Journal de bord de la Commission fédérale COVID-19 : la Commission s’embourbe et le RMG "n’a pas eu le temps de réfléchir"

Ce vendredi 8 octobre, c’est le Dr Paul Pardon, le président du RMG, le "Risk Management Group", qui était invité à répondre aux questions des députés. Des questions envoyées avant le début de la Commission, histoire de fluidifier les échanges… Mais c’était sans compter sur l’exposé de celui qui dirige également le "point focal national pour le règlement sanitaire international", un exposé de près de deux heures où le Dr Pardon a présenté un très détaillé rétro calendrier de toutes ses actions, en reprenant nombre de dates et d’informations déjà évoquées lors de précédentes auditions de cette même commission. La façon dont la Chine a communiqué les premières informations, les premiers cas en Italie, ces éléments, les commissaires les ont entendus plusieurs fois. Le Dr Pardon propose également un relevé quotidien de toutes les actions qu’il a entreprises, tous les contacts qu’il a pris avec les pays étrangers. C’était long, quelque peu rébarbatif au point où Sofie Merckx, la députée PTB, a interrompu l’audition : "Une telle chronologie aurait pu être envoyée par écrit. Votre temps doit être utilisé de façon efficace. Ne nous perdons pas dans des détails qu’on pourrait lire par ailleurs" dit-elle au Dr Pardon. Celui-ci lui répond qu’il est indispensable d’expliquer "comment nous en sommes arrivés à cette situation. Il est impossible de vous donner une image correcte si je ne fais pas ce que je suis en train de faire. Je trouve très important de continuer" conclut-il. Difficile, sur le fond, de donner tort à la députée PTB, mais le président de la Commission, le VLD Robby De Caluwé, permet au patron du RMG de continuer son exposé, qui ira jusqu’à la fin février. Il aura fallu une heure pleine d’audition…

90 réunions depuis le début de l'année.

Le Dr Pardon rappelle la composition du RMG (différents représentants de cabinets ministériels du fédéral et des entités fédérées, ainsi que des experts de Sciensano ou d’ailleurs), son rôle (fixer les structures génériques pour la gestion de crise sanitaire, surveillance journalière du risque, des menaces potentielles). Habituellement, le RMG se réunit trois ou quatre fois par an. La première réunion "COVID-19" a eu lieu le 23 janvier. Deux mois plus tard au 30 mars, le RMG se sera réuni 24 fois ! Et au total, entre janvier et octobre, ce chiffre grimpe à 90 réunions. Le RMG décide au consensus, ce qui amène son président à, parfois, revoir son opinion. L’objectif est que la décision soit soutenue par tout le monde : en cas d’avis divergent, on essaie de l’intégrer en faisant, le cas échéant, quelques modifications. Reste que l’influence politique, au sein du RMG, est réelle : "Et le piège, c’est que la décision soit déjà marquée politiquement, pendant les discussions au RMG ou après. De quoi perdre le caractère scientifique de la décision." Par ailleurs, la lasagne institutionnelle belge n’a rien fait pour faciliter les choses lors de cette crise.

Plus de personnel, plus de moyens

Parmi les questions reçues, il y a en a une concernant les plans existants, concernant la grippe ou les pandémies. Pourquoi aucun de ceux-ci n’a-t-il été mis en branle ? La réponse du patron du RMG est claire : "Je pense que pour une crise de cette ampleur, on peut dire, sans aucune honte, que personne n’était préparé. Cela aurait été mieux s’il y avait un plan, sur papier. On ne peut pas rester aveugle devant le fait qu’il n’y avait pas vraiment d’actualisation du plan pandémie. Mais tout de même : dans les plans actuels, il existait une série d’éléments qui ont été mis en œuvre. Mais il aurait mieux valu avoir un plan actualisé et qu’on avait déjà essayé, sur le terrain. Un plan, dans un tiroir, cela reste de la théorie."

Autre question : y a-t-il eu une évaluation du fonctionnement du RMG pendant ces derniers mois ? "Pas en tant que tel, nous sommes toujours en pleine crise." C’est d’ailleurs un élément marquant de l’audition du Dr Pardon : le RMG a manqué de temps, n’a pas pu "mener de réflexion pour réfléchir à la gestion de la crise. Ce n’est pas une bonne chose, il faut réfléchir de façon approfondie."

Le docteur aura également un mot pour les médias, "très utiles de manière générale pour diffuser notre message. Mais les médias cherchent et attisent la controverse, créent de la confusion. Parfais, il est aussi bon, pour les médias, de mettre en évidence ce qui se passe bien et de ne pas toujours chercher ce qui ne se passe pas très bien…"

En conclusion, le Dr Pardon estime qu’il faut plus de personnel, plus de moyens, car sans ça, "on ne sait rien faire". Unique membre du "point focal national pour le règlement sanitaire international", il est sur le pont 7 jours sur 7, 24 heures sur 24 depuis le mois de janvier.

La Commission doit se relancer

Il était 12h25 quand les commissaires ont pu prendre la parole pour interroger le président du RMG. Un tour des partis plus tard, il était 13 heures et la Commission devait prendre fin. De quoi provoquer de la mauvaise humeur chez certain.es. Un peu plus tard dans la journée, la Commission s’est à nouveau réunie à huis clos pour évoquer l’ordre de ses travaux, son organisation, qui, pour le moment, n’est guère efficace. A l’issue de cette réunion, il a été décidé qu’il n’y aurait pas d’audition vendredi prochain, le temps que les commissaires s’entendent sur la suite des auditions. Il existe une liste d’une petite centaine de personnes, l’objectif, dans la semaine à venir, est d’inviter une dizaine de personnes. De quoi permettre d’avoir une vue sur 3-4 semaines. Les commissaires vont lister une série de questions qui font consensus, les questions pour lesquelles des réponses sont absolument attendues. "Ainsi, au bout de leur exposé, on aura les réponses qu’on veut entendre" explique un commissaire excédé par l’organisation déficiente de cette Commission. Une autre dynamique est attendue. La présidence à tout le moins faiblarde du président Robby De Caluwé est aussi attendue au tournant : sans un coup de fouet, la Commission spéciale COVID-19 du Parlement fédéral risque de faire "pschitt"…

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