Le président de la CGSP-Enseignement sur la rentrée des classes : "Le côté Flamand travailleur et Wallon fainéant, je pense qu'il est là"

Le retour des enfants dans les classes de maternelle, après plusieurs semaines de confinement, c’est ce mardi matin 2 juin. Un retour anticipé, précipité disent certains, puisque celui-ci a été annoncé le 27 mai dernier. La CGSP-Enseignement a introduit un préavis de grève afin de couvrir les enseignants qui ne souhaitent pas rentrer, parce que les conditions de sécurité ne sont pas respectées. Cela a-t-il pu créer de la confusion, selon Joseph Thonon, président de la CGSP-Enseignement, invité de Matin Première ce mardi ?

"Cela a pu créer de la confusion", dit-il. Mais, selon lui, le communiqué de son syndicat était "très explicite". Ici, il s’agit d’une "couverture de grève par rapport à des enseignants qui n’ont pas été consultés" sur cette rentrée. "On ne s’oppose pas la rentrée" mais elle doit se faire "dans de bonnes conditions, avec des enseignants prêts à accueillir" les enfants dans de bonnes conditions.

Un report à la fin de la semaine ou le 8 juin

La CGSP espère qu’il n’y aura pas d’enseignants en grève, que des moments de concertations seront mis en place "soit pour reporter la rentrée à la fin de semaine voire lundi" 8 juin "au plus tard."

Le président de CGSP s’étonne de la rapidité de la décision gouvernementale. "On est passé d’une rentrée extrêmement stricte avec mesures de sécurité. Puis on dit qu’on peut rentrer dans n’importe quelles conditions." Retourner en classe et retrouver les élèves étaient "dans la tête de certains enseignants. Mais pas à cette vitesse […] en deux jours", estime Joseph Thonon qui regrette que le protocole relatif au nettoyage des installations ou "des jouets" par exemple n’ait été reçu "que vendredi". Le syndicat demande "la sécurité des enfants, ce qui est le minimum". L’enfant "doit être bien accueilli par un enseignant confiant".

Qu’on ne force pas la rentrée à tout prix !

En cette période de crise, un grand nombre de professions ont travaillé, notamment le weekend. Confusion ici aussi et critiques adressées au monde enseignant francophone qui aurait disposé de suffisamment de temps pour préparer cette rentrée. "Les enseignants ont énormément donné pendant des semaines et des semaines. Ils ont dû mettre en place 150 mesures. Ils étaient au bord de l’épuisement. Et puis on leur dit tout d’un coup que tout ce qu’ils ont fait ne sert à rien. Les faire venir le weekend, ça paraissait un peu gros."


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Les mesures sanitaires de base vont rester, comme le nettoyage régulier des mains, la notion de bulles avec "des enfants en maternelle qui doivent rester confinés dans leur bulle" et ne pas se mélanger "avec des enfants des autres classes", les masques pour les enseignants… Ces mesures sont-elles suffisantes ? Rassurent-elles syndicats d’enseignants ? Les parents ? "Je ne suis ni pédiatre, ni virologue. Je fais confiance à ces personnes qui nous disent que l’épidémie a évolué. Je dis aux parents : mettez vos enfants à l’école, si tout a été fait pour que ces enfants soient bien accueillis."

La CGSP-Enseignement n’a pas évolué dans son discours, assure son président. Mais "qu’on ne force pas la rentrée à tout prix ! Quand vous imposez une rentrée, sans mesures de sécurité et sans information à l’équipe éducative, vous pouvez comprendre que celle-ci réagisse. La première préoccupation des profs, c’est le bien-être des enfants."

Il serait mal venu de menacer de sanctions les parents

Des enseignants seront cependant absents cette semaine, tout comme de nombreux enfants – la moitié selon certaines estimations. La solution : le retour de l’obligation scolaire, afin d’éviter les décrochages et de creuser des inégalités ? "Dans les principes, nous sommes pour l’obligation scolaire. Mais dans les conditions actuelles […], avec la peur qui existe chez certains parents, il serait mal venu de menacer de sanctions les parents parce qu’ils ne mettent pas leurs enfants. Je pense que le timing n’est pas bon. Il y a encore trop d’inquiétudes. […] Les sanctions, par rapport à l’obligation scolaire, ce n’est pas le bon moment. Attendons la rentrée de septembre […] sinon nous allons avoir des inégalités qui vont encore se creuser."

Les syndicats de l'enseignement ont rencontré la ministre de l'Enseignement Caroline Désir (PS) ce weekend afin d'aborder cette fois la rentrée de toutes les primaires dès le 8 juin. Il n'y aura pas de préavis de grève ce jour-là, assure le syndicat, il est "limité à cette semaine. Il n'y aura pas de grèves si les enseignants sont concertés."

Le préavis était donc un "coup de pression à mettre sur la ministre et sur les directions malmenées pour qu'on fasse un travail d’équipe". Actuellement, des professeurs, plus âgés ou à risque, sont toujours écartés. "Le nombre d’enseignants disponibles pour cette rentrée, nous n'en avons pas une idée complètes. Il faut donc un peu de temps pour s'organiser."

Petit rappel, enfin, sur la séquence qui a conduit à précipiter la rentrée dès ce 2 juin: une sortie du ministre flamand de l'Enseignement, Ben Weyts (NV-A) avant la l'intervention de 269 pédiatres. Joseph Thonon reconnaît ces deux facteurs avec "le gouvernement flamand qui a précipité les choses et la lettre ouverte" des pédiatres. "Mais les Flamands certainement: c'est le facteur numéro 1. Il y a un aspect économique derrière cette décision. Et puis le côté Flamand travailleur et Wallon fainéant, je pense qu’il est là."