Jean-Pascal Van Ypersele: "La Belgique pourrait faire beaucoup plus pour le climat"

Jean-Pascal Van Ypersele : "La Belgique pourrait faire beaucoup plus pour le climat. "
Jean-Pascal Van Ypersele : "La Belgique pourrait faire beaucoup plus pour le climat. " - © Tous droits réservés

Présent à Monaco en début de semaine pour finaliser le nouveau rapport du GIEC, Jean-Pascal Van Ypersele, Professeur de climatologie à l’UCLouvain et ancien vice-Président du GIEC, a passé le reste de la semaine passant de réunion en réunion. L’occasion pour nous de lui poser quelques questions.

On a parlé climat lundi lors du sommet sur l’urgence climatique. Climat encore lors de l’Assemblée générale. Quel bilan peut-on tirer pour le climat ?

Il y a un fossé énorme entre les diagnostics des scientifiques, les constats, les faits. Et le niveau d’ambition et le niveau de mesures qui sont prises pour lutter contre la dégradation de l’environnement. Donc ce fossé est inquiétant. Et à titre personnel, je comprends tous ces jeunes qui sont inspirés par Greta Thunberg et inquiets pour leur avenir. Je crois que nous – les adultes – nous avons la responsabilité de corriger tout ce qui peut encore l’être pour garder la terre habitable.

La Belgique indique qu’elle va doubler son effort pour lutter contre le réchauffement climatique sans citer de chiffres précis…

Je ne vais pas commenter des mesures dont je ne connais pas les détails. Tous les pays sont concernés. En particulier les pays qui ont une responsabilité importante car ce sont d’abord chez nous qu’on a brûlé du pétrole, charbon et du gaz, massivement, pour pouvoir nous développer. Donc, ces pays-là ont une responsabilité plus grande que les pays qui consomment très peu pour corriger tous les problèmes qu’ils ont créés. La Belgique – membre du conseil de sécurité – a une responsabilité encore plus importante. Elle a une voix qui porte et qui compte et il faut saisir cette opportunité pour en faire bénéficier l’humanité.

La Belgique en fait-elle assez aujourd’hui ?

Je pense en tout cas qu’elle pourrait faire beaucoup plus que ce qu’elle ne fait actuellement. Que ce soit au niveau fédéral, au niveau des régions, il y a énormément d’opportunités qui ne sont pas saisies.

Comme quoi, par exemple ?

Les rapports de l’OCDE pointent régulièrement la Belgique comme l’un des pays où la fiscalité environnementale est la plus faible. On connaît très bien le principe du pollueur payeur. Le principe est simple : on fait payer plus cher ceux qui polluent plus. Si on appliquait ce principe, et qu’on utilisait l’argent récolté par cette taxation sur la pollution, cela veut dire qu’on pourrait baisser d’autres taxes. Donc cela ne veut pas dire que le niveau de taxation global augmente. On pourrait ainsi baisser d’autres taxes. On pourrait à la fois obtenir des bénéfices pour l’environnement et un effet sur le secteur social… Donc, ce sont toutes des opportunités que l’OCDE lui-même demande à la Belgique d’appliquer.

On a parlé des jeunes, on vous parle des politiciens aussi. Vous avez eu l’occasion de parler à Charles Michel. Que lui avez-vous dit ?

Charles Michel, c’est le premier à m’avoir demandé – quand il s’occupait de la coopération au développement – de m’occuper d’établir un rapport sur la manière d’intégrer les changements climatiques dans la politique de coopération au développement. J’ai le plus grand respect pour lui car il s’intéresse beaucoup et depuis longtemps à ces questions. Je suis confiant quant au fait qu’il va continuer sur cette voie-là quand il sera président du Conseil européen. Il sait qu’il peut s’appuyer sur les données du GIEC et j’espère qu’il portera les recommandations du GIEC au plus haut point.

 

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