Koen Geens va-t-il proposer un budget « d’urgence » pour éviter les élections ? Avant un « reboot » ?

Le chargé de mission royale est un homme discret. La mission de Koen Geens (CD & V) est particulièrement pauvre en fuites. Ce que l’on sait avec certitude, c’est qu’il a vu tout le monde, la semaine dernière. Et que pour le moment, la discussion se focalise entre lui, la N-VA et le PS. Koen Geens rédige des choses, les fait lire à ses interlocuteurs nationalistes et socialistes. Il écoute les remarques et reprend ses notes. Pendant ce temps, sur le banc de touche, le MR, le VLD, le sp.a, les verts, s’impatientent quelque peu.

Où est le sentiment d’urgence ?

Par ailleurs, ce jeudi, la Commission européenne, par la voix du Commissaire à l’Economie Paolo Gentiloni, a exprimé le "désir" de voir un dialogue s’instaurer entre les autorités européennes et un gouvernement belge de plein exercice, car "il y a beaucoup de problèmes à aborder ensemble" explique en français dans le texte l’Italien Gentiloni. L’absence d’un budget étant évidemment la donnée la plus problématique. Il faut remonter à l’année 2018 pour retrouver la trace d’un budget du gouvernement fédéral validé par la Commission européenne. Ça commence à faire long. On peut ajouter deux autres éléments : une agence de notation allemande – qui souhaite se faire un nom – a annoncé la semaine dernière que la perspective ("outlook") de la note belge était désormais négative. Et le Coronavirus menace l’économie mondiale, européenne ou belge, de Barcelone à Liège. Bref, il serait temps, 263 jours après les élections, qu’un certain sentiment d’urgence étreigne les acteurs du jeu politique fédéral.

Et à ce propos, le journal De Tijd écrit ce matin que Koen Geens a "demandé" à la Première ministre Sophie Wilmès (MR) de travailler à un "budget d’urgence", de quoi, selon le journal économique flamand, donner de l’air – quelques mois – à la négociation pour former un gouvernement fédéral. Au 16, rue de la Loi, on botte en touche et on préfère ne pas commenter. Mais il nous revient bien que des discussions sur la question d’un "budget d’urgence" ont eu lieu. D’ailleurs, ce questionnement avait déjà évoqué, discrètement, lors de la précédente mission du duo Bouchez-Coens, sans que cela ne donne rien car il manque un élément important à l’élaboration d’un budget : une majorité au Parlement. Néanmoins, plusieurs cabinets fédéraux ont déjà réfléchi, au mois de janvier, à des pistes de mesures, d’économies comme de nouvelles rentrées. Selon les cabinets, l’effort pouvait aller de 1 à 2 milliards, pas beaucoup plus. Mais pour un membre influent des négociations en cours, toutes ces discussions n’ont guère de sens : "il faut une majorité au Parlement pour voter un budget d’urgence. Parler d’un budget, même a minima, c’est une farce. Trouver, par exemple, 1,5 milliard, ce n’est pas insurmontable. Mais même pour trouver le plus petit dénominateur commun, il faut avoir envie d’entrer dans une démarche positive." Une envie absente pour le moment selon cet observateur, tout comme le sentiment d’urgence.

Une coalition "reboot" ?

La mission de Koen Geens ne semble pas se diriger vers une conclusion satisfaisante, car d’ici lundi N-VA et PS ne se découvriront pas, comme par magie, des atomes crochus. Quid de la suite ? Certains évoquent, pourquoi pas, une majorité "80", comme les 80 sièges que représentent une majorité PS-sp.a/MR-VLD-Ecolo-Groen/CD & V/cdH, un scénario qui semble très compliqué d’un point de vue flamand. Au nord, on continue d’imaginer – pourquoi pas – une "Diables rouges" sans le VLD mais avec PS et N-VA. Paul Magnette l’a, le dit et va le redire : avec la N-VA, c’est niet. Un bureau de parti élargi est d’ailleurs annoncé pour lundi prochain, situation peu banale au Boulevard de l’Empereur.

D’autres mettent sur la table un nouveau terme : la coalition "reboot". La philosophie de la "reboot" ("redémarrage" en anglais), c’est de repartir du gouvernement actuellement en affaires courantes (MR/VLD/CD & V) et élargir à d’autres. D’aucuns évoquent une façon de reproposer une coalition "Vivaldi" qui a toutes les peines du monde à s’imposer au CD & V, pour le moment.

En tout cas, le sentiment qui semble dominer, un peu partout, c’est que le CD & V s’obstine dans cette tentative de PS/N-VA que les socialistes ont toujours publiquement exclu. C’est une chose de venir discuter à la table (et le PS ne sera pas pris en défaut sur cette question) et c’en est une autre de s’accorder avec la N-VA. "Combien de temps avons-nous testé l’hypothèse PS/N-VA ?" s’interroge un membre des délégations amenées à discuter avec Koen Geens ? "Ne serait-il pas temps de passer à autre chose ?" Question rhétorique, bien évidemment. Koen Geens a toutes les chances d’arriver les mains vides au Palais lundi prochain. Ou alors avec cette volonté de travailler sur un budget d’urgence. Qui alors pour prendre la suite ? Il ne serait pas tout à fait illogique que dans l’éventualité où Koen Geens n’était pas prolongé, Sophie Wilmès, la Première ministre, endosse une mission royale si la volonté existe d’avancer sur un "budget d’urgence"…

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