Jan Jambon, "le ministre qui n’en sait rien", sous pression comme jamais en Flandre

Il n’est pas commun de voir la presse flamande aussi unanime que ce jeudi matin. L’affaire Chovanec fait les gros titres de tous les journaux flamands sans exception. "L’affaire Chovanec explose à la figure de Jan Jambon" pour De Standaard, "Jan Jambon dans de sales draps" pour Gazet Van Antwerpen, "Jambon sous pression après la mort du Slovaque" pour De Morgen, "Jambon mis à mal par De Crem" pour Het Nieuwsblad et De Tijd. Het Belang Van Limburg se demande si "Jambon a menti ?", alors que le journal le plus lu du pays, Het Laatste Nieuws, reprend en "Une" les propos de la semaine dernière de Jan Jambon ("Je n’ai jamais été, le moins du monde, informé") et ceux d’hier : "Le dossier a été traité par mon cabinet, mais je ne m’en souviens pas").

Une carrière politique qui ne tient qu'à "un fil" ?

En pages intérieures, tous les journaux flamands reprennent, avec force détails rendus publics par les ministres De Crem et Geens ce mercredi, les faits : qui savait quoi, à quel moment, comme nous l’évoquions hier.

La réaction de l’ancien ministre de l’Intérieur est également répercutée dans les gazettes du jour. Pas de quoi convaincre les journalistes flamands. Pour Het Laatste Nieuws, "Il n’est pas encore question du mot "démission", Jambon fait partie d’un autre gouvernement. Mais s’il y a des preuves qu’il a menti, la situation sera fiévreuse. […] On dirait que le ministre-président Jambon s’est tiré une balle dans le pied. La carrière politique de "Sterke Jan" ne tient-elle plus qu’à un fil ? Cette affaire est un coup dur porté à Jan Jambon. C’est une tempête qu’il ne pourrait traiter comme une simple rage de dents, alors que le gouvernement flamand est en eaux troubles à cause du coronavirus."

En conclusion, pour HLN, si Jan Jambon avait été en poste en tant que ministre de l’Intérieur, "les chances seraient élevées de demander son C4. Avec un autre poste dans un autre gouvernement, il est plus difficile de demander une démission. Sauf si de solides preuves montrent que Jambon a menti."

"Aujourd'hui, un ministre n'est pas responsable de ce que signent les membres de son cabinet"

Pour De Standaard, "les dégâts sont considérables pour l’image de sérieux de Jan Jambon et de la N-VA.". Dans son éditorial, le journal de référence flamand n’a aucune pitié : "Rien n’illustre mieux l’érosion de l’autorité politique que la dilution du concept de "responsabilité politique". Lorsque cinq gendarmes ont étouffé une femme lors d’un rapatriement forcé, il y a 22 ans, le ministre de l’Intérieur Louis Tobback, avait démissionné. Aujourd’hui, un ministre n’est même pas responsable de ce que signent les membres de son propre cabinet. Les ministres ne sont responsables que de ce dont ils se souviennent personnellement. Et la mémoire, comme chacun sait, est faillible. […] Sa position de ministre-président flamand n’est pas en danger. Les dégâts n’en sont pas moins importants. Jan Jambon est le ministre qui n’en sait rien. Qui ne s’en soucie pas tant que ça. Et qui ne laisse personne découvrir pourquoi quelqu’un est mort sous son autorité."

Audition à la Chambre mardi prochain

Pour le journal économique De Tijd, le décès de Jozef Chovanec est "un échec de l’Etat de droit. Le monopole étatique de la violence a été mal utilisé. Les règles n’ont pas été respectées. […] Trop de détails sont encore flous pour tirer des conclusions. Mais certaines choses sont claires. Il n’est pas normal que des policiers fassent des blagues et le salut hitlérien alors qu’un homme meurt. Il n’est pas normal qu’un ministre de l’Intérieur ignore les circonstances d’un décès dans une cellule de la police belge. Et il n’est pas normal qu’une enquête soit aussi terriblement lente et qu’une reconstitution des faits ait été refusée."

Jan Jambon est attendu mardi prochain à la Chambre. Sa ligne de défense est connue. Nul doute que les députés des Commissions de l’Intérieur et de la Justice essaieront d’ébranler "Sterke Jan". Si aucun élément significatif était apporté au dossier Chovanec d’ici là, le ministre-président flamand devrait passer entre les gouttes. Mais son crédit politique, en Flandre, a été sérieusement écorné.

Réactions politiques sévères

 

Le socialiste flamand Louis Tobback a jugé sévèrement jeudi l'attitude de Jan Jambon à propos de ce qu'il savait de l'affaire Chovanec. A ses yeux, l'actuel ministre-président flamand et ex-ministre de l'Intérieur devrait démissionner.

"Si j'étais à la place de Jambon, je démissionnerais", a souligné M. Tobback (sp.a), ancien ministre de l'Intérieur qui, en 1998, avait quitté le gouvernement après la mort de Semira Adamu lors d'une expulsion. "La démission devra être une décision personnelle de Jambon mais je suis certain que la majorité au parlement flamand (N-VA, CD&V, Open Vld) ne la votera pas et que le président de la N-VA, Bart De Wever, ne le lui demandera pas. Aujourd'hui, on s'accroche beaucoup trop à son poste", juge-t-il. Et d'ajouter: "Jambon devra se demander lui-même s'il a encore suffisamment de crédibilité pour rester. Je ne le pense pas et, après ces déclarations contradictoires, je m'en irais, pas seulement pour moi-même mais aussi pour mon parti et, de manière générale, pour la crédibilité du système politique". Jusqu'à présent, ni le CD&V, ni l'Open Vld ne réclament le départ de M. Jambon. Ils attendent les explications du nationaliste flamand la semaine prochaine à la Chambre. "Jusque-là, nous ne pourrons rien dire de sensé. Personnellement, hier, j'ai entendu un homme sincère. J'avais le sentiment que, vraiment, il ne savait pas mais c'est à lui de tout expliquer mardi", a dit le député Franky Demon (CD&V). Son collège Sammy Mahdi (CD&V) a adopté un ton plus incisif. "Creuser jusqu'à l'os. Un homme est décédé, un autre a clairement menti. A la semaine prochaine", a-t-il tweeté. Les libéraux flamands attendent également d'entendre les déclarations de M. Jambon en commission de la Chambre. Mercredi, le député Tim Vandeput (Open Vld) a parlé d'une "faute grossière". "Il aurait pu, en tant que ministre, facilement demander de démarrer une enquête interne. Ça ne s'est pas produit", a-t-il ajouté. L'opposition flamande se pose de sérieuses questions même s'il n'est pas encore question d'un appel à la démission. La députée Jessika Soors (Ecolo-Groen) met toutefois aussi en doute la crédibilité de l'actuel ministre-président flamand. "Il y a déjà eu des ministres débarqués pour moins que ça", a-t-elle lancé sur les ondes de Radio 1. "Je constate que Jambon prend en ce moment un sérieux virage qui va du "pourquoi nous n'étions pas au courant?" à "je ne me souviens plus". Et toutes ces déclarations ne sont pas suffisantes pour notre groupe". Le Vlaams Belang dit également se poser des questions sur les déclarations de M. Jambon mais juge qu'une démission n'est pas indiquée puisque l'intéressé a déjà quitté le gouvernement fédéral en décembre 2018.

Affaire Chovanec, qui devra rendre des comptes ? (JT du 27/08/2020)

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