La "note" qui a fait éclater l'affaire Kazakhgate était authentique: des documents contredisent De Decker

Des révélations - encore - dans le dossier Kazakhgate : elles concernent la "note", autrement dit le courrier, qui a révélé toute l'affaire à la presse et à la justice - côté français d'abord. Celle-ci était taxée de "faux" par les principaux protagonistes dont le ministre d'Etat et ancien président du Sénat et actuel bourgmestre d'Uccle, Armand De Decker (MR), qui a joué les avocats de Patokh Chodiev, l'un des hommes d'affaires kazakhs impliqués dans l'affaire. Or Paris Match Belgique publie à présent des documents qui démontrent l'authenticité de cette note capitale. 

La "note" bien connue déjà dans cette affaire remonte au 28 juin 2011; c'est elle qui, publiée par le Canard enchaîné en octobre 2012, va révéler toute l'histoire. Elle est signée de Jean-François Etienne des Rosaies, préfet, conseiller équestre de l'Elysée, chargé de mission et donc proche de Nicolas Sarkozy.

Sous le libellé "Très confidentiel", l'objet "Relations France-Kazakhstan", l'homme y établit noir sur blanc le lien entre l'Elysée de Sarkozy, soucieux de plaire au président du Kazakhstan Nazarbaev pour pouvoir conclure un important contrat de vente d'hélicoptères, et la Belgique où un trio d'hommes d'affaires kazakhs étaient donc embourbés dans des ennuis judiciaires.

Trois hommes d'affaires précisément tirés de leurs ennuis grâce à une transaction pénale faite sur mesure. Dans sa note, Jean-François Etienne des Rosaies fait donc rapport de toute l'opération montée depuis Paris, avec la création à Bruxelles d'une équipe d'avocats chez nous, dont "le ministre d'Etat Armand De Decker", baptisé aussi "son cousin germain". Un récit adressé au ministre de l'Intérieur d'alors Claude Guéant, autre proche de Nicolas Sarkozy. 

Un faux ?

Claude Guéant, ex-secrétaire général de l'Elysée, ex-ministre de l'Intérieur, venu volontairement face à la Commission d'enquête parlementaire "transaction pénale" en mai 2017, a émis des doutes sur l'authenticité de la note d'Etienne des Rosaies : "Je ne me souviens pas. Je me demande simplement, mais c'est une question que je me pose, si elle est authentique parce qu'un débat a eu lieu en France à propos d'une note dont Etienne des Rosaies a toujours dit qu'elle n'était pas authentique".

Armand De Decker, lui-même, auditionné par le Parquet de Bruxelles le 12 mai 2015, a affirmé qu'il s'agissait d'un faux, mettant en avant le côté quelque peu "extravagant" parfois de son auteur présumé. "Pour moi, ce document ne peut avoir été rédigé que soit par un mythomane, soit par un malveillant qui a dressé un faux dans le but de nuire, principalement à ma personne. Je cite quelques exemples d'incohérence et de fantaisie dans ce document". Armand De Decker qui dit n'avoir reçu lui-même copie de cette note que via un journaliste.

Armand De Decker, dont Paris Match Belgique révèle qu'il a alors remis aux enquêteurs un document de Jean-François Etienne des Rosaies, rédigé en février 2013 à sa demande, certifiant aussi qu'il s'agissait d'un faux.

Non, un document authentique !

Déjà dans les procès-verbaux de la procédure belge, les enquêteurs avaient conclu à l'authenticité de la précieuse note. "Malgré la réputation sulfureuse et pour certains mythomane du rédacteur de la note, Monsieur Jean-François Etienne des Rosaies, l'analyse de certains éléments repris dans le dossier judiciaire français permet de considérer son authenticité". Et de se baser notamment sur un autre courriel issu de la messagerie du même des Rosaies, daté du 19 juin 2011, et faisant déjà un premier résumé de l'opération Paris-Bruxelles. On était alors là deux jours après la concrétisation de la transaction pénale au Parquet général de Bruxelles dans le dossier du "trio kazakh".

Et voilà que Paris Match Belgique publie ce jeudi des ébauches, des brouillons, saisis par la justice française, de la note de des Rosaies, documents datés du 21 juin 2011. Documents transmis à sa secrétaire où il a rectifié, raturé, corrigé manuscritement certains passages, mais sans en changer le fond. Documents qui remis au net ont donc été adressés à Claude Guéant une semaine plus tard. De quoi démontrer que la pièce la plus accablante du Kazakhgate n'est donc pas un faux et qu'Armand de Decker n'a pas dit toute la vérité face à la justice belge...

Enquête à lire dans le Paris Match Belgique de ce jeudi.

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