"Je refuse de parler de crise. Le pays n'est pas ingouvernable", estime Louis Michel

Deux jours après le scrutin, Louis Michel, député européen sortant, ministre d’Etat et ancien président du Parti Réformateur Libéral (PRL) était l’invité de La Première mardi matin.

>> A lire aussi : Elections 2019 : que faut-il en retenir ?

Des résultats qui mettent en avant une Belgique divisée, une politique désarticulée, avec notamment la remontée spectaculaire de l’extrême droite. Mais Louis Michel refuse de parler de crise pour autant. Le roi a entamé ses consultations lundi avec le Premier ministre démissionnaire, Charles Michel, le président du Sénat, Jacques Brotchi, le président de la Chambre, Siegfried Bracke, le président de la N-VA, Bart De Wever, et celui du PS, Elio Di Rupo.

« Je crois qu’il faut attendre de voir comment la mission royale va se déployer. Il existe encore, en Belgique, des partis et personnalités politiques qui veulent des solutions. Mon parti veut des solutions et apportera loyalement son aide et son soutien à des solutions démocratique qui rencontrent les incertitudes et les peurs des gens. »

Je pense qu’il faut prendre acte des résultats

Et il existe justement de nombreuses possibilités. « Le représentant du premier parti francophone a la main. Les consultations sont en cours nous verrons bien ce qui est proposé. Ce qui nous importe, c’est de voir comment poursuivre une politique qui permet à la Wallonie, à Bruxelles et à la Belgique d’en sortir sur le plan socio-économique. De manière à continuer à créer des emplois et de mettre les poids sur la formation pour que les milliers d’emplois en pénurie puissent trouver des candidats. Nous voulons une Wallonie prospère et pas une Wallonie obligée en permanence de compter sur les autres. »

Il insiste : « Je pense qu’il faut prendre acte des résultats. L’électeur a raison, en tout cas du côté francophone, il faut respecter ça. Mais les trois partis traditionnels sont en recul, c’est clair ».

>> A lire aussi : Elections 2019 : une coalition fédérale sans la N-VA est-elle possible ?

Dans les coalitions possibles, on retrouve par exemple celle-ci : PS – MR. Un axe que Louis Michel avait déjà plaidé lorsqu’il était à la tête du parti. « C’est un scénario possible, réalisable et faisable. Je ne vais pas dire ce qu’il faut faire, bien que j’ai mon idée, car je vais laisser le temps à Monsieur Di Rupo d’en discuter avec tout le monde. Il faut laisser le Roi jouer pleinement son rôle constitutionnel. »

Et Louis Michel reste optimiste. « Je n’ai pas peur. Le pays n’est pas ingouvernable. À partir du moment où les personnalités politiques qui incarnent les partis démocratiques ont la capacité de prendre de la hauteur et de voir l’intérêt général du pays il y a des solutions. Je suis plutôt optimiste on trouvera des solutions. Mais il ne faut pas croire que ça ne va pas être facile. Quand j’entends la FGTB plaider pour des choix radicalement à gauche en Wallonie, c’est inquiétant. La Wallonie a besoin de toutes les forces vives et pas de division. »

La question du cordon sanitaire

L’extrême droite, on l’a dit, est le deuxième parti en Flandre. Mais ce n’est pas une claque pour le MR, estime-t-il. « Le MR n’est pas la cause de ça. C’est une claque pour ceux qui ont fait une grave faute stratégique. La N-VA, en faisant tomber le gouvernement sur le pacte des migrations, a abîmé son image de gestionnaire. Deuxième élément, je pense que la mort de mademoiselle Van Espen a bouleversé du côté de la Flandre, beaucoup plus que du côté wallon. »

Selon lui, la sécurité et la migration sont véritablement les thèmes sulfureux du Vlaams Belang, c’est ce qui « a jeté le trouble dans l’opinion publique flamande. »

Certains élus socialistes et écologistes ont pourtant fait un lien entre les actions du gouvernement et cette montée de l’extrême droite, en disant qu’ils avaient labouré le terrain et qu’au final l’électeur a préféré l’original a la copie. « Qui peut imaginer une bêtise pareille ? Si c’était vrai, on aurait vu l’émergence, en Wallonie et a Bruxelles, de partis d’extrême droite. Ça ne s’est pas produit. Le fait que la N-VA ait servi thématiquement le Vlaams Belang a joué. Il n’y a rien d’autre que ça. »

Le Roi poursuit donc ses consultations ce mardi avec les coprésidents d’Ecolo, Zakia Khattabi et Jean-Marc Nollet, et la présidente de Groen Meyrem Almaci.

Mais il ne consultera certainement pas le Vlaams Belang. Théo Francken a par contre estimé que le palais devait entendre les Flamands et précise être contre le cordon sanitaire, et ce n’est pas le seul du côté des ténors nationalistes. « Le respect strict du cordon côté francophone a quand même été utile. Je ne suis pas persuadé que le lever vis-à-vis du VB soit souhaitable. »

Autre résultat interpellant suite à ces élections : 368.000 voix en mois pour les trois partis traditionnels, PS, MR, cdH. Comment expliquer cela ? « Depuis des mois, on a au centre d’un débat émotionnel : la question climatique. Je n’ai pas encore entendu de proposition très concrète sur ces questions-là. »

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK