L’absentéisme scolaire en constante augmentation

51.152 dossiers d’élèves ont été ouverts pour l’année 2018/2019, fondamental et secondaire confondus. Un dossier est ouvert pour chaque élève qui dépasserait le seuil des 9 demi-jours d’absence non justifiés. Il est alors considéré comme en " décrochage scolaire " et nécessite une prise en charge et une surveillance. Après 20 demi-jours d’absence, l’élève est exclu du système.

Plus de 50.000 élèves en décrochage en Wallonie et à Bruxelles, et pourtant, tous ne font pas l’école buissonnière pour autant. Les raisons et les facteurs du décrochage sont multiples.

Des services externes

Antoine, de son nom d’emprunt, est un jeune adolescent de 15 ans. Lui qui a toujours été un étudiant studieux, se retrouve aujourd’hui avec le statut élève libre. Depuis la rentrée de septembre, il a cumulé plus de 20 demi-jours d’absence. Malmené, il ne trouvait plus le courage d’affronter sa scolarité. " J’ai été victime de harcèlement de la part d’un de mes professeurs. Et ensuite, les élèves ont suivi. Il a fait circuler des rumeurs comme quoi, un de mes amis et moi, nous serions homosexuels. On se sentait rabaissés tous les jours, à tel point que j’ai fini par avoir un véritable blocage vis-à-vis de l’école. "

Son avenir, Antoine le voit dans une école dans laquelle il se sentira bien. Pour reprendre confiance en lui et renouer avec les bancs de l’école, il a choisi de se faire aider par le SAS de Bruxelles-Midi. Un des trois Services d’Accrochage Scolaire de Bruxelles, qui accueille une quinzaine de jeunes entre 13 et 18 ans.

On se sentait rabaissés tous les jours, à tel point que j’ai fini par avoir un véritable blocage vis-à-vis de l’école

 

Laura Leprêtre est éducatrice et coordinatrice de la cellule enseignement dans cette institution. Elle accompagne des jeunes, qui ont passés les portes de ce centre d’accueil et d’accompagnement pour plusieurs raisons.

 
Notre premier challenge est avant tout que les jeunes reprennent confiance en eux. Pour ce faire, nous organisons divers ateliers d’expression comme de l’art, du théâtre ou encore du cirque. On leur propose un moment pour souffler. " Le jeune peut ensuite participer, à des cours de remédiations, s’il en témoigne l’envie. " Au début on ne parle pas du tout d’école. On leur laisse le temps. Mais quand ils veulent reprendre le chemin de l’école, on les aide à retrouver le niveau ", explique-t-elle.
 

Des aides dans les écoles

C’est à Bruxelles que le taux d’absentéisme est le plus élevé, avec 10%. En bref, 1 élève sur 10 a cumulé plus d’une semaine d’absence injustifiée au cours de son année scolaire.

A l’Athénée Royal Léonardo Da Vinci d’Anderlecht, les chiffres sont élevés. Mais pour le directeur de cette école, Stéphane Nélissen, ils s’expliquent surtout par la situation socio-économique dans laquelle les jeunes se trouvent " Le premier facteur, selon moi, est que nous sommes ici dans une école publique qui accueille tous les enfants. Un jeune qui a 19 ans et qui est encore en troisième, nous l’accueillons. Evidemment ce jeune-là, il a des problèmes particuliers, il doit travailler la nuit pour subvenir à ses propres besoins. Et donc le matin, il n’est pas toujours disponible pour aller à l’école. "

Nous sommes ici dans une école publique qui accueille tous les enfants

 

Le corps professoral est attentif à la situation et conscient du phénomène, ils ont souhaité y remédier. Ils ont ouvert, il y a deux ans, au sein même de leurs bâtiments, une cellule d’accrochage. Au DIAS, le Dispositif Interne d’Accrochage Scolaire, l’élève est écouté et surtout, on l’aide à trouver des solutions.

Pascal Saintenois est professeur de religion dans un premier temps, et membre du DIAS dans un second. Des jeunes en décrochage, il en rencontre tous les jours et tous ont leur histoire, " Un de nos élèves de quatrième année était toujours fatigué. Il ne venait parfois pas le matin, d’autres fois il s’endormait en classe. Nous l’avons convoqué au DIAS et après avoir discuté avec lui on s’est aperçus qu’il habitait avec son papa, qui invitait régulièrement des collègues le soir. C’était la foire, l’amusement et le garçon ne savait pas dormir. On lui a donc proposé, à lui et à son papa qu’il aille à l’internat. Tous les deux ont accepté et ça a été une véritable réussite parce que depuis ce jour-là il ne s’est plus jamais absenté et il a rattrapé tous ces échecs. "

Des services inscrits dans le pacte d’excellence

Ces services d’accrochage scolaire sont un des axes mis sur pied par la Fédération Wallonie Bruxelles. Toutes ces initiatives sont inscrites dans le pacte d’excellence, qui a pour objectif de réduire de 50% le décrochage scolaire d’ici à 2030.

A en voir les chiffres, la route semble encore longue. Toutes les provinces wallonnes sont concernées par cette augmentation, sauf celle de Luxembourg. Mais la ministre wallonne de l’éducation, Caroline Désir, préfère nuancer, en expliquant que cette augmentation est due au mode de comptage.

" Jusqu’en 2018, un élève était considéré en décrochage à partir de 10 demi-jours d’absences non justifiées. En 2019, un élève était en décrochage scolaire à partir de 9 demi-jours d’absences injustifiées. Cette réglementation plus stricte a donc eu pour effet l’augmentation du pourcentage d’élèves en décrochage. Je ne pense pas que 9 demi-jours d’absences non justifiées soit un nombre trop peu élevé. Ce cadre strict permet justement de traiter au plus tôt des problèmes d’absentéisme chez un élève et de l’aider dès le début à se raccrocher au wagon de l’école. "

Avant la prise en charge, le plan global de lutte contre le décrochage vise également la prévention via les plans de pilotage et les centres PMS, dans les écoles. Pour la Ministre, " la priorité est vraiment mise sur des mesures préventives au sein des établissements, et notamment, le repérage précoce des signes annonciateurs du décrochage. "

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