Joëlle Milquet ne veut plus être "madame non"

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La présidente du cdH Joëlle Milquet a rappelé ce mardi, face aux journalistes de la RTBF et de la VRT, les principaux points du programme de son parti. Elle a vigoureusement rejeté l'image de "madame non" que les autres partis veulent lui coller.

La présidente du CD&V Marianne Thyssen a récemmment dit espérer qu'il y aurait une "madame oui" et un "monsieur oui" au sein du cdH. La présidente du cdH Joëlle Milquet répond : "Je mets ça sur un moment de stress électoral. Il ne faut pas aller gonfler une réaction à un moment donné. C'est un stress de campagne, nous passons au-dessus au cdH. Par ailleurs nous avons des liens personnels, c'est une femme que j'apprécie énormément. Nous n'avons pas les mêmes idées institutionnelles".

Joëlle Milquet tient à réfuter cette image de "madame non" qu'elle colporte. Elle rappelle les points pour lesquels elle a dit non : "La sécurité sociale, c'est la ligne de force et la ligne rouge de tous les partis francophones. Alors qu'en 2007 tout le monde m'a applaudi, va-t-on maintenant me reprocher d'avoir dit non à la N-VA qui voulait la scission de sécurité sociale et que cela aurait été dramatique pour les francophones ? Ou la régionalisation de l'impôt des sociétés qui aurait plombé le Plan Marshall, l'emploi et la croissance en Wallonie ? C'étaient ça les deux non et il y a eu des oui sur 80% du reste".

Politique d'austérité

Joëlle Milquet estime que la Belgique "a un des plus petits déficits d'Europe grâce à toute la politique budgétaire que nous avons prise notamment avec le cdH et Melchior Wathelet où on a pu justement en période de crise protéger les Belges de la crise en investissant dans le pouvoir d'achat, en étant très responsable en matière d'économie. Et on est arrivé à un budget équilibré mais qui nous place dans le plus petit déficit. Nous n'avons une augmentation du taux de chômage que de 0,6%, ce qui est un des plus petits taux d'augmentation de toute l'Union européenne". 

Mais Joëlle Milquet admet que "nous devrons arriver à l'équilibre en 2015. Ca demandera 20 milliards d'économies à faire sur l'ensemble des entités fédérale et fédérées. Bien sûr on va devoir prendre des mesures qui touchent à un meilleur fonctionnement de l'Etat, où on peut faire des économies sans mettre à mal des secteurs clés comme la Justice ou la police où on a besoin plutôt d'investir. Je pense qu'on peut trouver aussi des recettes nouvelles. Il y en a qui peuvent arriver de manière totalement indolore : c'est notamment la rente du nucléaire". Dans le secteur nucléaire, "les bénéfices sont tels que, objectivement, on peut monter la rente nucléaire pour arriver, je crois, à tirer 500 millions de plus par an. Au niveau de la fiscalité verte européenne, il y a une taxe CO2 provenant de pays qui ne respectent pas leurs engagements internationaux. Ce sont des montant qui peuvent ramener sommes importantes. On peut tout à fait augmenter la taxe sur les opérations boursières. Elle existe actuellement, on peut l'augmenter : je ne pense pas que le Belge, au quotidien, va le vivre difficilement. On peut faire une taxation sur les flux financiers ou sur  la spéculation".

Les programmes sociaux

Joëlle Milquet soutient qu'il ne faut pas faire de coupe sombre dans les programmes sociaux : "Si l'on commence à faire payer la crise aux familles, aux personnes qui sont dans des situations précaires, voire même à la classe moyenne, c'est une double erreur. C'est d'abord une erreur sociale mais c'est surtout une aberration économique. Plusieurs économistes disent que si l'on entre dans des programmes d'austérité de manière aveugle, ou à enlever trop tôt les mesures anticrises, on risque d'avoir une chute de la demande intérieure". Au niveau des recettes, en matière de fraude fiscale, "on peut faire beaucoup mieux d'abord dans la perception de l'impôt. Si le secteur des Finances se réorganisait de manière optimale, en faisant le travail de manière plus régulière, on sait très bien qu'on pourrait ramener plus dans les caisses de l'Etat. Il est vrai que l'on peut avoir une réflexion sur la modification des intérêts notionnels. Il y a deux options : soit on les garde mais il faut les modifier fortement soit en mettant un plafond sur le taux, soit en reciblant le type de capital. Ou alors nous proposons de garder une solution positive pour les centres de coordination, mais le coût des intérêts notionnels est recyclé pour avoir un impôt des sociétés à 24% sur l'ensemble des  bénéfices des PME, avec une liaison à l'emploi. Dès lors on investit massivement dans l'économie réelle de notre pays, de nos régions pour avoir un entrepreneuriat porteur non seulement de projets, mais d'emplois".

