Jean-Pascal Labille (Solidaris) : "Aujourd'hui, nous avons besoin d'un front social"

Jean-Pascal Labille, secrétaire général de l’Union nationale des Mutualités socialistes – Solidaris, était l’invité du Grand Oral RTBF/Le Soir ce samedi 27 juin à 9h10 sur La Première. Un entretien qui sera diffusé aussi ce dimanche 28 juin à 23h15 sur La Trois. Il prend position sur la gestion de la crise sanitaire mais aussi, et surtout, sur les enjeux politiques qui déchirent le pays.

Les mutuelles auraient-elles tendance à faire traîner le passage au tracing digital, notamment pour garder leur part du gâteau ? Une question soulevée par certains, qui fait sourire Jean-Pascal Labille. "Il faut se souvenir que la gestion de cette crise a été pour le moins chaotique, même sur cette application. Il y avait une difficulté à se mettre d’accord sur une seule app pour l’ensemble de la Belgique."

Le secrétaire général de Solidaris soulève au passage d’autres points faibles. "Je citerai les incohérences dans la manière dont un certain nombre de choses ont été gérées et les annonces. Les masques, par exemple. On s’est tout d’un coup aperçu, c’était un peu comme la révélation de la Trinité, que nous ne fabriquions pas les masques ni les médicaments en Europe… C’est toute une incohérence qui a fait que les gens n’ont pas compris qu’on découvrait ce genre de choses. Le deuxième point, c’est évidemment le drame des maisons de repos. La rupture des rites funéraires est un drame majeur qui va avoir des conséquences sur l’ensemble de la population. La faiblesse est venue du fait qu’on s’est trop focalisé sur nos hôpitaux pour qu’ils tiennent la route. "​​​​​​

Faut-il former un gouvernement à tout prix ?

En ce qui concerne les difficultés que connait le pays à former une coalition solide au fédéral : "On est dans une situation très particulière. Le dernier gouvernement qui a été fait sur base de ce que la Belgique était, est celui qui a été constitué en 2011. Il y avait des partis qui étaient d’accord pour faire des compromis et qui avaient le sens de l’État. Je pense qu’aujourd’hui, dire que la N-VA a ce sens de l’État, c’est très compliqué, ce serait même osé."

"Ensuite, idéologiquement, nous avons des visions de ce que doit être la société de plus en plus différente." Et ça ne concerne pas que la N-VA dit Jean-Pascal Labille : "Un accord social ne sera pas plus facile à trouver avec le VLD d’Egbert Lachaert et le MR de Georges-Louis Bouchez. Pour ce qui est de la gauche à laquelle j’appartiens, elle aura tout intérêt à mettre en place une logique avec des lignes rouges sur le plan social, fiscal, environnemental, économique même, et surtout sur le plan démocratique. La gauche n’est pas là pour aller faire de la politique de droite, dans un gouvernement de droite. S‘il n’y a pas de compromis possible, tant pis." En sortant de l’interview, Jean Pascal Labille a même lâché : "Le PS est beaucoup trop gentil et ça vous pouvez l’écrire."

Paul Magnette est-il en liberté surveillée ?

"Non", affirme Jean-Pascal Labille. Paul Magnette fait un boulot compliqué. Il ne faut pas demander au PS d’aller dans un gouvernement pour faire une politique de droite. Le monde néolibéral fait la même erreur qu’en 2008, il ne se remet pas en question. Ce que le Parti Socialiste aurait intérêt à faire, c’est de tracer ces fameuses lignes rouges. Elles doivent être infranchissables. Sinon on ne gouvernera pas ! C’est le contenu qu’il faut regarder aujourd’hui. Il faut montrer beaucoup plus de radicalité."

Et il ajoute : "Ce qui a sauvé le pays de la pandémie, c’est la sécurité sociale. On s’est rendu compte que l’État a sauvé la sphère marchande. On a 30 milliards d’évasion fiscale par an, 12 milliards de réductions de cotisations sociales. L’argent il y en a. J’en appelle donc à la constitution un front. Un front social, environnemental, économique et démocratique. Il faut financer la sécurité sociale en fonction de ses besoins. L’environnement est devenu incontournable. L’économie a besoin de l’initiative industrielle publique. La démocratie est attaquée."

Un front social plutôt qu’un "pacte" ? L’expression a coûté cher à Robert Verteneuil, ex-patron de la FGTB. "Ce n’est pas important ! Front, pacte, accord… C’est la notion qui est importante aujourd’hui. Ce qui changera la politique, c’est un mouvement social puissant qui poussera les politiques à changer de cap. C’est l’humain qu’il faut remettre au cœur des politiques."

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