"Knuffelcontact", un mot de l'année qui reflète toute la richesse du néerlandais

C’est une tradition en Flandre : durant le mois de décembre, "Le mot de l’année" est désigné lors d’une élection en ligne organisée par la VRT et le dictionnaire Van Dale. Et cette année, sans grande surprise, le mot vainqueur est directement lié au coronavirus.

Comme toutes les langues, le néerlandais évolue avec le temps. Mais ce qui est assez formidable avec la langue de Vondel, c’est qu’on peut presque inventer n’importe quel terme, juste en collant deux mots.

Et c’est ainsi que cette année, pas moins de 20 nouveaux termes étaient en lice pour devenir le mot de l’année. 16 d’entre eux étaient liés à l’épidémie du coronavirus. A la troisième place du classement, c’est "covidioot" qui s’est imposé, un mot que l’on pourrait traduire par "idiot du covi ".

La deuxième place est revenue au terme "hoestschaamte", qui évoque la honte de tousser. Mais, au final, malgré l’annus horriblis que l’on vient de vivre – ce qu’en néerlandais, on appellerait een kutjaar - le mot de l’année est un vocable chaud, à la consonance agréable, et puis surtout un mot positif…

Et le gagnant est…

Une grande majorité des 20.000 votants a opté pour le mot "knuffelcontact", un mot que vous avez très certainement déjà entendu dans la bouche de nos responsables politiques, puisque c’est sous le gouvernement De Croo qu’il a vu le jour. Début octobre, alors que les autorités annoncent un durcissement des mesures sanitaires, ce mot apparaît pour évoquer les contacts rapprochés. C’est Frank Vandenbroucke, le ministre de la Santé publique qui, le premier l’a utilisé lors d’une interview accordée à la VRT.

Le knuffelcontact, que l’on pourrait traduire par "contact câlin", est défini dans le Van Dale en ligne comme une personne, en dehors des membres de notre famille, avec qui on peut avoir des contacts physiques étroits, en l’occurrence pendant la crise du corona.

On notera qu’aux Pays-Bas, le knuffelcontact n’existe pas, contrairement au "knuffelmaatje", qui veut en revanche dire tout autre chose, puisqu’il s’agit du partenaire sexuel. Chez nos voisins néerlandais, le mot de l’année est pas mal dans son genre, puisqu’il s’agit de "anderhalvemetersamenleving", qui veut littéralement dire "société du un mètre et demi".

Un mot qui a fait le tour du monde

Pour beaucoup de personnes en Flandre, ce n’était pas très surprenant que "knuffelcontact" devienne le mot de l’année. Comme le souligne Ruud Hendrickx, le conseiller linguistique à la VRT, ce mot s’est en effet intégré dans la société à une vitesse grand V. Plus incroyable encore : il a même traversé nos frontières, puisque de très nombreux médias étrangers ont relevé le terme de knuffelcontact dans leurs articles.

Pour évoquer les mesures prises en Belgique, The Telegraph évoque ainsi les "hug buddies", alors que The Sun parle de "cuddle contacts". Le Corriere della Sera traduit, lui, le mot par "compagno di coccole". D’autres pays ont également tenté d’expliquer l’essence de ce terme. Un site ukrainien mentionne ainsi le "knuffelcontact" comme étant un mot mignon, qui vient dédramatiser un phénomène psychologiquement difficile pour la population. La télévision chinoise CGTN a quant à elle carrément réalisé un petit film animé pour expliquer ce concept flamand.

"Simp" et "Ewa drerrie"

Parallèlement à cette élection du Van Dale, les jeunes aussi ont la possibilité de choisir le terme qui pour leur génération, constitue le mot de l’année.

Alors qu’en français, les adultes sont souvent exaspérés par l’évolution du langage des jeunes, et de leurs "wesh, gros, j’avoue…", en Flandre, elle est mise en avant, et même reconnue grâce à l’élection de leur mot de l’année.

Chez les adolescents, le compte instagram de la VRT qui leur est destiné (nws.nws.nws) organisait pour la deuxième fois ce vote. Plus de 35.000 jeunes y ont participé. La majorité a opté pour le mot "simp", un terme largement répandu sur TikTok et qui désigne un mec qui en fait un peu trop pour la fille qu’il aime.

Les enfants, aussi, ont la possibilité de s’exprimer, depuis plusieurs années déjà, grâce à un vote organisé par la chaîne KetNet. Et cette année, le terme qu’ils ont élu est "Ewa drerrie", qui veut en quelque sorte dire : "salut gars", ou "yo mec". Ce terme vient en fait de l’arabe, du marocain plus précisément.

Tout ça nous apprend en tous cas que les langues et leur évolution restent un reflet du monde dans lequel on vit, une richesse qui peut aussi bien égayer les moments les plus durs, qu’intégrer le multiculturalisme de nos sociétés.

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