Jean-Jacques Cloquet: "Charleroi devrait perdre de 50 à 60 000 passagers sur un an"

Jean-Jacques Cloquet : « L’aéroport traverse une crise qui va durer ».
Jean-Jacques Cloquet : « L’aéroport traverse une crise qui va durer ». - © Tous droits réservés

Alors que Ryanair va supprimer 18 000 vols au total, l’aéroport de Charleroi s’apprête à subir les effets d’une crise qu’elle ne maîtrise pas. Jean-Jacques Cloquet, le patron de l'aéroport de Charleroi conserve sa confiance dans son principal partenaire, mais a déjà initié une politique de diversification indispensable pour, dit-il, conserver le modèle "économico-social" de l’aéroport. De nouveaux investisseurs pourraient entrer dans l'entreprise, et la guerre avec Zaventem semble calmée. 

Jean-Jacques Cloquet ne s’en cache pas, son entreprise traverse "une crise dont on mesure l’impact". Mais qui n'est pas catastrophique pour autant. "Cela fait partie du risque et l’on se diversifie. C’est dommage pour notre personnel qui se fait agresser alors qu’il n’y est pour rien".

A propos de l’emploi, le patron se veut rassurant: "Il n’y a pas de menace sur l’emploi et cela a été affirmé aux partenaires sociaux." En revanche, la réduction du nombre de passagers aura un impact sur les revenus non liés à l’aviation. Les commerces devraient donc en souffrir.

Mais du fait de la désorganisation complète au niveau de la planification des pilotes la crise "va durer", pronostique le patron de Brussel South Airport.  "On devrait perdre de 50 à 60 000 passagers sur un an en 2017, mais comme nos résultats étaient déjà très bon, cela ira. Pour 2018, ce sera différent."

Un client trop encombrant

Le problème de l’aéroport carolo est connu: sur 10 vols, 8 sont opérés par Ryanair. Que la compagnie aérienne s’enrhume, et c’est tout Charleroi qui éternue:  "Il est clair que depuis 20 ans nous sommes dépendants (de Ryanair ndlr). Leur poids est toutefois passé de 86% à 78%, c’est encore important, mais on diminue".

La relation entre Jean-Jacques Cloquet et Ryanair demeure pourtant bonne: "Le numéro 2 de Ryanair nous a prévenu et s’est excusé. Nous sommes considérés comme un partenaire. Et l’aéroport de Charleroi est aussi devenu ce qu’il est grâce à Ryanair. J’espère donc que les problèmes des pilotes seront réglés. Actuellement, trop de gens s’occupent du dossier."

Pour anticiper l’année 2018 qui menace d’être compliquée, l’aéroport travaille à sa diversification. Quatre nouvelles compagnies sont venues s’ajouter en deux ans. Et  d’autres sont intéressées par les vols abandonnées par Ryanair, assure le patron carolo: "C’est une ouverture et un discussion proactive que l’on peut avoir avec les compagnies aériennes."

Nous avons une politique sociale de 10 ans sans une minute de grève

L’aéroport de Charleroi se défend de soutenir le modèle social de Ryanair. "Ryanair, ce n’est pas Charleroi. Nous avons une politique sociale de 10 ans sans une minute de grève. Je crois que les pilotes sont dans une négociation dure, mais ils restent gentlemen en ne prenant pas les passagers en otage".

Ryanair devra changer de modèle

La situation actuelle montre peut-être les limites du business model de la compagnie irlandaise. "Je crois que Ryanair devra changer de modèle avec, sans doute, moins de rentabilité." Et même si Michael O’Leary peut compter sur un trésor de guerre de plusieurs milliards pour résister à la tempête, Jean-Jacques Cloquet estime que la crise doit les remettre carrément en question: "O’Leary est relativement suffisant et touché dans son amour propre. Son leitmotiv était un modèle organisé, efficace et ce n’est plus le cas. Ils devront revoir le modèle. C’est une crise économique, mais aussi une crise d’image."

Chaise musicales parmi les investisseurs? 

Mais la Ryanair n’est pas le seul objet de préoccupation de l’aéroport wallon. Son plus gros partenaire privé italien (Save) qui détient 27% du capital voudrait quitter le navire, et des entreprises wallonnes telles que Thomas & Piron ou Albert Frère seraient prêts à monter à bord. "Il y a probablement des intérêts. Il faut être sûr que Save veut vendre et je n’ai pas la réponse. S’ils veulent changer c’est peut-être l’occasion d’accueillir des partenaires régionaux pour poursuivre ce modèle de développement. Je sais qu’il y a des intérêts et je m’en réjouis."

Des investisseurs wallons qui seraient bien utiles pour faciliter les projets d’investissements. L’arrivée de transports intercontinentaux et des longs courriers low cost imposent le prolongement de la piste à l’horizon 2020-21, et Jean-Jacques Cloquet veut s’inscrire dans ce modèle : "Je plaide pour des partenaires inscrits dans le développement socio-économique plutôt que dans la rentabilité financière pure et dure comme des investisseurs australiens ou canadiens."

La guerre avec Zaventem? ... C'est pas nous

Une allusion au concurrent de Zaventem qui est détenu en partie par un fonds de pension canadien ? "On ne doit plus se comparer et se faire la guerre. Ce sont deux modèles complètement différents. Bruxelles est un modèle financier qui marche très bien. L’aéroport gagne des centaines de millions qui partent effectivement soit en Australie, soit au Canada pour 75%. Mais à côté de ça, les sociétés de handling (Aviapartner, Suissport) ont beaucoup de difficultés. A Charleroi, nous avons un modèle totalement intégré qui privilégie le socio-économique et l’emploi dans une région qui en a bien besoin. Et avec une rentabilité très faible. Ce sont deux modèles différents qui peuvent fonctionner. Quand on voit les bons résultats réalisés par Zaventem on constate bien qu’il n’y a pas de concurrence déloyale."

Une conséquence de cette guerre a pourtant été la démarche de la Commission européenne qui a fait augmenter le loyer versé par l’aéroport de 3,5 millions à 15,5 millions. Et ce serait une raison du départ de l’actionnaire italien. "La Commission a voulu considérer l’aéroport de Charleroi comme un investisseur privé alors qu’il est majoritairement aux mains du public qui a investi pour un développement socio-économique. C’est comme cela qu’on est pénalisé et il y a donc moins de rentabilité pour les actionnaires."

Mon salaire ? Qu’est-ce qu’il a mon salaire

Enfin, Jean-Jacques Cloquet se dit parfaitement à l’aise avec le montant de son salaire. Alors que le patron de l’aéroport de Liège a annoncé une baisse de son salaire suite à certaines mesures du gouvernement, le patron de Charleroi ne voit pas la nécessiter d’en faire autant: "Contrairement à beaucoup de patrons wallons, je suis depuis longtemps sous le montant prévu par le décret (sur le plafond de rémunérations des patrons du public ndlr). Je n’ai pas de problème de ce côté-là."

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