Karine Moykens : " On a commencé avec pas mal de problèmes, cela a évolué mais on n'y est pas encore "

Karine Moykens est la nouvelle présidente du centre interfédéral de crise. Elle remplace Emmanuel André à ce poste. Et si pour l’heure, les chiffres du coronavirus sont encourageants, il faut désormais tout mettre en œuvre pour une sortie de crise efficace et pour éviter une deuxième vague.

Le testing et le système de traçage sont les deux outils principaux qui permettront un déconfinement serein et prévenir une nouvelle flambée de l’épidémie. Or, la mise en place de ces deux outils est à la peine.

Le testing n’est pas automatique

Si dans d’autres pays on met en place de vaste campagne de testing de la population, en Belgique, pour l’heure, on ne teste encore que les personnes qui ont des symptômes. Problème, par exemple, comment alors détecter les personnes asymptomatiques dans la population. Difficile donc d’avoir une cartographie précise de l’état de l’épidémie dans le pays.

Le suivi de contact : petit à petit

Entre manque de confiance de la population, protection des données personnelles et moyens mis en place pas encore optimaux, la mise en place du suivi de contact est également à la peine.

Or, comme l’indique l’épidémiologiste Marius Gilbert, " il faut vraiment éclaircir les questions juridiques et faire la plus grande transparence sur ce système […] pour que les gens aient une confiance absolue. Il faut un système opérationnel dès la rentrée car c’est là qu’il y a un risque de deuxième vague ".

Ce sont ces deux instruments et leur mise en place qui seront les chevaux de bataille de Karine Moykens, désormais présidente du centre interfédéral de crise. Et son premier constat se veut quelque peu rassurant et pragmatique : "Je sais qu’on a dû commencer avec pas mal de problèmes. Mais plusieurs choses ont déjà évolué. Est-ce qu’on y est ? Non. Il faut améliorer le système. Mais n’oublions pas que nous avions eu seulement deux semaines entre le jour où la décision du déconfinement a été prise et le premier jour effectif du déconfinement pour élaborer un système de traçage".

Regagner la confiance

Le problème c’est que le système de suivi de contact, qui consiste lorsque vous êtes appelé par le call center de traçage, à donner les noms des personnes que vous avez vus, n’a pas la confiance de la population.

Et les révélations du magazine Wilfried sur Franck Robben n’ont pas aidé à ce niveau-là. Ce génie de l’informatique a été appelé à la rescousse pour mettre en place le traçage en Belgique. Franck Robben est à la fois à la tête de la banque carrefour de la sécurité sociale et de e-health. Il gère donc les données personnelles de tous les Belges. Il fait aussi partie de l’autorité de protection des données. Bref, de multiples casquettes, qui si pour certains en faisait l’homme de la situation, pour d’autres cela représente un manque de transparence. Une situation qui inquiète jusqu’à la ligue des droits de l’homme.

A cet égard, Karine Moykens estime qu’il faut se rappeler " que nous avions seulement deux semaines pour élaborer ce système. A ce moment-là il fallait utiliser toutes les compétences pour y arriver. En cette matière c’était l’homme le plus compétent. On n’avait pas le choix et je suis bien contente qu’il agit à ce moment-là ". Mais elle rappelle, " ce n’est pas lui qui prend les décisions, c’est le comité interfédéral ".

Malgré tout, il semble que progressivement la confiance des Belges dans le système de traçage évolue positivement, analyse Karine Moykens. Aujourd’hui, " 60% des personnes appelées répondent et participent. Par personne, nous avons désormais environ 4,8 noms donnés ", indique-t-elle. Et d’ajouter " on voit une évolution. Au début, les gens ne donnaient que 1 ou 1,5 personne de contact ", même si cela n’est pas encore suffisant.

Karine Moykens explique également "au début, les gens avaient une perception négative de ce système", et c’est aussi cela qui empêche son bon fonctionnement.

En parallèle du système de suivi de contact, Karine Moyskens rappelle aussi que la décision a été prise il y a quelques jours pour le développement d’une application pour tracer l’épidémie. Elle pourrait voir le jour d’ici septembre, espère la nouvelle présidente du centre interfédéral de crise.

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