Jobs, investissements et reconversions : le masque FFP2 est-il l’avenir de certaines sociétés ?

Le masque FFP2 est obligatoire pour tous les Autrichiens, depuis lundi. Même chose en Bavière pour les 15 millions d'Allemands du land. L'Allemagne, comme d'autres pays, envisagent d'imposer le masque FFP2 sur l'ensemble de son territoire. Le problème, c’est que la production européenne reste limitée. Ce qui a donc, ces derniers mois, donné des idées à certaines entreprises.

Développer, en parallèle de leur entreprise, leurs propres masques FFP2, c’est ce qu’a fait la société Cartamundi. Habituée à produire des cartes à jouer, la société a développé une spin-off : Medimundi. Le groupe Cartamundi, l'Université d'Anvers, la firme Cloostermans et un investisseur privé ont uni leurs forces pour mener à bien ce projet et apporter une réponse belge à la demande urgente de masques de protection respiratoire de haute qualité. Le consortium a déjà réuni 3,5 millions d'euros. De plus, à la fin de l'année dernière, Medimundi a bénéficié d’un subside de 800.000 euros.

Le design de ces masques, lui, a été conçu et développé par des chercheurs de l'Université d'Anvers en collaboration avec une équipe de professionnels de la santé. "Les masques sont certifiés par l’Union européenne", explique Marijn Michielsen, responsable du projet. "La production de nos masques commence avec le premier des trois rouleaux. La partie extérieure, le filtre et la partie intérieure. Les trois sont assemblés pour finalement arriver au bout de la ligne à un masque complet."  

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Des masques FFP2 produits à Turnhout, dans le nord de la Belgique. © RTBF

Un produit 100% belge, des investissements belges et 12 employés engagés. Pour le patron, le FFP2 a de l'avenir. "On croit que ce masque sera toujours là à l’avenir. Le futur est assuré chez nous. Et notre ambition est donc naturellement d’engager. Nous espérons atteindre la trentaine d’employés en Belgique d’ici quelques mois." assure David Germis, Président Directeur Général de Medimundi.

L'idée du groupe ? Profiter des entrepôts de l'entreprise basés partout dans le monde. "Nous bénéficions d’un réseau mondial avec 12 usines dans le monde. Donc, si nous sentons l’opportunité, nous pouvons répliquer ce que l’on a ici en Belgique sur les autres continents.", poursuit David Germis.

Les masques FFP2 survivront à la crise du Coronavirus

De l’autre côté de la frontière, en France, des entreprises voient aussi des opportunités de se développer. Dans la famille Winter, on aime faire des affaires. Le père, Paul, a crée plusieurs sociétés. Le fils, Pierre, suit les traces du paternel. "Au début de la crise, on s’est rendu compte qu’on était tous dépendants des Chinois. Cela n’allait pas. Nous avons donc créé Franprotec, il y a quelques mois seulement."

Profiter de l'opportunité...Et du carnet d'adresses familial. "C’est sûr que cela a aidé pour s’approvisionner et débuter l’activité.", poursuit le jeune homme. Aujourd'hui, la société dispose de 3000m2 de surface, 60 salariés, plusieurs machines...Et 12 millions de masques chirurgicaux produits tous les mois. "Au début, pour des raisons de délais de livraisons, on a été obligé d’acheter nos machines en Chine pour produire les masques chirurgicaux ", explique Pierre Winter. " Mais avec le temps, on s’est professionnalisé. On a vite compris qu’il valait mieux payer plus cher pour obtenir plus de rendement et de fiabilité. Une machine chinoise coûte bien moins cher mais ne produit que 30 masques chirurgicaux par minute. Là où une machine italienne – payée 1,5 million d’euros – en produit 600 toutes les minutes."

6 millions d'euros investis et 60 nouveaux emplois

Au total, la famille a, pour l’instant, investi six millions d'euros sur fonds propres. Et deux millions d’euros supplémentaires seront prêtés par les banques pour financer l’achat d’une toute nouvelle machine pour produire les masques FFP2.

Après avoir misé pendant quelques mois sur le chirurgical, l’ambition est désormais de développer la production du masque FFP2. "Beaucoup d’entreprises ont été crées pour produire des masques chirurgicaux. Mais une fois la crise passée, elles feront faillite. Nous le savons. Nous, nous voulons perdurer. Pour cela, nous devons avoir un coup d’avance. Et cela passe par le FFP2 qui sera toujours utilisé dans le milieu médical et dans le secteur de la construction. Mais pas seulement." détaille le jeune patron.

Sa machine à FFP2 fonctionne déjà. Dans l'attente d'une certification européenne. "On est en phase préindustrielle pour le moment. Cela nous permet de prendre la main sur l’outil industriel. Cela permet ainsi de se développer et de former notre personnel pour être prêt le jour du lancement sur le marché." explique Abdel Oulad, responsable de la production dans l’usine.

La demande de certification européenne pour les FFP2 a été faite il y a quelques semaines mais Pierre Winter ne perd pas de temps et voit déjà plus loin. Il est déjà à la recherche d’un terrain pour bâtir son usine, pour développer encore la production, embaucher et pérenniser la société.

Variants : Vers un abandon des masques en tissu ? (JT du 18/01/2021)

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