Karl-Heinz Lambertz: "Le fédéralisme belge n'est pas encore arrivé à l'âge adulte, il doit encore évoluer"

Karl-Heinz Lambertz
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Président du parlement de la communauté germanophone, Karl-Heinz Lambertz (PS) était l’invité de La Première ce vendredi matin. Le 29 mai dernier, soit quelques jours à peine après les élections fédérales et régionales, la coalition ProDG, PFF et SP a rempilé pour diriger la Communauté germanophone.

Au regard de ce qu'il se passe dans les autres régions et au niveau Fédéral, on se demande quelle est leur recette magique. "La recette dans ce genre de situation c’est de savoir ce que l’on veut, de bien se préparer, de dire aux gens ce que l’on veut faire et de le faire si c’est possible. Cette fois-ci, c’était très clair, la coalition voulait continuer, elle a encore un important travail à faire, elle a eu la confiance et elle travaille maintenant depuis le 24 juin", explique Karl-Heinz Lambertz.

Une forme de pragmatisme qui fait peut-être défaut à d’autres échelons… "Le pragmatisme est une qualité chez nous, mais les situations, ailleurs, sont plus compliquées. Ailleurs, il faut partir de points de vue souvent incompatibles et puis trouver une solution compliquée. Puis, il faut encore que ça marche. Les germanophones ont encore une autre recette magique à ce niveau-là, ils disent aux francophones et néerlandophones, faites ce que vous voulez, mais ne nous oubliez pas. On dira toujours que ce qui est bon pour vous est bon pour nous aussi. Ça a très bien marché pendant pas mal de décennies."

Je trouve que le choix des informateurs a été très subtil, plus subtil que l’on ne l’imaginait au début

Karl-Heinz Lambertz a lui aussi connu les situations difficiles. L’homme politique a été émissaire Royal lors de la crise de 2008 et la démission d’Yves Leterme. Ici, la mission des informateurs royaux a été prolongée jusqu’à septembre.

>> Lire aussi: Mission des informateurs royaux prolongée: "Un record"

"C’est une méthode qui rappelle celle d’il y a 11 ans. A l’époque il fallait aussi passer l’été, on n’était pas dans la formation d’un gouvernement, mais dans une crise. Ici, on doit vraiment décortiquer et laisse le temps jouer son rôle. Dans les questions communautaires en Belgique, les points de départs sont toujours très complexes. Je trouve que le choix des informateurs a été très subtil, plus subtil que l’on ne l’imaginait au début."

Selon lui, la politique c’est d’abord de l’arithmétique simple. "Il faut des majorités. Mais pour y arriver en Belgique, qui est très bipolarisée, ça peut être très complexe. Il faut des évolutions, et ici il y a en plus l’interférence entre les négociations régionales et fédérales. Différents scénarios sont possibles. Ici, on n’a pas le même scénario que la fois dernière, on constitue d’abord au niveau régional. Et les Germanophones sont contents d’être arrivés premier du peloton, les Bruxellois aussi y sont arrivés."

Gouverner avec le MR en Wallonie et la N-VA au fédéral ?

Karl-Heinz Lambertz siège au bureau du PS depuis longtemps. Quelle est la probabilité pour le parti de gouverner avec la N-VA au fédéral ? Pour l’homme politique, "rien n’est exclu. Dans mon for intérieur que je vous confie ici." "Je crois qu’il faut avoir plusieurs scénarios en tête. Si on part déjà avec des points de vue : "Quelque chose est totalement exclu", alors on ne se renforce pas. Il est parfois nécessaire de dire très clairement quelles sont les priorités et comment on veut avancer. Si on arrivait à un dialogue entre N-VA et PS c’est tout sauf simple mais on l’a déjà vécu aussi au début de la décennie."

Au niveau de la Wallonie aussi une question se pose, faut-il gouverner avec le MR? "Il faudra d’abord savoir si on veut gouverner et si on trouve les partenaires pour le faire. En Wallonie il y a eu une tentative de gouverner sans le MR mais je ne pense pas que l’on trouvera une solution autre que celle de gouverner avec le MR. Pour le fédéral, on ne sait encore rien dire du tout, on a juste commencé à discuter."

Une Belgique à 4 régions

Depuis 25 ans, Karl-Heinz Lambertz prône une Belgique à 4 régions. Pour lui, "c’est la seule formule logique pour arriver à une consolidation de la structure fédérale belge". "Le tout, c’est de simplifier et d’arriver à 4 entités et d’organiser la coopération."

Il fait la comparaison avec le confédéralisme voulu par la N-VA. "Le confédéralisme décrit par la N-VA dans son document de 2014, c’est pour moi le début de la séparation du pays. Un confédéralisme au sens juridique est quelque chose qui présuppose des états indépendants. Mais quand on parle de ça coté flamand c’est une disparition d’organes élus au niveau fédéral. On veut cogérer Flandre et Wallonie, une Belgique, et on n’arrive pas à intégrer correctement ni Bruxelles ni la communauté germanophone. Le fédéralisme belge n’est pas encore arrivé à l’âge adulte, il doit encore évoluer, se perfectionner."

Le Parlement va travailler avec une assemblée de citoyens

Innovation au sein de la communauté germanophone, le parlement va travailler, en parallèle, avec une assemblée de citoyen. "La démocratie représentative doit être complétée par des éléments de démocratie délibérative. Nous avons voulu mettre en place une expérience systématique sur 5 ans et qui respecte tous les acquis. On est arrivés à ce système à deux étages. Ma priorité c’est d’assurer un suivi aux conclusions de ce dialogue."

Ces citoyens tirés au sort vont rédiger des recommandations, les politiques germanophones s’engagent à y être attentifs. "Nous essayerons d’encadrer le processus pour que ça devienne des choses susceptibles de mettre en œuvre."

Les yeux de l’Europe sont d’ailleurs, en quelque sorte, tournés vers eux. "C’est une synthèse, mais on n’a rien inventé", conclut-il.

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