"Jobs, jobs, jobs"? Quel bilan pour le gouvernement Michel en matière d'emplois?

Le ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V) et le Premier ministre Charles Michel (MR).
Le ministre de l'Emploi Kris Peeters (CD&V) et le Premier ministre Charles Michel (MR). - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

La création d’emplois sous le gouvernement Michel sera sans aucun doute un des points clés que débattront les partis politiques dans la campagne électorale pour le 26 mai.

Charles Michel n’a eu de cesse de répéter son leitmotiv : « Jobs, jobs, jobs ». Alors qu’en est-il vraiment ? Combien d’emplois ont-ils été créés, de quels types d’emplois parle-t-on, ces créations d’emplois sont-elles le fruit du taxshift (réforme fiscale), autre pièce maîtresse du gouvernement Michel ? Voilà les questions auxquelles nous avons voulu tenter de répondre.

Pour ce faire, nous avons consulté plusieurs sources : les indicateurs économiques de la Banque Nationale, son rapport annuel 2018, les rapports annuels du Conseil Supérieur de l’Emploi, ainsi qu’une étude de l’Institut pour le Développement Durable.

Près de 230.000 emplois salariés et indépendants créés

Pour calculer le nombre d’emplois créés, nous nous sommes basés sur les « Indicateurs économiques pour la Belgique de la Banque Nationale ». Nous avons comparé les chiffres du 4e trimestre 2014 (entrée en fonction du gouvernement Michel) et ceux du 3e trimestre 2018 (derniers chiffres connus au 22 février 2019). Entre les deux : une différence de plus 228.500 emplois.

Il s’agit ici d’emplois salariés auxquels s’ajoutent des emplois indépendants, ces derniers ayant donc aussi contribué à la création nette d’emplois.

Le taux d’emploi s’est lui aussi amélioré durant cette même période, il est passé de 67,6% (dans la tranche des 20 à 64 ans) à 70,1% au 3e trimestre 2018. Ce taux d’emploi est le rapport entre la population active occupée et la population en âge de travailler.

S’il a augmenté au cours de ces 4 années, le taux d’emploi reste néanmoins en dessous de la moyenne de la zone euro et de la moyenne de l’Europe des 28 (respectivement de 72,2% et de 73,5%), comme le notait le Conseil supérieur de l’Emploi dans son rapport de juin 2018 : « Si le taux d’emploi s’est amélioré, par contre l’écart par rapport à nos partenaires européens ne s’est pas réduit ».

« L’objectif de 73,2% que s’est fixée la Belgique dans le cadre de la stratégie Europe 2020 est clairement hors de portée », poursuit le rapport.

« La participation à l’emploi des différents groupes de la population est très inégale. Ce n’est pas particulier à la Belgique, mais en revanche l’ampleur de certains écarts est nettement plus grande dans notre pays. Les femmes et les personnes de plus de 55 ans présentent encore un taux inférieur à la moyenne. »


De quelle manière le taxshift a-t-il contribué à cette création d’emplois?

On pense ici notamment aux effets de la réduction des charges patronales accordées aux entreprises dans le taxshift, soit 3,5 milliards d’euros pour faire baisser le coût du travail et sauvegarder la compétitivité des entreprises.

La seule étude connue sur l’impact du taxshift, est celle de quatre économistes de la KUL de septembre 2018. (« Betaalt de taxshift zichzelf terug ? », Leuvense Economische Standpunten). Les économistes de la KUL estiment l’effet du taxshift sur la création d’emplois entre 2016 et 2020 de l’ordre de 65.000 à 92.000 emplois supplémentaires.

Mais si le gouvernement devait encore relever les impôts indirects, disent-ils, pour combler le déficit de financement du taxshift, alors les emplois supplémentaires seraient limités à 43.800.

Pour ces économistes, l’impact du taxshift sur la création d’emplois est donc faible ; celle-ci est surtout imputable à l’amélioration de la conjoncture économique internationale.

Un résultat modeste pour les économistes surtout quand on le compare au coût de la réforme, qui représente un déficit de 7,5 milliards d’euros pour le budget de l’État.

Des prévisions avaient également été effectuées tant par le Bureau fédéral du Plan que par la Banque nationale, c’était en 2015. Avec des résultats qui variaient entre 45.190 emplois créés en 2021 et 64.500 selon les calculs.

D’autres chiffres ont aussi été avancés par la directrice de la Banque nationale, Marcia De Wachter dans un article de Trends le 15 novembre 2017.

