Jürgen Conings retrouvé mort : retour sur un mois de recherches et de questionnements

La chasse à l’homme est terminée. Le corps du militaire Jürgen Conings a été retrouvé cet après-midi dans le Dilserbos, en province de Limbourg. Ce sont en tout cas les premiers éléments du parquet fédéral. Les recherches ont duré un peu plus d'un mois. Retour sur ces opérations et sur les questionnements suscités par l’affaire.

Des fouilles d’envergure dans le Parc de Haute Campine

18 mai : Jürgen Conings disparait des radars. On sait le militaire de 46 ans lourdement armé. Dans la banque de données de l’OCAM, l’Organe de Coordination pour l’analyse de la menace, il apparaît comme "extrémiste d’extrême droite, potentiellement violent". Jürgen Conings a menacé plusieurs personnalités dont Marc Van Ranst. Le virologue de la KU Leuven sera placé sous protection policière, avec sa famille.

La voiture de Jürgen Conings est retrouvée près d’un bois du Parc de la Haute Campine. Dans le coffre : quatre lance-roquettes anti-char et des munitions. Selon un rapport du Sedee, le service d’enlèvement et de destructions d’engins explosifs, le véhicule du militaire était piégé et présentait des risques de violentes explosions.

19 mai : Les fouilles se poursuivent dans le Parc national de la Haute Campine. L’autoroute est fermée. Un périmètre est délimité. Des dizaines puis des centaines de policiers et de militaires seront déployés dans la zone, à la recherche de l’homme disparu. Le terrain est accidenté, compliqué, selon la police fédérale.

20 mai : Des unités spéciales des polices d’Allemagne, du Luxembourg et des Pays-Bas viennent renforcer le dispositif. Des centaines d’hommes sont déployés pour ratisser la zone.

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© BELGA PHOTO NICOLAS MAETERLINCK

22 mai : Plusieurs perquisitions ont été exécutées dans l’entourage de Jürgen Conings et à son domicile. Un juge d’instruction spécialisé en terrorisme a été saisi des faits de tentative d’assassinat dans un contexte terroriste ainsi que d’infractions sur la loi sur les armes dans un contexte terroriste.

Jürgen Coning est aussi recherché à l’international, Interpol diffuse un avis de recherche.

Toujours le 22 mai, les recherches dans le Parc national de la Haute Campine touchent à leur fin, la zone est rouverte au public. Elles reprendront de manière ciblée quelques jours plus tard.

27 mai : Les recherches reprennent dans le Parc national de la Haute Campine. De nouveaux éléments apparus dans l’enquête poussent les services de sécurité à explorer 3 zones, cette fois au nord de la N75. 300 militaires et 120 policiers sont mobilisés. Il s’agit d’une action plus ciblée avec des chiens et l’appui d’unités spéciales et du personnel du laboratoire scientifique.

Extrait du Journal télévisé du 27 mai dernier: 

 

28 mai : D’autres recherches, à petite échelle cette fois, sont effectuées du côté de Lummel, au Nord-ouest d’Hasselt, dans la réserve naturelle Thiewinkel. Elles ne donneront rien. Les prochains jours, d’autres recherches sont menées à Zutendaal, puis dans bois de Lanklaar (Dilsen-Stokkem).

10 juin : Nouvelle opération de recherche par des policiers et des dizaines de militaires dans le Dilserbos à Lanklaar (Dilsen-Stokkem, province de Limbourg), et plus précisément dans la zone où l’Audi de Jürgen Conings avait été retrouvée le mardi 18 mai. C’est finalement dans ce bois que le corps de Jürgen Conings sera retrouvé.

Les dysfonctionnements

La radicalisation de Jürgen Conings n'était pas secrète, puisque différents services l'avaient repérée. En 2015, c'est la Sûreté de l'Etat, le service civil de renseignement qui le remarque. En 2018, le militaire réapparait dans les bases de données des services de renseignement, pour participation à un groupe d'extrême droite.

En 2020, la Défense porte plainte contre lui pour propos racistes, la plainte est classée sans suite. En 2021, on le soupçonne de vouloir commettre un attentat contre une mosquée. 

Le 17 février 2021, il est fiché par l’OCAM pour extrémisme de droite. Niveau de menace: 3 sur une échelle qui en compte 4. C'est le seul militaire classé à ce niveau sur cette liste.  

Je n'étais pas au courant 

Les services de renseignement savaient. Et pourtant, l'information n'est pas remontée vers la ministre de la Défense Ludivine Dedonder et le patron des renseignements militaires, Philippe Boucké. 

"Le 17 février, l’OCAM a classé Jürgen Conings en niveau 3. L’information a uniquement été traitée au sein du SGRS, les services de renseignement de l’armée. Le chef du SGRS lui-même n’a pas été informé", a expliqué la ministre de la défense Ludivine Dedonder qui répondait ainsi aux questions des députés lors de la commission de défense le 26 mai dernier. 

Extrait du JT du 26 mai dernier: 

Le rapport de l'inspection militaire confirmera que des informations n'ont pas circulé correctement. Et l'on comprend que le 17 février dernier, le SGRS est absent à une réunion importante de la taskforce locale de sécurité. L'information ne lui parvient qu'une semaine plus tard et n'est diffusée en interne que le 2 mars. Elle est envoyée à l'organe chargé de la collecte de renseignements mais ne remonte pas au sein du SGRS et n'est pas communiquée à d'autres directions.


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L'autre manquement important concerne l'accès au dépôt d'armes. Comment expliquer qu'un militaire fiché ait pu avoir accès à des armes au sein de la cellule à laquelle il avait été affecté? Plusieurs manquements aux règles ont été constatés indique le rapport. Son habilitation de sécurité lui avait pourtant été retirée.
 
Enfin, un autre problème apparaîtra quant à la surveillance du militaire. Une opération est planifiée par le SGRS en mai dernier, avec la possibilité de réaliser des écoutes, des filatures, de s’introduire dans des domiciles privés ou placer des caméras discrètes. Elle sera finalement annulée en raison d’une autre mission jugée plus prioritaire, les moyens d’enquête limités sont alors redéployés ailleurs.

Deux enquêtes ont été ouvertes pour faire la lumière sur ces manquements.

Extrémisme au sein de l'armée: "Nous devons y travailler"

Plus généralement, cette affaire pose le problème de l'extrémisme au sein de l'armée. La Défense doit actualiser son approche du phénomène qui repose sur des textes qui ne sont plus en lien avec la réalité de 2021, notamment les réseaux sociaux, a expliqué la ministre de la défense, Ludivine Dedonder.


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Le Chef de la Défense, Michel Hofman s'est dit conscient du problème. "Nous devons y travailler, ce n'est pas propre à la Défense, d'autres services y sont confrontés et certains ont trouvé des solutions. Nous devrons nous en inspirer", a-t-il dit. 

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© BELGA PHOTO KRISTOF VAN ACCOM
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