Koen Geens sur le service minimum: "La prison peut devenir une torture s'il n'y a pas de bonnes conditions de grève"

Koen Geens était l'invité de Matin Première.
Koen Geens était l'invité de Matin Première. - © Tous droits réservés

La situation s’annonce tendue cette semaine dans le milieu pénitentiaire du pays. Le ministre de la Justice propose lundi aux syndicats un projet de service minimum en prison. Une grève aura possiblement lieu mardi alors que le ministre de la Justice a prévu de rencontrer les syndicats mercredi. Koen Geens était au micro de Matin Première.

Le Conseil de l’Europe a déjà épinglé plusieurs fois la Belgique à cause de l’absence de service garanti en cas de grève dans les établissements pénitentiaires. Depuis, le gouvernement a décidé de s'y atteler et présente sa proposition. "Nous sommes un des seuls pays en Europe qui n'a pas encore de service minimum, et si les grèves ne se font pas dans des conditions humainement acceptables ça va devenir de la torture mentale", explique Koen Geens.  

Dans un premier temps, une concertation informelle avec le Conseil de l'Europe a eu lieu et les syndicats et le gouvernement ont mis au point un projet de loi aujourd'hui prêt à être voté en concertation formelle. Dans les faits, "nous allons mettre au point prison par prison un plan, en concertation sociale, pour dire quels postes doivent être occupés en temps de grève en fonction des services minimaux auxquels à droit un détenu".

10% du service assuré

Par exemple, les fonctions des agents pénitentiaires, par nature statuaires, doivent toujours être exercées, explique le ministre. C'est aussi le cas des soins dans les hôpitaux. À partir du deuxième jour, si le service minimum n'est pas respecté, le gouverneur pourra réquisitionner des personnes. "72h avant que la grève commence, les services pénitentiaires devront faire les personnes qui sont volontaires et assureront leur journée de travail". Environ 10% des postes doivent être impérativement occupés. Koen Geens avertit "oui la prison peut devenir une torture si la grève n'est pas faite dans de bonnes conditions et nous nous attelons à cette amélioration du climat", promet le ministre.

Le ministre de la Justice est également revenu sur la suppression du congé pénitentiaire de certains détenus suite à la fusillade survenue sur le boulevard d'Avroy à Liège. "Nous avons été très parcimonieux dans cette suspension, il s'agissait d'une dizaine de personnes possiblement radicalisées et pour une courte période à venir. Il y a vraiment très peu de personnes qui ont été impactées par cette mesure", assure-t-il.

Campagne en pré-électorale?

À une poignée de mois des élections, Koen Geens assure qu'aucune campagne pré-électorale n'est faite sur le dos des prisons. "Moi je travaille comme tout le temps", se justifie-t-il. "On avait dans l'accord gouvernemental cette promesse de service minimum, le Conseil de l'Europe nous y a incité davantage et j'exécute ce qu'on a toujours voulu faire ensemble."

Enfin, certains magistrats dénoncent une mainmise de la politique sur la justice. D'autres n'oublient pas de rappeler que les moyens manquent cruellement. L'occasion pour Koen Geens de rappeler qu'un débat budgétaire aura bientôt lieu au sein du gouvernement et que, évidemment, des moyens supplémentaires seront demandés pour mieux traiter les détenus. Et de conclure : "j'avoue que ça prend du temps, mais toutes les choses prennent du temps quand on veut qu'elles soient bien faites".

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