Jean-François Tamellini (FGTB): "La FEB écrit les textes du gouvernement"

jean-François Tamellini croit dans l’environnement, l’économie circulaire et la féminisation des cadres de la FGTB.
jean-François Tamellini croit dans l’environnement, l’économie circulaire et la féminisation des cadres de la FGTB. - © Tous droits réservés

C’est Jean-François Tamellini qui remplace désormais Marc Goblet -souffrant- à la tête de la FGTB. Un autre style, un autre accent, d’autres origines, mais à l’entendre, il n’y aurait pas l’épaisseur d’une feuille de cigarette entre les visions de Marc Goblet et la sienne. A voir.

C’est donc Jean-François Tamellini qui portera désormais le message de la FGTB au plus haut niveau. Il a déjà eu l’occasion d’endosser le costume de leader syndical lors de la réunion du groupe des 10 ce mardi. Mais le nouveau secrétaire général du syndicat socialiste l’assure, "Ce sera un remplacement temporaire et la ligne restera la même. " Pour la ligne peut-être, mais pour la manière, c’est autre chose. Plus question de faire "chuter le gouvernement", mais plutôt de le faire reculer : "En concertation si c’est possible, et dans le rapport de force si ce n’est pas possible."

Premières victoires

Il le concède, les résultats des mouvements sociaux du printemps n’ont pas été à la hauteur des attentes. "Les mouvements sociaux n’ont pas fait reculer le gouvernement. Nous devons viser plus juste, viser ceux qui tiennent les rênes du gouvernement et le faire reculer." Il prend pour exemple les négociations sur la flexibilité: "Nous avons constaté des reculs sur la position initiale du gouvernement. La modification d’horaire avec un délai de 24 heures pour les temps partiels est finalement restée fixée à 5 jours. Et pour la formation professionnelle, nous avons obtenu 5 jours pour les deux ans. C’était une revendication historique."

Les discussions sont ouvertes, assure le syndicaliste: " Kris Peeters nous a demandé si l’on était prêt à négocier sur la flexibilité et nous avons dit oui. "

Celui qui se revendique de Nico Cué -responsable des métallurgistes wallons- ne partage pas sa stratégie de ’guérilla sociale’. Il s’inspire de sa pression constante sur le gouvernement, mais en "visant juste". Et viser juste, c’est s’en prendre directement à la FEB accusée d’écrire les textes du gouvernement. "Je peux le prouver. C’est le cas pour les pensions." Une affirmation qui avait déjà été évoquée en mai dernier par Marc Goblet, lorsqu'il assurait : "je ne suis pas sûr que Kris Peeters écrit lui-même ses textes".

"Il faut être un fameux pingouin pour voter MR"

Plus diplomate que Marc Goblet, il dit vouloir "parler aux indépendants et aux étudiants, leur expliquer, mieux communiquer".

Mais Jean-François Tamellini n'est pas moins agressif que son prédécesseur dès qu'il s'exprime sur les réseaux sociaux. Un mode de communication qu'il apprécie.  Le gouvernement fédéral y est qualifié "d’incompétent notoire dont les membres sont des pantins écervelés…" Plus loin: "Il faut être un fameux pingouin pour voter MR". Le leader syndical se justifie en reconnaissant que Twitter est un exutoire, et qu’il sera "plus calme maintenant ". Mais il ne retire rien de ce qu’il a écrit: " Cela reste correct et je confirme mes propos. Quand le MR disait que l’on ne toucherait jamais à la pension à 65 ans pour passer six mois plus tard à 67 ans, on peut dire que les électeurs du MR se sont fait avoir. "

Même chose pour la définition du gouvernement, qualifié de " droite extrême" : " Ce n’est pas exagéré lorsque l’on assiste à la levée du secrets professionnel des travailleurs des CPAS, à la délation encouragée sur les fraudeurs sociaux, au Patriot Act prôné par Bart De Wever et à Theo Franken qui, chaque mois, fait une 'pitchenette' pour l’extrême droite. J’assume complètement. "

D’autres priorités que Goblet

A un auditeur de La Première qui décrit Marc Goblet comme un homme du passé, Jean-François Tamellini confirme que tous deux suivent la même ligne politique. Mais il ajoute croire dans l’environnement, l’économie circulaire et la féminisation des cadres de la FGTB.

Mais ligne politique ne veut pas dire parti politique. Jean-François Tamellini refuse de désigner un ’bon parti’? " Pour les pensions, plusieurs partis pourraient s’entendre sur une coalition de gauche, mais je n’ai pas de carte de parti. Le programme syndical permet aux partis intelligents de suivre les lignes fixées et cela renforcera la gauche. Nous avons une vision socialiste pour une société plus juste avec une autre répartition de la richesse, mais nous ne sommes pas liés à un parti."

Une autre différence par rapport à Marc Goblet est son rapport avec la "concurrence":  Marie-Helene Ska, cheville ouvrière de la CSC est reconnue pour sa compétence : "Elle connaît très bien les dossiers. En Groupe des 10 on avait le même discours et nos affiliés vivent les mêmes réalités, il y a un dialogue à ressouder. "

Ecart salarial : le gouvernement veut aller trop loin

Même si la communication change, le gouvernement veut continuer à réduire l’écart salarial. Et sur ce terrain, la marge de négociation paraît très mince. Pour la FGTB, le travailleur a assez payé et le salaire belge sera inférieur à ceux des trois pays voisins à la fin 2016. On aurait donc pu, selon Jean-François Tamellini se passer du saut d’index.

Mais surtout, trois revendications du gouvernement ont du mal à passer: " Pour Kris Peeters, la marge salariale devrait être impérative et donc non négociable. Il demande un système de blocage des salaires automatique pendant plusieurs années. Et enfin que les nouvelles réductions de cotisations que vont recevoir les employeurs ne soient pas prises en compte dans le calcul de l’écart salarial. Tout cela est imbuvable. Même économiquement cela ne tient pas la route. Car relancer la consommation ne se fera que par les salaires".

Le message patronal qui assure que plus les entreprises sont compétitives plus cela crée de l’emploi, ne passe pas non plus auprès du syndicaliste : "La Belgique est l’un des pays le plus productifs au monde. D’accord pour trouver de la compétitivité si la répartition de la richesse créée est équitable. Mais si c’est pour tout donner aux grandes entreprises, ça ne passe pas. La droite veut casser l’équilibre auquel nous tenons. " Pour illustrer son propos, Jean-François Tamellini évoque la réforme de l’ISOC  (l'impôt des sociétés): "Plutôt que d’aller chercher les 700 millions des 35 multinationales, on (ndlr : le gouvernement fédéral) va faire de nouveaux cadeaux aux patrons. Tant mieux pour les PME, mais si c’est pour les grandes entreprises, on a un problème. "   

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