Kazakhgate, Arabie Saoudite: la bien mauvaise semaine de Didier Reynders

Semaine difficile pour Didier Reynders... Le vice-premier ministre a dû "slalomer" entre les révélations successives et dans plusieurs médias dans l'affaire du "Kazakhgate" et les remous suscités par un vote de soutien à l'Arabie Saoudite plus qu'embarrassant pour la Belgique. De quoi relancer, pour la première fois depuis longtemps avec une telle intensité contre sa personne, le feu nourri des critiques et reproches de la part de l'opposition.

Le volet kazakh

Ainsi il suffit parfois de quelques grains de sable pour gripper le plus fin des mécanismes. Cette semaine, il n'aura fallu que quelques lettres de l'alphabet pour déclencher suspicions médiatiques et politiques à l'égard de Didier Reynders. 

Quelques lettres, en l'occurrence des initiales. D.R. et A.D.D. Cinq lettres seulement, griffonnées dans l'agenda de l'un des acteurs-clés du Kazakhgate. Des lettres qui suggèrent que Catherine Degoul, l'avocate de l'homme d'affaires kazakh Patokh Chodiev, multipliant les navettes entre Paris et Bruxelles, a rencontré dans notre capitale D.R et A.D.D., qui pourraient être tout simplement Didier Reynders et Armand De Decker.

C'était en février 2012, huit mois après l'adoption chez nous de la loi de transaction pénale, au parcours si étrange. Et sur lequel certains évoquaient déjà l'ombre du cabinet de celui qui était d'abord chargé des Finances, puis des Affaires étrangères. Didier Reynders cité par initiales donc dans un agenda saisi depuis par la justice française, première à lancer ses enquêteurs sur la piste d'un Kazakhgate à ramifications internationales.

Aucun contact

Didier Reynders déjà cité dans un courrier d'un autre protagoniste de l'affaire, Jean-François Etienne des Rosaies comme l'un des trois ministres belges "sensibilisés" par Armand De Decker, pour faire avancer la loi.

Didier Reynders, mis en copie d'un autre mail révélé cette semaine, signé là encore de l'avocate Catherine Degoul, réclamant le paiement de ses honoraires à un conseiller diplomatique de l'Elysée.

Ajoutez à cela la mention répétée de l'un de ses proches, Jean-Claude Fontinoy, dans une série d'autres documents côté français toujours. Des citations, des mentions, sans confirmation que les rendez-vous ont eu lieu, que les contacts ont été pris, les courriers reçus.

Didier Reynders, dans une lettre récente au président de la Commission d'enquête parlementaire "Transaction pénale" (soit "Kazakhgate"), a écrit, lui qu'il n'avait eu "aucun contact" avec les protagonistes principaux de l'affaire. En attendant, les questions demeurent... Dommage pour l'image. Mais Didier Reynders en a vu d'autres. 

L'écueil saoudien... imprévu

C'était sans compter sur trois autres lettres gênantes en fin de semaine pour le ministre des Affaires étrangères : "Oui" ou "Yes". Un "Yes" encombrant de la Belgique pour soutenir la candidature de l'Arabie Saoudite à la Commission des droits des femmes des Nations Unies.

Un vote annoncé en catimini mardi, des dépêches de presse évoquant le feu vert obtenu par l’Arabie Saoudite, par vote secret, de 47 des 54 Etats membres du Conseil économique et social des Nations unies. Soit. Avant que l'on se souvienne que la Belgique fait partie de ce dernier Conseil. Que l'on s'interroge sur la position belge. Que l'on pointe finalement la possibilité d'un vote positif de la Belgique. Et que là, la machine médiatique et politique s'emballe.

Que le Premier ministre Charles Michel, face aux députés lors de la traditionnelle séance de questions au gouvernement du jeudi, se mette à "regretter" le vote intervenu. Vote de la diplomatie belge. De quoi susciter là aussi - comme pour le Kazakhgate - des interrogations sur la responsabilité de Didier Reynders... Bourde diplomatique ou négligence coupable du ministre des Affaires étrangères? Celui-ci dément avoir été au courant "personnellement" du vote intervenu. Vote un peu hors norme, poussé par la nouvelle administration américaine Trump. Vote positif de la Belgique enclenché selon la procédure habituelle : un seul candidat pour un seul siège, on soutient le candidat unique. 

Le ministre savait-il?

Mais voilà Ecolo et Groen, munis de mails échangés entre la délégation belge aux Nations Unies et le cabinet - l'entourage direct du ministre -, avant le vote, estiment que Didier Reynders devait savoir. Que son cabinet a donné une injonction positive de voter en faveur de l'Arabie Saoudite et même de faire savoir à l'Arabie que la Belgique avait donné son soutien. Que la Belgique a eu près de neuf heures pour décider, ce qui paraît bien long là où Charles Michel et Didier Reynders parlaient simplement de "quelques heures".

Le cabinet des Affaires étrangères savait soit, mais le ministre lui-même ? Didier Reynders dément, imperturbable. Ecolo pointe sa responsabilité ministérielle. N'y-a-t-il eu aucun "clignotant", aucun signal d'alerte côté diplomates parce que l'Arabie Saoudite était concernée ? Non visiblement et Didier Reynders de demander d'ailleurs que la Belgique choisisse une fois pour toutes l'attitude à tenir face à Ryad. Un débat loin d'être achevé.

Et sur la procédure peut-être trop automatique de vote, le conseil des ministres a choisi ce matin de la réformer. A l'avenir tout vote de ce type devra remonter au niveau du gouvernement dans son ensemble. Histoire d'éviter toute nouvelle bévue à "regretter" ensuite. Côté gouvernemental, chacun a donc fait le "gros dos". Didier Reynders aussi. Il en a vu d'autres... 

Rendez-vous mardi

Quoi qu'il en soit, sur ces deux dossiers de la semaine, l'opposition ne manquera pas d'agiter le doute, jusqu'à ce que Didier Reynders vienne livrer sa version. Ce sera le cas à 10h mardi prochain en Commission des Relations extérieures de la Chambre concernant l'écueil saoudien.

Le ministre pourrait à nouveau s'y voir un peu secoué, contesté. Et concernant le "Kazakhgate", il dit attendre de pouvoir venir répondre aux questions des "commissaires" parlementaires mais la date de cette audition n'est pas encore fixée et connue.

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