Koen Geens : "Je voulais commencer la préformation d'un gouvernement lundi matin"

Il s’en est fallu de peu pour passer à la vitesse supérieure dans la formation d’un gouvernement fédéral si on en croit Koen Geens, le chargé de Mission Royale qui a démissionné vendredi soir. Il est revenu sur les coulisses de sa mission sur le plateau du JT de la RTBF.

Vendredi, tout bascule en quelques heures. Alors que ça discute entre le PS et la N-VA à l’abri des regards, le président des socialistes francophones Paul Magnette, enterre définitivement la possibilité d’une coalition avec les nationalistes flamands sur les ondes de la RTBF. "Je croyais vraiment avoir la confiance des deux grands partis regrette Koen Geens. A mon avis, nous avons été très loin [dans les discussion]. Je voulais commencer une préformation dès lundi matin". Mais les espoirs volent en éclats après la sortie médiatique de Paul Magnette. "Je ne suis pas quelqu’un de naïf, tranche Koen Geens. Je peux entendre 'non' comme réponse. Si j’entends 'non', j’acte 'non' […] mais j’aurais préféré une sortie plus élégante".

Double discours

Koen Geens raconte que Bart de Wever et Paul Magnette se sont énormément parlé ces derniers jours sous sa houlette. Les discussions étaient précises : "J’ai mis des choses très concrètes sur la table, parce que le PS le demandait. J’ai même mis des choses très concrètes chiffrées sur la table". Et manifestement, il y avait un terrain d’entente. "Je pensais qu’on pouvait y parvenir explique Koen Geens. Il y avait de la bonne volonté des deux parties. Si j’ai accepté cette mission très délicate c’est parce que je croyais avoir la confiance des deux partis".


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Voilà qui tranche avec le refus socialiste d'aller plus loin. La teneur des discussions en coulisses et le ton dans les médias semblent donc avoir été bien différents "C’est normal, dit Koen Geen. Je ne dis pas qu’il y avait un double discours. Je dis simplement qu’il est normal qu’il y ait une différence de discours à l’extérieur et à l’intérieur, sinon des discussions confidentielles et discrètes sont impossibles".

Le CD&V scotché à la N-VA ?

Le CD&V détient-il les clés pour débloquer la situation ? Les autorités du parti ont plusieurs fois répété qu’elles n’intégreraient pas une coalition sans la N-VA, or si elles le faisaient, cela rendrait possible une coalition Vivaldi (socialistes libéraux, écologistes + CD&V). Malgré ça, pour Koen Geens, le CD&V, son parti n’est pas le seul à bloquer une coalition Vivaldi : "Lors de ma mission, j’ai reçu tous les partis les uns après les autres. Au moins trois partis nécessaires à une coalition Vivaldi, sans parler du CD & V, pensaient que ce scénario serait extrêmement compliqué à mettre en œuvre maintenant. Si tous les partis que j’ai consulté m’avaient dit clairement 'il faut une Vivaldi' j’aurais été voir mon président de parti pour lui dire 'Tout le monde veut une Vivaldi et veut que tu sois dedans'. Ce n’est pas le message que j’ai reçu".


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Même s’il estime donc que le CD&V n’est pas le seul à détenir les clés, Koen Geens reconnaît quand même ne pas trop croire à la coalition Vivaldi. Il estime que son parti n’a pas reçu de gage suffisant des autres pour se lancer dans un gouvernement sans la N-VA. "Pour nous, le communautaire et l’éthique sont très importants. Or le ciment de cette majorité est le progressisme éthique et culturel et le non-communautaire. Si on avait voulu de notre parti dans une telle coalition sans la N-VA, ces deux éléments étaient plus que clé pour nous, or ça a été difficile d’avoir des garanties là-dessus".

La suite : "Ça devrait être une mission Magnette-De Wever"

L’ancien Missionnaire royal plaide pour que le duo Magnette-De Wever reprenne la main, ce que Paul Magnette à déjà plusieurs fois décliné : "Je le regrette parce que ça aurait été bien pour l’avenir du pays".

Que faire à présent dès lors que la piste d’une coalition PS/N-VA est écartée et semblait être la dernière chance ? "Je n’exclus pas qu’il faille à présent ressusciter des anciennes formules ou en créer de nouvelles", conclut Koen Geens.

Réaction de Paul Magnette

"C'est sa propre décision de démissionner car nous, nous étions prêts à tester d'autres formules. Manifestement, lui pas, sachant que le CD&V voulait d'une alliance PS-N-VA", a indiqué le porte-parole du PS, Frédéric Masquelin, dans une réaction à Belga. 

Le président du PS aurait "bondi" en entendant "les propos erronés" de Koen Geens sur les plateaux télévisés. Paul Magnette réfute la proximité alléguée d'un accord et met au défi Koen Geens de prouver le contraire. "Il n'y avait pas de texte d'accord, c'était une table des matières sans propositions concrètes. Si Koen Geens prétend le contraire, qu'il publie ce texte."  

Une proposition budgétaire a en revanche bien été avancée. Mais par rapport au budget de la Suédoise pour le social, elle était d'un milliard d'euros en retrait, selon le PS. "Ce n'était donc pas une option: on refuse de faire payer la facture de la Suédoise par les citoyens. On veut une rupture par rapport à la politique d'austérité du gouvernement précédent", expose le porte-parole.  

Le PS, dont le bureau est maintenu lundi à 10h00 du matin, dit appeler "chacun à garder son calme et à tenter de trouver une solution pour sortir de la crise le plus rapidement possible". "Nous sommes toujours prêts à tester d'autres formules que celle préconisée par Koen Geens."
 

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