Jean Faniel: "Si la crise s'enlisait, une alliance PS-MR reste possible"

Jean Faniel: "si la crise s'enlisait, une alliance PS-MR reste possible"
Jean Faniel: "si la crise s'enlisait, une alliance PS-MR reste possible" - © NICOLAS MAETERLINCK - BELGA

Comme un coup de tonnerre hier, le cdH a annoncé qu’il ne voulait plus gouverner avec le PS en Wallonie, à Bruxelles et en Fédération Wallonie-Bruxelles. Il a lancé un appel aux autres partis pour former de nouvelles majorités sans les socialistes dans chaque entité du fédéré du pays.

En édition spéciale ce mardi matin avec de nombreux invités, Mehdi Khelfat interrogeait Jean Faniel, directeur du CRISP.

Ce qu’on vit, c’est un séisme politique majeur, c’est vraiment du jamais vu ?

"Effectivement, on n’a jamais eu ce type de configuration, en tout cas au niveau des entités fédérées, régions et communautés. On se souvient qu’en 2010, quand l’Open VLD, là aussi de manière assez inattendue, avait précipité la chute du gouvernement Leterme II, ça avait causé là aussi une onde de choc assez importante, mais on était au niveau fédéral. Là, finalement, le scénario qui s’est dessiné, ce sont les élections anticipées de 2008. Or, au niveau des entités fédérées, régions et communautés, il n’est pas possible d’avoir des élections anticipées, donc c’est sur la base des résultats des dernières élections, celles du 25 mai 2014 en régions et en communautés, que l’on doit constituer maintenant des majorités alternatives."

Les affaires autour du PS traînent depuis un certain temps. Est-ce que nous pouvions nous attendre à une réaction si radicale du cdH ? Qu’est-ce qui pousse Benoît Lutgen à débrancher la prise comme ça ?

"Je pense effectivement que l’accumulation d’affaires — on a eu Publifin, on a eu l’ISPPC, on a eu le Samusocial — a conduit le cdH à se dire que du côté du PS les choses devenaient encombrantes, pour le moins. Et donc on est dans une situation où — c’est ce qui a été pointé en tout cas par le cdH — les affaires ont pesé.

Je pense que ce n’est pas la seule chose. On pouvait voir aussi dans les majorités, au moins à la Région wallonne et à la communauté française, peut-être moins à Bruxelles, des signes de tension, de durcissement des positions entre le PS et le cdH sur des dossiers comme l’atterrissage du pacte pour un enseignement d’excellence, ou bien les tensions autour de la réforme fiscale et de l’assurance autonomie en Région wallonne.

Alors est-ce que c’est ça aussi qui motive la décision du cdH ? C’est ce que notamment les propos de Maxime Prévot hier laissaient un petit peu entendre. Donc peut-être que le cdH souhaite gouverner avec un autre acteur, forcément le MR dans ce cas, au moins le MR, qui pourrait peut-être lui donner plus satisfaction sur les dossiers que je viens d’évoquer."

Jean Faniel, est-ce que le cdH n’a pas plus à perdre qu’à gagner dans l’histoire ? Il passe pour le traître, c’est ce qu’a dit le patron du PS, c’est un parti qui peut vous lâcher en rase campagne aussi brusquement, est-ce qu’il donne envie de s’allier avec lui ?

"C’est clair que pour le cdH, c’est un pari. Maintenant, c’est un pari qu’on ne peut pas reproduire plusieurs fois, donc s’il parvient à mettre sur pied des majorités alternatives, il est entendu que ce sera pour terminer cette fois la législature. Donc je ne pense pas que les autres partis doivent s’attendre à ce qu’un nouveau retournement de situation intervienne d’ici la fin de la législature.

Mais, bien entendu, c’est un pari, on sait que les majorités alternatives sont très étroites arithmétiquement à la Région wallonne avec le MR et en communauté française ou à la région bruxelloise avec le MR et avec un autre, voire 2 autres partenaires, on pense à DéFI et à Écolo. Donc c’était un vrai pari à ce stade et, manifestement, on a bien vu que les autres acteurs avaient été pris à froid, sans avoir été concertés, ou en tout cas sans tous avoir été concertés. Ça reste un pari qu’à ce stade le cdH n’est absolument pas sûr de remporter".

Y a-t-il un risque d’enlisement dans cette crise ?

"Oui, dans la mesure où, effectivement, on sent qu’il y a le coup d’un parti, le cdH, que les autres acteurs qui vont être indispensables à la formation de majorités alternatives, au moins en communauté française et à Bruxelles, comme DéFI ou Écolos n’ont pas été concertés, donc ils découvrent la stratégie du cdH. Le MR bien entendu aussi et le MR est indispensable pour créer ces nouvelles majorités. Est-ce qu’il a été prévenu ou pas ? On ne le saura probablement pas, mais il est clair que ça nécessite un positionnement de la part de ces 3 acteurs. Le MR, qui a semble-t-il l’intention d’entrer en négociation au moins pour voir ce que le cdH souhaite, et du côté d’Écolo et du côté de DéFI, là, par contre, on sent bien un accueil qui est plus prudent, voire relativement tiède et on se dit dans ces 2 partis qu’il va falloir poser des exigences.

Donc, d’une certaine manière, on se dit que le cdH a lancé une initiative dont il ne maîtrise sans doute pas tout parce que maintenant les uns et les autres vont se positionner et ils vont se positionner non pas comme le cdH le souhaiterait, mais en fonction de leur analyse, en fonction de leur intérêt et des convergences qu’ils verront possibles ou pas avec le cdH et le MR."

Parce qu'une alliance MR-PS serait possible aussi ?

"Tout est possible. Si on se dit que la résolution de la crise ne va pas être simple et qu’elle pourrait effectivement s’enliser, comment on le disait il y a un instant, on peut voir une autre hypothèse émerger in fine, qui serait que le MR dise " dans la situation de blocage que l’on connaît, il est important de remettre en service les gouvernements, de remettre des majorités sur pied, et dans ce cas on prend nos responsabilités et on gouverne avec le PS ". Rien n’est exclu à ce stade".

A noter qu'interrogé par Thomas Gadisseux, le président du MR Olivier Chastel a refusé d'exclure complètement cette possibilité, même s'il accorde la priorité aux discussions suggérées par le cdH: "Moi, je n'ai à exclure personne, mais aujourd'hui je compte me mettre autour d'une table pour voir si les conditions sont réunies avec le cdH et différentes formations politiques pour incarner un changement dans nos entités fédérées" a-t-il déclaré.

 

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