"Le gouvernement fédéral n'a pas demandé d'arrêter des journalistes: fake news, mensonge, populisme!"

Journalistes arrêtés en plein travail: le Premier ministre interrogé à la Chambre
Journalistes arrêtés en plein travail: le Premier ministre interrogé à la Chambre - © Tous droits réservés

Le Premier ministre Charles Michel, interrogé à la Chambre par Elio Di Rupo (PS), Olivier Maingain (DéFI), Marc Van Hees (PTB) et Richard Miller (MR), a réagi ce jeudi à l'interpellation de militants du collectif #NotInMyName qui menaient une action au centre fermé 127 bis pour demandeurs d'asile de Steenokkerzeel. Deux journalistes de la RTBF et trois de leurs techniciens qui couvraient l'événement ont été interpellés Himad Messoudi, Julien Vlassenbroek, Guy Talin, Marc Florent et Jérémy Boisseau.

Ils ont été libérés depuis, mais les questions n'ont pas tardé, sur les motifs de ces arrestations et sur la responsabilité de ceux qui les ont ordonnées.

C'est la police locale qui a pris les décisions, la police fédérale n'est intervenue qu'en appui

Tout en reconnaissant la légitimité de ces interpellations, Charles Michel a réaffirmé son soutien aussi bien à la liberté de la presse... qu'aux policiers "qui veillent au maintien de l'ordre et de la sécurité". Et s'est lavé les mains de la responsabilité politique: c'est la police locale qui a pris les décisions, la police fédérale n'étant intervenue qu'en second temps en appui. Le Premier ministre s'est donc dit "stupéfait de l'instrumentalisation faite de cet incident": "J'ai reçu un courrier d'un membre du gouvernement de la fédération Wallonie-Bruxelles qui laisse entendre que le gouvernement fédéral a fait arrêter des journalistes: fake news, mensonge, populisme" a tonné Charles Michel.

Un problème de stabilité

Le ministre de l'Intérieur Jan Jambon a ensuite donné les éléments présentés comme factuels autour de cette arrestation, expliquant que les manifestants sont arrivés avec du matériel se sont enchaînés aux clôtures et sont montés sur le toit des maisons en construction. "La direction du centre 127 bis a alors prévenu les autorités locales que les esprits s'échauffaient et l'entrepreneur a signalé qu'il ne pouvait garantir la sécurité des occupants du toit. A 11H, sous la responsabilité de la police locale, il a été décidé de procéder à des arrestations administratives sur base des informations reçues".

Jan Jambon a expliqué que le matériel n'avait été que brièvement confisqué et que les journalistes avaient été rapidement libérés au commissariat après avoir montré leur carte de presse, "ce qu'ils n'avaient pas fait auparavant".

Ce n’est pas parce qu’on est journaliste qu’on peut ne pas respecter la loi

Ce seraient donc des questions de sécurité qui auraient conduits à l'arrestation des membres de la RTBF: "Lorsqu’une personne refuse d’obéir et peut mettre, elle ou une autre personne en danger, on peut alors l’arrêter. Ce n’est pas parce qu’on est journaliste qu’on peut ne pas respecter la loi".

Une réponse qui n'a convaincu qu'à moitié l'opposition, Olivier Maingain regrettant qu'on assimile les journalistes aux manifestants et que Jan Jambon "considère qu'ils doivent être arrêtés au même titre". Tout comme Marco Van Hees, il s'est étonné que les forces de l'ordre ne soient pas capables d'identifier des journalistes avec micros et caméras estampillées RTBF.

Le député PTB a jugé l'argumentation délirante pour cette arrestation "justifiée par des problèmes de stabilité", a-t-il ironisé. "Je pensais sincèrement que vous alliez condamner cette arrestation, a-t-il adressé à Charles Michel. Je ne pensais pas être dans un pays où le premier ministre justifierait l’arrestation de journalistes." 

Le MR demande que le ministre Marcourt (PS) s’explique

Reprenant la phrase de Jean-Claude Marcourt  selon laquelle le gouvernement fédéral  aurait porté atteinte à la liberté d’informer, le MR demande qu’il vienne s’expliquer "sur les bases légale et les éléments d’informations qui lui permettent de porter de telles accusations"

Les pires fake news

Françoise Bertiaux, Cheffe de Groupe MR au parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles dit s’étonner qu’un ministre "ayant une si longue expérience et une  formation de juriste "fasse preuve d’une méconnaissance totale du fonctionnement d’un État de Droit. En aucun cas ce n’est un gouvernement qui dirige et donne ordre à la police. Écrire le contraire dans ce courrier, c’est s’inspirer des pires fake news de M. Trump". 

Le Groupe MR demande au ministre Marcourt de s’en expliquer au Parlement "dans les plus brefs délais" et, le cas échéant, de "présenter les éléments dont il dispose pour porter une si grave accusation au nom de son gouvernement ou, sinon, d’en tirer les conséquences éventuelles."

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