Prépensions et pensions

Joëlle Milquet explique que le régime des prépensions a déjà été revu "et avec le pacte des générations on a mis des conditions complémentaires beaucoup plus dures. Moralité, vous avez beaucoup moins de prépensionnés, à partir de 50-52 ans. Ce que j'ai pris comme mesure il y a trois ou quatre mois, c'est de changer les cotisations sociales des entreprises, sur les prépensions, pour les pénaliser plus et leur faire payer le coût collectif. Je crois qu'on devra rendre les conditions beaucoup plus difficiles pour des prépensions conventionnelles. Nous ne voulons pas toucher l'âge de la retraite, mais avoir des carrières plus longues, mais adaptées aussi à la qualité de vie. Par contre, garder des possibilités de prépension, dans le cas de restructurations, c'est fondamental pour protéger les travailleurs et trouver des compromis. Si on n'avait pas eu ça, Carrefour partait et c'était 4 000 licenciements secs. On a évité tout ça grâce aux prépensions".

Sanctionner les entreprises qui licencient ?

Joëlle Milquet explique : "Une des grandes propositions de notre programme, c'est de renforcer la responsabilité sociale des entreprises. D'abord les régions doivent lier les aides publiques, à l'emploi, à la création d'emploi, ça je suis persuadée. L'idée c'est de faire comme dans certains pays scandinaves : lier le taux des cotisations sociales ou lier le taux d'impôt des sociétés au type de comportement de l'entreprise par rapport à certains paramètres : la formation et l'emploi, par exemple. Donc je pense que c'est important de se dire que les entreprises ont aussi un rôle collectif de société et qu'il doit valorisé. Et quand il n'est pas là, elles doivent être pénalisées. Je pense que c'est une manière intelligente de faire les choses".

Asile et immigration

Joëlle Milquet tient à préciser : "On a obtenu heureusement la régularisation pour laquelle on s'était engagé. Et qui n'est pas une régularisation massive. On a pour le moment plusieurs régularisations par mois. En tout cas, on a dans la loi, la capacité de régulariser, depuis toujours. Et de toutes les législatures, avec des majorités différentes, on a régularisé. Le tout c'est qu'ici, il fallait répondre à un arriéré et faire une deuxième opération de régularisation, qui s'est faire dans des conditions exceptionnelles. Demain, ce qu'il faut, c'est avoir une commission permanente qui continue à pouvoir donner des avis. Mais in fine la décision reste au niveau du ministre et du gouvernement. Mais les choses se passent harmonieusement, avec une régularisation à la fois humaine, mais responsable".

Cogérer la Région bruxelloise

Le président de la N-VA Bart De Wever propose que la Région bruxelloise soit gérée par la Flandre et la Wallonie. Joëlle Milquet : "Quand vous entendez Bart De Wever, dans une de ses nombreuses idées, dire qu'il faut supprimer la Région bruxelloise, qu'il faut la cogérer et puis surtout qu'il faut l'annexer à la Flandre, je pense qu'il faut dire non et en 2007, il fallait lui dire non aussi, de la même manière,  face au même type de revendications, qui sont totalement inacceptables pour tout francophone". 

Quant à l'idée d'une cogestion partielle de la Région bruxelloise, Joëlle Milquet se demande : "Mais pourquoi ? Parce que les Bruxellois ne sont pas capables de gérer eux-mêmes. Tout le monde a droit à une région. Je suis pour une Région bruxelloise à part entière, mais évidemment dans le  cadre d'une Communauté française, avec une grande solidarité et une vision collective francophone et tout cela dans un cadre fédéral qui garde encore un projet commun, avec une Flandre avec laquelle nous avons envie (si elle le veut encore) de faire des projets communs, pour peu qu'on soit traité avec respect mutuel".

La montée de la N-VA

Si les sondages se réalisent, la N-VA deviendrait le premier parti en Flandre quelle devrait être la réponse des francophones. Joëlle Milquet "ne sait pas ce que vont donner les sondages. Mais à force d'en parler matin, midi et soir, en Flandre comme de l'autre côté, on va vraiment arriver à ce que ce soit vrai. Et je pense que l'intérêt est plutôt de moins en parler. Il ne faut pas avoir peur".  Si la N-VA "se retrouve au bord d'une table des négociations, est-ce que c'est pour autant que nous allons devoir passer à la moulinette de tout ce que veut Bart De Wever ? Il faut quand même remettre un petit peu de sang-froid, de calme et de confiance, dans ce pays".

 

A.L.

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