialiste, l'ancien homme fort du PS a aussi été "l'initiateur au niveau fédéral d'un plan de résorption du chômage qui a permis à des milliers de jeunes de ne pas sombrer dans le désespoir ou à trouver un emploi durable au plus fort de la crise des années 80".

"Grand artisan de la réforme de l'Etat et fin négociateur, il a pu assoir le fait régional, rehausser la fonction de ministre Président de la Région Wallonne et utiliser les leviers européens pour sortir sa région du marasme dans lequel l'avait plongée la désertion des investisseurs privés dans le secteur de la sidérurgie", ajoute encore la FGTB.

"Un geste politique de poids", dit le président du Parlement wallon

Le président du parlement wallon Patrick Dupriez (Ecolo) a salué son prédécesseur. "Alors qu'il était au sommet de son pouvoir, il a choisi de devenir ministre-président. C'est le premier mandataire politique de ce niveau à avoir fait un tel choix, soulignant ainsi l'importance du fait régional. Cela a représenté un geste politique de poids qui me paraît logique aujourd'hui, mais qui ne l'était pas en 1992", a souligné Patrick Dupriez.

Une perte pour Bruxelles également, dit Charles Picqué (PS)

"Si le PS et la Wallonie lui doivent beaucoup, la Région bruxelloise doit également énormément à Guy Spitaels. C'est en effet grâce son action politique comme président du PS que la création de la troisième Région a été rendue possible en 1988, Guy Spitaels estimant que les Bruxellois devaient pouvoir jouir des mêmes droits que les autres habitants du pays. Pour Charles Picqué, la Belgique perd un homme d'État qui a su, pendant des décennies de troubles institutionnels et de tensions communautaires, défendre à la fois les droits des francophones et les intérêts du pays".

"Il force l'admiration et le respect", pense Rudy Demotte

"Tous deux Wallons picards, tous deux ministres-présidents wallons, Guy Spitaels et Rudy Demotte ont travaillé, côte à côte et chacun dans leur rôle, à la concrétisation de leur idéal. Lorsque Guy Spitaels était président du Parti socialiste, Rudy Demotte était président des jeunes socialistes. Lorsque Guy Spitaels était ministre-président wallon, Rudy Demotte était président de la Fédération PS de Wallonie Picarde. Pour Rudy Demotte, le parcours tant académique que politique de Guy Spitaels force l'admiration et le respect. C'est un grand socialiste et un grand Wallon qui s'est éteint aujourd'hui".

"Une des plus grandes figures du PS", réagit Jean-Claude Marcourt

"Je voudrais saluer la mémoire d'une des plus grandes figures que le Parti Socialiste belge ait connues : homme politique de conviction, il est un des rares à avoir réussi à mener son action socialiste aux échelons local, régional, national, européen et international. (...) Intellectuel érudit, il a pu tout au long de sa vie nous faire bénéficier de ses analyses brillantes sur divers sujets, particulièrement dans le domaine de la politique internationale"

"Il a fait un travail remarquable à la tête du parti", estime Karl-Heinz Lambertz

"Lors de mes débuts ministériels en 1990, Guy Spitaels était président du parti socialiste, il m'a prodigué de nombreux conseils. C'était vraiment très instructif de pouvoir s'entretenir avec quelqu'un d'une aussi grande expérience" se souvient Karl-Heinz Lambertz, le ministre président de la Communauté germanophone.

Karl-Heinz Lambertz souligne également le travail abattu par Guy Spitaels lorsqu'il était à la tête du parti. "Il a fait un travail remarquable qui a permis des succès électoraux mais il est aussi parvenu à adapter le socialisme aux défis du monde contemporain".

"Une vive intelligence", selon Benoît Lutgen

Benoît Lutgen, le président du cdH, "vient d'apprendre avec beaucoup de peine le décès de Guy Spitaels, homme politique emblématique de notre pays. Il tient à saluer le parcours de cet Homme d'Etat érudit dont il appréciait particulièrement la vive intelligence". (...) Le président du cdH retiendra également de Guy Spitaels ses analyses pointues ainsi que le plaisir de la lecture de ses ouvrages sur la politique internationale".

Joëlle Milquet : un "véritable monument de la vie politique"

La ministre de l'Intérieur et de l'Egalité des chances, Joëlle Milquet (cdH), a rendu hommage à un "véritable 'monument' de la vie politique dont l'action aura marqué les Belges et particulièrement les Wallons, à une époque charnière de leur histoire et de la Réforme de l'Etat".

Joëlle Milquet, qui a appris avec "beaucoup de tristesse et d'émotion" le décès de cet ancien président du PS, se souviendra d'abord "de la vive intelligence et de l'engagement total au service de ses concitoyens de cet homme de convictions, au travers de ses multiples activités" politiques.

"La vice-Première ministre veut aussi saluer le côté visionnaire et le sens politique aigu d'un des hommes les plus puissants et créatifs de sa génération qui a su faire preuve de dignité dans une vie politique dure et difficile", ajoute-t-elle.

Elle relève qu'après s'être retiré de la vie politique, "cet ancien professeur d'université, à la vaste culture et à la curiosité insatiable, a continué à marquer la vie intellectuelle de ses concitoyens par la qualité de ses analyses et de ses ouvrages sur la politique internationale".

La ministre adresse encore ses plus sincères condoléances à l'épouse, au fils et à la famille d'un "grand homme d'Etat", qui laisse derrière lui tant de proches et de citoyens orphelins.

Didier Reynders: un rôle équivoque dans l'affaire Agusta

"Il avait porté le parti socialiste à des niveaux jamais atteints", a rappelé le chef de la diplomatie belge, le libéral Didier Reynders. "Malheureusement, il a été aussi emporté par la tourmente des affaires, et là son rôle a été beaucoup plus équivoque", a-t-il ajouté, parlant aussi de la "démesure" qui l'avait fait surnommer "Dieu".

"A contre-courant des idées reçues"

Dans un communiqué, "Ecolo tient à saluer la mémoire de Guy Spitaels, homme politique d'une rare envergure qui aura marqué l'histoire de Belgique et singulièrement celle de la Wallonie au cours de la seconde moitié du siècle passé. (...) Guy Spitaels aura su s'élever au-dessus des querelles partisanes pour faire prévaloir une vision ambitieuse du fédéralisme et de l'avenir wallon. Bien que retiré de la scène politique depuis quelques années, Guy Spitaels continuait à marquer les esprits par ses réflexions et ses analyses politiques, parfois à contre-courant des idées reçues, notamment en matière de politique internationale".

"Une culture générale fabuleuse"

Éditeur de plusieurs livres écrits par Guy Spitaels, Luc Pire salue "un client extraordinaire". "Il avait une culture générale fabuleuse. Il avait la rigueur de l'universitaire mais aussi le pragmatisme de l'homme politique".

Guy Spitaels était ainsi en train de préparer une publication sur le printemps arabe, a affirmé Luc Pire au micro de la RTBF.

Registre de condoléances au PS

En avril 2011, Guy Spitaels avait été opéré d'une tumeur au cerveau, qui avait été décelée lors d'examens médicaux pratiqués à la suite d'une agression dont il avait été victime.

Un registre de condoléances sera ouvert au siège du PS (13, Boulevard de l’Empereur à 1000 Bruxelles) dès mercredi, annonce également le PS.

RTBF

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