Le taxshift aurait contribué en 2016 à 8% du nombre d’emplois créés, 13% en 2017. « Ce chiffre, disait-elle, devrait augmenter jusqu’à 25% de la création d’emplois annuelle. Et pour l’ensemble de la période (2015-2021 compris) le chiffre devrait atteindre 52.100 emplois supplémentaires créés grâce au taxshift. » Des chiffres en baisse donc comparés aux prévisions de 2015 de la même Banque nationale.


Quels types d’emplois ont été créés?

Les caractéristiques des 59.000 emplois créés en 2016 ont été analysées par le Conseil supérieur de l’emploi, dans son rapport annuel 2017.

  • Premier constat : les contrats temporaires (CDD) représentent 52% des nouveaux contrats 2016, contre 9% de CDD dans l’emploi total.
  • Deuxième constat : le travail à temps partiel est surreprésenté. 40% des nouveaux engagés le sont à temps partiels contre 25% dans l’emploi total.
  • Troisième constat : le niveau de revenu des nouveaux engagés est relativement faible : 47% appartiennent au premier quintile contre 23% dans l’emploi total (le premier quintile représente les 20% des ménages les plus pauvres).

La Banque nationale dans son rapport annuel 2018, tire des conclusions similaires.

En 2018, 31% des emplois nouveaux étaient des emplois à temps partiels (cela concerne 4 fois plus les femmes) et 46% des emplois temporaires (soit quasi 1 sur 2).

La Banque nationale a comparé la situation des nouvelles embauches de 2014 et de 2018. Si en 2014, 40% de contrats étaient temporaires, ils sont 46% en 2018.

En 2014, les temps partiels représentaient 27% de l’emploi, contre 31% en 2018.

L’Institut pour le Développement Durable (IDD) a lui analysé les chiffres de l’ONSS en juillet 2018. Ses constats sont plus sévères sur la qualité des emplois créés.

Selon les chiffres de l’IDD, sur 176.000 emplois créés entre 2014 et début 2018, 25% sont des emplois temporaires (cela comprend aussi les emplois saisonniers, intérimaires et occasionnels).

Des emplois temporaires qui ont augmenté de 21% sur cette période. Ces emplois temporaires représentent même la moitié des emplois chez les jeunes de 15-24 ans.

Autre constat : la part des CDD dans l’emploi temporaire tend à diminuer au profit de l’intérim qui représente 23,4% des emplois temporaires en 2017.

L’emploi à temps partiel représente, lui, 64,2% des créations d’emplois entre 2014 et 2018 (c’est principalement vrai en 2015) et 1/3 de cette augmentation est attribuable aux services publics.

Enfin, note l’IDD, pour la majorité des travailleurs, ces temps partiels ne sont pas souhaités ou l’emploi n’est offert qu’à temps partiel.

Subsides salariaux: une particularité belge

Et dans l’évaluation de l’emploi créé, on peut aussi noter une particularité belge. Ici, nous nous basons sur le rapport de janvier 2019 du Conseil Central de l’Economie. Que dit-il ? Qu’en Belgique, les emplois sont plus subventionnés que dans les 3 pays voisins de référence, quand on évalue la compétitivité de nos entreprises et les marges d’augmentations salariales.

« On peut observer l’évolution des subventions salariales et des taux de subventionnement en Belgique et dans les trois pays de référence depuis 1996. », peut-on y lire. « On remarque qu’au cours des dix dernières années, les taux de subventionnement en Allemagne ont stagné et restent peu élevés par rapport aux trois autres pays. »

« Aux Pays-Bas, les taux de subventionnement ont été davantage fluctuants, atteignant un pic en 2009 et s’élevant à 1,28% de la masse salariale. Depuis 2009, le taux de subventionnement n’a cessé de diminuer, à l’exception de 2016 et 2017 où il est légèrement remonté. »

« En France, les taux de subventionnement étaient relativement peu élevés (en dessous de 1%) jusqu’en 2013. A partir de 2014, les taux ont sensiblement progressé, ce qui s’explique par la mise en place du crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE). »

« En Belgique, les subventions salariales en pourcentage de la masse salariale sont relativement plus élevées par rapport aux pays de référence », conclut le rapport du Conseil Central de l’économie. « Depuis 1996, ce taux n’a cessé de progresser et semble se maintenir au-dessus des 4% depuis 2010. »

Archives: Journal télévisé 02/10/2018

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK