Joke Schauvliege, l'ex-ministre flamande de l'Environnement qui a accumulé les casseroles

Joke Schauvliege, l’ex-ministre de l’Environnement qui a accumulé les casseroles
Joke Schauvliege, l’ex-ministre de l’Environnement qui a accumulé les casseroles - © BENOIT DOPPAGNE - BELGA

La ministre flamande Joke Schauvliege (CD&V) a démissionné à la suite de la polémique qu’elle a elle-même déclenchée en indiquant que les marches pour le climat était le fruit d’un complot. Retour sur son parcours parsemé d’embûches.

"Ce n'était plus possible face au torrent de critiques", a déclaré Joke Schauvliege, en pleurs, à l’issue d’une très longue réunion des cadres de son parti mardi. Elle met ainsi un terme à sa carrière de ministre flamande de l’Agriculture, de l’Environnement et de la Nature.

Peu d’affinités avec la culture

Cette juriste de 48 ans, originaire d'Evergem (Flandre orientale) était la seule nouvelle élue dans le groupe CVP de la Chambre en 1999, lorsque le parti a été envoyé dans l'opposition. Elle était alors considérée comme l'un des espoirs de la nouvelle génération des chrétiens-démocrates flamands.

En 2004, tête de liste en Flandre occidentale, elle a réalisé un bon score qui ne lui a toutefois pas permis de décrocher un poste ministériel. Cinq ans plus tard, après avoir recueilli le plus grand nombre de voix de préférence dans sa province, elle est récompensée avec les portefeuilles de l'Environnement, de la Nature et de la Culture.

Autant elle avait acquis de l’expertise pendant cinq ans quand elle siégeait au sein de la commission Environnement et Aménagement du territoire, autant ses connaissances en matière de culture étaient limitées. "J’ai peu d’affinités avec l’art et la culture", a-t-elle lancé en début de mandat. "En tant que ministre de la Culture, vous ne devez pas être un expert en culture. Un ministre doit surtout mener une bonne politique."

Lors de la nomination aux Oscars de l’acteur Matthias Schoenaerts pour le film "Tête de Bœuf", la langue de la ministre a fourché et elle a appelé l’acteur "Matthias Schoenmakers". Sa méconnaissance de la culture lui collera à la peau jusqu'à aujourd'hui.

Dispute avec un humoriste

Lors des élections de 2014, elle a tiré la liste de Flandre orientale. Elle a enregistré le plus grand succès électoral dans la province de Flandre orientale, avec 55.291 voix de préférence. Elle a alors rempilé pour un nouveau mandat de ministre. Elle a ainsi perdu le portefeuille de la Culture mais a reçu l'Aménagement du Territoire et l'Agriculture.

Après des mois de discussions, le gouvernement flamand a finalement accordé au groupe de transport logistique Essers la permission de défricher une zone naturelle de 11 hectares à Genk (Limbourg) pour permettre l’extension de l’entreprise. Dans ce contexte, l’humoriste Wouter Deprez s’en est pris à la ministre sur les réseaux sociaux : "Elle ne connaît pas son dossier", avait lancé l’un. "Il est mal informé", a riposté la ministre. Comble de l'ironie, l'entreprise n'a finalement pas étendu son terrain pour ses activités.

Les arbres ont toujours eu pour vocation d’être abattus

Dans un entretien relayé par DaarDaar, Joke Schauvliege, surnommée par ses opposants de "Ministre du déboisement" a tenté de défendre sa politique : "Ce qu’on oublie souvent dans ce débat, et même si cela peut surprendre, c’est qu’un arbre a toujours eu pour vocation d’être abattu", a-t-elle affirmé. Une déclaration qui a suscité l’hilarité générale sur les réseaux sociaux.

En mai 2017, le gouvernement flamand a présenté une "carte forestière" dont l’objectif était de protéger plusieurs milliers d’hectares de bois en Flandre. Des protestations avaient afflué contre cette carte, principalement de bourgmestres Open Vld et CD&V dans les provinces du Limbourg et d'Anvers. Certains habitants craignaient de ne plus pouvoir construire sur leur parcelle de terrain, classée en zone protégée. Résultat : la carte a été retirée seulement 24 heures après sa présentation. Elle devait proposer une alternative, qui se fait toujours attendre.

Le complot, le coup fatal

La goutte d’eau qui a fait déborder le vase est le discours que Joke Schauvliege a tenu lors d’une réunion du Boerenbond, la ligue des agriculteurs la semaine dernière. Elle y a évoqué la théorie d’un complot venant des organisations de la nature qui l'auraient prévenue lors de sa prise de fonction. Elle a confirmé que ces informations lui ont été communiqués par la Sûreté de l’État.

Selon elle, il s’agirait d’une vengeance : elle paierait le soutien du CD&V aux grandes manifestations agricoles qui avaient mené à la démission de Vera Dua. Cette ministre écologiste flamande avait voulu limiter l'épandage du lisier. Joke Schauvliege prétendait donc que le lobby écolo se venge aujourd'hui du lobby agricole.

Après la diffusion d’extraits de son discours dans les médias, elle s’est finalement rétractée et a formulé ses excuses. "J’ai relu mon discours et, dans le feu de l’action, je me suis effectivement exprimée trop fortement et à tort sur la Sûreté de l’État. Je m'excuse auprès de ceux qui s'offusquent de cette situation."

Trop tard, le mal était fait. Le mouvement "Act For Climate Justice" a appelé la population à interpeller leurs ministres en charge des questions climatiques. Depuis, Joke Schauvliege a reçu des milliers de messages sur son GSM.

"On voyait clairement ces dernières semaines que les attaques étaient dirigées contre ma personne. La semaine dernière, j'ai été submergée de milliers d'e-mails et de SMS sur mon téléphone portable, nuit et jour", s'est-elle défendue mardi au cours d'une conférence de presse.

"Je ne pouvais plus communiquer normalement, je ne pouvais plus communiquer avec ma famille, avec les députés, etc. Dans ces circonstances, je me suis laissée aller à un dérapage, j'ai pris pour vraie une rumeur non vérifiée, et j'ai d'ailleurs présenté mes excuses pour cela", a expliqué Joke Schauvliege, en larmes.

Forte de sa popularité, Joke Schauvliege va rester tête de liste pour les élections du Parlement flamand. C’est Koen Van den Heuvel, chef de groupe CD&V au Parlement flamand, qui va lui succéder. Ce dernier va à son tour être remplacé par Peter Van Rompuy.

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