Joseph Thonon, président de la CGSP : "Le port du masque à l’école ? Un moindre mal, mais pénible pour les enseignants"

Les chiffres des contaminations liées au coronavirus augmentent : face à cette hausse, les autorités ont acté le retour du masque en classe. Mais comment l’école se prépare-t-elle à la quatrième vague ? Comment le corps enseignant a-t-il réagi ? Thomas Gadisseux a posé ces questions à Joseph Thonon, président de la CGSP Enseignement.

Si les autorités sont d’accord, le monde de l’enseignement fait la grimace. Mais le président de la CGSP Enseignement relativise. "C’est un moindre mal par rapport à d’autres mesures qui auraient pu être actées, comme la prolongation des congés de la Toussaint ou les cours en distanciel. Or évidemment, cette mesure va rendre le travail des professeurs et enseignants plus pénible", affirme-t-il.


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Pour Joseph Thonon, il est indéniable que les fermetures des écoles soient en augmentation. Mais il est loin de pointer du doigt le corps enseignant : "Les écoles sont au même niveau de la société : l’on voit qu’une quatrième vague se dessine et l’on espère que la vaccination va empêcher les fermetures, explique-t-il, conscient que nul n’est "à l’abri d’une crise plus grave. Le taux de vaccination des enseignants est très important mais il est clair que le virus circule, tant au sein de la société que parmi les jeunes. Impossible que les écoles n’en soient pas impactées."

Le port du masque "approuvé à contrecœur"

En effet : les écoles sont bel et bien impactées, provoquant des fermetures en cascade, difficiles à gérer tant au niveau des directions que des familles. Face à la recrudescence de l’épidémie, les autorités ont alors décidé de passer à la vitesse supérieure, marquant le retour du masque sur les bancs de l’école. La mesure entre en vigueur après les congés de la Toussaint et sera évaluée fin novembre. "En tant que syndicat, nous avons approuvé à contrecœur cette mesure, sachant que pour les enseignants, le port du masque est très pénible, comme ça l’est pour les profs de langue ou de l’enseignement fondamental."

Autre dossier évoqué avec le président de la CGSP Enseignement, celui de l’éventuelle vaccination obligatoire des enseignants. Pour l’instant, rappelons-le, le gouvernement veut rendre la vaccination contre le coronavirus obligatoire uniquement pour le personnel soignant. Mais la réflexion pourrait s’élargir à d’autres catégories professionnelles.


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Faut-il rendre la vaccination obligatoire pour les enseignants ?

La CGSP, l’une des plus grandes centrales professionnelles de la FGTB, reste sur les positions exprimées par le syndicat : soit la vaccination est obligatoire pour tout le monde, soit elle ne l’est pour personne.

"La vaccination obligatoire des enseignants ? Ce n’est pas une option", s’exclame Joseph Thonon. "Pendant un moment, on a plaidé pour que la priorité soit donnée aux enseignants et nous n’avons pas eu de réponse favorable. Cela nous étonnerait alors qu’on décide d’élargir l’obligation vaccinale uniquement à notre catégorie (en plus du personnel soignant) et pas à d’autres".

"Sans compter qu’on est encore loin d’avoir un cadre pour l’obligation du personnel soignant, ajoute-t-il. A ce stade, on ne sait toujours pas ce qui est prévu pour celles et ceux qui refuseraient de se vacciner".

Le tracing continue de compliquer la vie des écoles

Frappées par un mouvement de grogne depuis plus d’une semaine, les opérations de tracing des cas covid dans les écoles de la Fédération Wallonie-Bruxelles, assurées par les services de Promotion de la santé à l’école (PSE), sont perturbées. Et ce, jusqu’aux vacances de la Toussaint.

Alors que tout le monde se renvoie la balle, un consensus semble avoir été trouvé : les Régions prendront en charge le testing et tracing au sein des écoles, comme elles le font au sein du reste de la population. "Les PSE et les PMS (Centres psycho médico-sociaux) vivent des situations intenables et ont refusé de travailler dans ces conditions. Avec les Régions qui s’engagent, on espère vraiment que cela devienne faisable après la Toussaint".

A un moment donné, Caroline Désir, la ministre de tutelle a dénoncé des règles trop sévères, qui risquent de peser de manière excessive sur les enfants. En ce sens, la CGSP est d’accord sur le principe de réfléchir à l’assouplissement des règles, au moment où ce sera possible.

Budget catastrophique et école : quelles conséquences ?

Nous avons également évoqué la situation budgétaire en Fédération Wallonie-Bruxelles et ses potentielles conséquences sur l’école francophone. Il y a quelques semaines, le ministre du Budget de la FWB Frédéric Daerden, était clair sur la situation financière de la Communauté française : "Il est clair qu’un milliard de déficit par an, à l’horizon des années 2030 pose problème. Avec notre financement de la FWB, on ne va pas pouvoir s’en sortir".

Le Covid va-t-il alors être fatal au fonctionnement de notre système scolaire, alors qu’on est à un moment charnière où plusieurs réformes sont prévues (pacte d’excellence, réforme de la formation initiale des enseignants, etc.). "Il faut réfléchir à des réformes, parce que les enseignants sont à bout et à chaque fois, on ajoute une couche à chaque réforme. Il faut vraiment réfléchir à ce qu’on met en place", explique Joseph Thonon.

La question se pose notamment pour la formation initiale des professeurs : il est prévu que le cursus dure une année de plus, mais pour l’instant, aucun barème n’est prévu. "Il est impossible d’étudier plus et de gagner moins", défend le président de la CGSP : pour lui, revoir les barèmes est indispensable.

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