Joëlle Milquet : "Yvan Mayeur n'a pas la légitimité"

Joëlle Milquet (cdH) au micro de Matin Première
Joëlle Milquet (cdH) au micro de Matin Première - © RTBF

Deux fronts pour Joëlle Milquet au micro de Matin Première : d'abord le changement de capitaine à la tête de la Ville de Bruxelles qui s'effectue sous les bourrasques de révélations embarrassantes pour le nouveau timonier, Yvan Mayeur ; puis le plan de relance au fédéral, qui devrait se voir amplifié de mesures nouvelles parmi lesquelles, peut-être, une baisse de la TVA sur l'électricité. Et sur les deux fronts, la Bruxelloise est à l'offensive.

Dans l’opposition à la Ville de Bruxelles, la ministre de l’Intérieur cdH n’en suit pas moins attentivement les récentes polémiques dans et autour de l’Hôtel de Ville. L’arrivée de l’actuel président du CPAS Yvan Mayeur à la tête de la capitale du pays en remplacement de Freddy Thielemans s’effectue en effet dans un contexte de révélations plutôt embarrassantes.

Le Samu Social est pour elle une institution " indispensable ", dont elle salue la mission. Elle estime du reste que l’organisation est " plutôt victime de cette mauvaise polémique ". Mais pour le reste, elle " s’étonne que certains trouvent étonnant " de s’interroger sur le salaire de la directrice qui dépasse, dit-elle, celui d’un parlementaire, d’un échevin, d’un chef d’administration. Il faut être plus mesuré, affirme-t-elle : " L’argent public que l’on donne pour les sans abris, c’est pour les  sans abris ".

Des révélations qui tombent fort opportunément ?

Mais cette affaire du salaire de la directrice, pressentie pour remplacer Yvan Mayeur à la tête du CPAS, n’arrive-t-elle pas à point nommé ? " Je n’en peux absolument rien s’il y a coïncidence d’agenda ", se défend Joëlle Milquet, qui affirme par ailleurs qu’elle ignorait tout du salaire de Pascale Peraïta lorsque son parti était aux affaires à la Ville. " Ce sont des informations qui sont parues dans la presse et il est normal que nous puissions les commenter ". " Que je sois dans l’opposition ou la majorité, j’aurais eu exactement la même réaction " estime-t-elle. Même chose en ce qui concerne la révélation selon laquelle la directrice du Samu Social occupe un logement appartenant au CPAS et normalement destiné aux revenus moyens : le cdH ignorait tout et l’apprend par la presse.

Pour Joëlle Milquet, on prive ainsi quelqu’un d’autre de ce logement alors qu’une crise du logement sévit à Bruxelles : " C’est juste un non-respect de la norme légale puisque l’ordonnance précise qu’il faut des conditions de revenus (pour occuper ce genre de logement, NDLR) et que ces conditions de revenus n’étaient pas remplies ". " L’ordonnance n’a pas été respectée ", assène l’ex-présidente des humanistes. " Qu’on nous donne la liste –et j’espère qu’il n’y en a pas d’autres- d’éventuels cas où on n’aurait pas respecté les conditions de revenus imposées par l’ordonnance bruxelloise ". Sur cette base, il faudra faire respecter la loi et libérer les logements éventuellement indûment attribués, exige Joëlle Milquet.

La démocrate-humaniste se défend d’attaquer Yvan Mayeur, dans lequel d’aucun voient l’artisan de l’éviction du cdH de la majorité bruxelloise. " Je ne suis pas dans la polémique, je suis dans les principes . Comme démocrate, j’aime que l’argent public soit respecté et j’aime que l’Etat de droit soit respecté ", avance-t-elle, précisant qu’elle a salué " avec beaucoup d’affection " le départ de Freddy Thielemans tout en déplorant le fait qu’on ait " menti " aux Bruxellois " puisque pendant toute la campagne il y a eu l’engagement (de Freddy Thielemans, NDLR) d’être là pour six ans ". Cet écart après un an à peine " au bénéfice de quelqu’un qui ne s’est absolument pas présenté comme candidat bourgmestre, qui n’a pas été choisi par les électeurs, qui n’a pas la représentativité ni les voix ni la légitimité ", reste en travers de la gorge de la ministre de l’Intérieur. Elle y voit des " pratiques un peu d’un autre âge ".

Relance, le retour

La baisse de TVA sur l’électricité de 12 à 6%, " nous, nous la demandons " affirme Joëlle Milquet. " Et nous demandons qu’on continue les efforts en matière de relance " poursuit-elle, affirmant que le cdH a été " le premier parti à demander une stratégie de relance, dès d’ailleurs la constitution de ce gouvernement ". Pour elle, à chaque conclave, il faut " rajouter un bloc dans cette logique ". Mais, prévient-elle, " il ne faut jamais croire qu’à un moment donné c’est tout le plan de relance ou rien ".

" Il n’y a pas un pays en Europe qui a autant investi dans la relance, dans le soutien au pouvoir d’achat tout en faisant autant d’économies et en sortant du déficit excessif ". Mais il faut aller encore plus loin ; et pour Joëlle Milquet, la diminution de la TVA sur l’électricité présente plusieurs avantages : " A la fois ça permet de retarder les coûts liés à une indexation et donc ça a un avantage énorme en matière de réduction des coûts du travail et de renforcement de la compétitivité ; ça renforce la consommation intérieure et donc ça permet la création d’emplois ; c’est neutre budgétairement et surtout ça aide les citoyens et notamment les plus précarisés et même la classe moyenne qui paye très cher sa facture d’électricité ". A ceux qui présentent l’addition (1,5 milliard d’euros en cinq ans selon les experts), elle répond qu’il y aura des effets retours, un retardement de l’indexation. Pour elle, le coût de cette mesure pour le budget 2015 pourrait être absorbé intégralement par les montants prévus pour la réduction du coût du travail. Elle se dit d’ailleurs prête à considérer qu’il faut mener de front les deux objectifs : réduction du coût du travail et réduction des coûts de production. Sans négliger pour autant le " capital humain " et donc la formation. Un autre domaine où, du moins Joëlle Milquet l’affirme-t-elle, le cdH donne le tempo.

T.N. (@thomasnagant)

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