Jean-Marc Nollet: Electrabel a menti "à tout le moins par omission"

Jean-Marc Nollet: Electrabel a menti "à tout le moins par omission"
Jean-Marc Nollet: Electrabel a menti "à tout le moins par omission" - © Tous droits réservés

Le CEO d'Electrabel doit s'expliquer ce mercredi devant la sous-commission sécurité nucléaire à propos des défauts constatés dans les cuves des centrales Doel 3 et Tihange 2. Leur taille a été réévaluée à la hausse, leur nombre aussi. Electrabel assure que ce ne sont pas les défauts qui ont augmenté, les tests sont simplement plus précis. Mais, pour Jean-Marc Nollet (Ecolo), il y a plus que cela, l'entreprise cache des choses.

Au fond, d'après Electrabel, il n'y aurait rien de neuf: les défauts seraient toujours les mêmes. Mais cela ne signifie pas pour autant que ces centrales peuvent aujourd'hui être rouvertes.

"Je pense que, si les centrales de Doel 3 et de Tihange 2 sont aujourd'hui fermées, c'est parce qu'effectivement beaucoup de questions se posent et qu'il y a un risque potentiel", commente Jean-Marc Nollet, coprésident du groupe Ecolo-Groen à la Chambre. "Je signale d'ailleurs que ces centrales n'ont pas été fermées par décision du gouvernement ou de l'Agence fédérale (de contrôle nucléaire, AFCN, ndlr); c'est l'entreprise Electrabel elle-même qui a décidé de fermer ces centrales, car, manifestement, les tests donnaient des informations qui devaient être inquiétantes."

La prudence est donc de mise, mais cela montre qu'il "y a un vrai risque, un vrai danger, de vraies incertitudes". La première demande que formulera ce mercredi le groupe Ecolo-Groen à Electrabel sera la publication de tous les résultats des tests effectués, c'est-à-dire les conclusions des quatre évaluations réalisées.

Questions sans réponse

"À part la synthèse globale qui est de dire 'On continue les études', les résultats et les protocoles de ceux-ci n'ont toujours pas été rendu publics", déplore Jean-Marc Nollet, qui demande "la transparence totale" dans ce dossier.

"Est-il normal que nous apprenions (…) il y a quelques jours que ces fissures que l'on nous présentait comme étant des microfissures – de 10 ou 15 millimètres – sont en fait des fissures qui vont jusqu'à jusqu'à 9 centimètres (de longueur, ndlr)? Et la profondeur, la connaît-on? C'est aussi l'une des questions que nous poserons, car, si fissures il y a, ce sont forcément des fissures en trois dimensions. Et quelle est la proximité d'une fissure par rapport à l'autre? Quel est le risque de propagation des fissures ? Toutes ces questions sont pour l'instant sans aucune réponse."

Après quatre campagnes de tests, Electrabel assure qu'il n'y a pas d'évolution de ces fameuses fissures. Et, s'il n'y pas d'évolution, sans doute pourrait-on continuer à exploiter ces centrales, puisque ces fissures étaient peut-être là depuis le début et ne bougeront peut-être plus jamais. Mais ces "peut-être" ne rassurent guère.

La France plus prudente ?

"En France, on n'aurait jamais rouvert ces centrales-là – car je rappelle que, chez nous, elles ont été rouvertes avant d'être fermées précipitamment. Les fissures dues à l'hydrogène sont considérées en France par l'autorité de sûreté nucléaire comme potentiellement évolutives. Et pire que l'évolution de ces fissures serait l'évolution de la structure même. (…) Quand la cuve est irradiée, c'est toute la structure qui se fragilise, pas seulement les fissures qui évoluent éventuellement."

"On peut faire le parallèle avec la situation d'un pare-brise gelé sur lequel on jette un seau d'eau bouillante. À ce moment-là, le pare-brise peut se briser. C'est un peu le même risque qu'il y a aujourd'hui dans nos centrales (…). Et au plus nos centrales sont vieilles, au plus le risque est important."

Mensonge d'Electrabel, "à tout le moins par omission"

Pour Jean-Marc Nollet, Electrabel a menti, "à tout le moins par omission". Car il n'est selon lui "pas normal" de n'avoir eu accès qu'au "compte-gouttes à des informations, parce qu'on parvient à les déchiffrer par ailleurs."

La taille maximale des fissures a, dit-il, été cachée dans toutes les publications, y compris dans celles de l'Agence fédérale de contrôle nucléaire. "On nous parle toujours de tailles moyennes, mais, derrière ces tailles moyennes, il y a des tailles maximales. Aujourd'hui encore, on ne connait pas cette taille maximale pour la centrale de Tihange. Est-ce que vous trouvez cela normal ?"

Le patron d'Electrabel, Philippe Van Troeye, devrait fournir des réponses à toutes ces questions ce mercredi en début d'après-midi en sous-commission de la Chambre. Ce serait en effet "la moindre des choses", juge Jean-Marc Nollet.

T.M. (@thomasmignon)

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