"Jusqu'à 200 ex-djihadistes européens, terroristes potentiels"

"Je ne fais pas miens les chiffres de Hegghammer, mais un petit nombre de ceux qui vont revenir vont être extrêmement radicalisés et vont tôt ou tard basculer dans la violence."

Gilles De Kerchove craint de nouveaux attentats en Europe "contre des symboles" (juifs ou chiites), et il met à son tour en garde contre "la banalisation de l’antisémitisme", qu’il relie à la violence effective.

Pour surveiller ces jeunes de retour (appelés "returnees"), les effectifs des services belges de sécurité seraient largement insuffisants : "Pour suivre un jeune 24h sur 24, il faut 20 à 30 personnes", estime-t-il.

Pour mémoire, il y avait fin mars 54 returnees Belges sur le territoire belge, et la Sûreté de l’Etat compte moins de 700 employés. Puisqu’une vaste surveillance physique n’est sans doute pas possible, "il faut amplifier les échanges d’informations et faire des analyses fines de risque, et surveiller de manière diverse." Le coordinateur européen suggère également d’accélérer l’intervention judiciaire, notamment par "le retrait de passeports et l’interdiction de partir à l’étranger pour ceux dont on a de bonnes raisons de penser qu’ils veulent rejoindre un groupe terroriste".

Mais pour amplifier les échanges d’informations sur les djihadistes européens en Syrie, avec quels services la Belgique devrait-elle davantage travailler ? Avec les Russes, qui ont eu aussi peur du retour de Syrie de combattants tchétchènes ?

"Nous parlons aux Russes, rappelle Gilles de Kerchove, je parle à mon homologue russe. Et il n’y a pas qu’eux : le Golfe, aussi. Les saoudiens ont une politique très répressive depuis quelques mois. Nous devons avoir une discussion avec les Etats du Golfe sur la manière dont ils soutiennent les groupes en Syrie, notamment financièrement, et il y a des Etats moins bien équipés que d’autres, par exemple le Koweit moins bien équipé que l’Arabie Saoudite. Mais je peux vous dire que la politique de l’Arabie saoudite face aux ex-combattants de Syrie est extrêmement répressive. Il faut que l’Union européenne s’implique plus dans le Golfe."

Faut-il renouer avec les services de renseignement syriens ? "Je n’irai pas jusque là, je pense qu’Assad est un génie dans l’intoxication et la manipulation. Il a lui-même libéré les pires extrémistes de ses prisons pour diviser l’opposition, et parler à ses services, à mon avis, comporte un risque énorme."

Pour souligner l’ambiguïté du gouvernement de Damas, Gilles de Kerchove souligne "qu’il n’y a jamais eu de bombardement, par Assad, des positions tenues par Daesh", groupe aussi appelé Etat islamique en Irak et au Levant (EIIL) et dont la radicalité a été désavouée par Al-Qaïda elle-même.

RTBF

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