Julien Lahaut assassiné par un réseau soutenu par l'establishment belge

Julien Lahaut assassiné par un réseau soutenu par l'establishment belge
Julien Lahaut assassiné par un réseau soutenu par l'establishment belge - © Tous droits réservés

Les conclusions de l'enquête réalisée par des historiens sur l'assassinat du président du Parti communiste belge Julien Lahaut, le 18 août 1950, ont été présentées ce mardi au Sénat. Il en ressort que l'attentat a été commandité au sein du réseau anticommuniste d'André Moyen, soutenu par le patronat de grandes entreprises et bénéficiant de soutiens policiers et à la Sûreté de l'Etat.

"Vive la République". Un cri lancé lors de la prestation de serment du roi Baudouin et attribué, à tort, à Julien Lahaut, le président du parti communiste. Une semaine plus tard, le 18 août 1950, il est assassiné devant son domicile à Seraing. Une enquête débute mais elle sera classée sans suite en 1972.

''D'un côté, on était convaincu que les milieux ultraléopoldistes avaient une responsabilité. Et d’un autre côté, on a aussi intégré ce fait parmi d’autres puisqu’en deux ans de temps, il y a eu une série d’attentat contre des dirigeants communistes dans le monde", nous expliquait Louis Van Geyt, président du Parti communiste de Belgique de 1972 à 1995 en 2012.

Alors, qui a fait le coup? Les regards se tournent vers François Goossens, un citoyen de Hal qui se vantait de cet assassinat.

"Tout le monde savait : ‘c'est François, c'est un coup de François !’. Il s’en vantait carrément mais était sûr et certain d’être intouchable", nous a confié un témoin. François Goossens ne sera en effet pas inquiété, malgré sa présence en première ligne, aujourd'hui avérée, dans le groupe qui a perpétré l’assassinat. D'autres noms seront ensuite cités, dont trois membres d'une même famille de Hal : la famille Deville.

De leur côté, des historiens mènent leurs propres recherches sur cet événement sans équivalent dans l’histoire de Belgique. "Mis à part l'assassinat contre le ministre d'Etat André Cools, Julien Lahaut est le seul parlementaire dans l'histoire politique belge depuis 1830 qui a été assassiné. Ce n’est donc pas un incident parmi d’autres, cela reste quelque chose d'exceptionnel", précise Rudi Van Doorslaer, du Centre d'études ‘Guerres et Société contemporaine’ (Ceges).

Un assassinat perpétré par un réseau structuré soutenu par l'establishment belge

Fin des années 2000, grâce à des subsides et une souscription publique, les historiens se lancent dans de nouvelles investigations avec l'espoir de lever, enfin, le voile sur cet assassinat, vieux de 65 ans. L’aboutissement de ces nouvelles enquêtes a été présenté ce mardi au Sénat. Comme nous l’expliquait le professeur Emmanuel Gérard, un nom en est ressorti : celui d’André Moyen.

Cet homme était à la tête d’un réseau d’agents anticommunistes, soutenu par la grande finance belge de l’époque (Société Générale) ainsi que des grandes entreprises (Union minière, Brufina…) et bénéficiant de relais dans la police et à la Sûreté de l’Etat.

"La première conclusion de cette enquête est d’abord que cet attentat n’est pas l’acte d’un isolé. C’est l’acte d’une organisation, d’un réseau, celui d’André Moyen. François Goossens était un homme actif dans ce réseau", nous a indiqué l’historien de la KUL, qui a dirigé l’enquête. "Deuxième conclusion, ce réseau n’est pas une affaire de marginaux ou de farfelus mais il est encadré. Les grandes sociétés de Belgique financent le réseau et celui-ci est en correspondance avec des hommes politiques importants", poursuit-il. "Dernière conclusion, il existait une collusion entre le réseau d’André Moyen et la police judiciaire de Liège, Bruxelles et Anvers qui a empêché le juge d’instruction de Liège d’aboutir dans son enquête". André Moyen était un anticommuniste convaincu dès les années 30 et le restera après avoir été résistant durant la Seconde Guerre mondiale.

En 1972, l’enquête s’est close avec un non-lieu et depuis lors André Moyen a commencé à en parler dans les années 80 dans un ouvrage (co-écrit par Rudi Van Doorselaer). "Il y avait dévoilé tel ou tel détail mais pas l’entièreté de l’affaire".

Celle-ci n’a été éclaircie qu’après une consultation exhaustive des archives "très diverses" que l’enquête a pu être bouclée aujourd’hui pour aboutir à ces conclusions, précisent les enquêteurs.

Ce n'est donc pas l'anti-monarchisme de Julien Lahaut qui était visé lors de son assassinat. Dans un contexte de guerre froide -où le monde était divisé entre le camp des Etats-Unis et de ses alliés d'un côté, face à celui celui des pays communistes et/ou alliés de l'URSS de l'autre-, ce sont bien les convictions communistes et le potentiel de mobilisation sociale (démontré durant la guerre) de Julien Lahaut auquel le réseau de Moyen voulait mettre fin, si l'on en croit l'enquête qui vient de révéler ses conclusions.

RTBF

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