Jacques de Toeuf: "Les gouvernements passent et les médecins restent"

Jacques de Toeuf: "Les gouvernements passent et les médecins restent"
Jacques de Toeuf: "Les gouvernements passent et les médecins restent" - © Tous droits réservés

Le vice-président de l'Absym, l'association belge des syndicats médicaux, préfère ne pas parler de guerre mais "d'opposition farouche" au lendemain d'une rencontre avec la ministre de la Santé, Laurette Onkelinx. Une rencontre censée lui faire avaler un nouvel accord médico-mutualiste décidé par le gouvernement mais "c'est toujours le blocage".

Les représentants de l'Absym n'iront pas à la nouvelle réunion fixée ce mardi matin par la ministre Onkelinx pour discuter du prochain accord médico-mutualiste "car ce qu'elle nous a expliqué hier n'a pas été en soi une discussion de fond mais une écoute des arguments des uns et des autres. Mais nous avons l'impression de ne pas avoir été vraiment entendu".

En d'autres termes, "c'est toujours le blocage, il y a une initiative du gouvernement qui est déposée au pPrlement et pour laquelle nous ne sommes pas d'accord du tout et tant qu'on ne voit pas un éclaircissement, ou en tout cas une embellie de ce côté là, il n'y a pas de raison de se laisser enfermer dans un système conventionnel".

Une question de principe, pas d'argent

L'objet de cette discorde ne porte pas "sur le budget ou sur l'argent mais des principes, ce qui est plus difficile à résoudre", a-t-il expliqué avant de déclarer un peu plus loin dans l'interview : "Je ne rentre pas en guerre contre des honoraires mais contre une liberté fondamentale de rentrées".

Ceux qui demandent des honoraires supplémentaires ne font qu'appliquer un droit accordé il y a 50 ans, justifie-t-il. Un droit qui a été limité en 2002 pour protéger les personnes dans le besoin social "et maintenant, on veut appliquer cela à tout le monde !".

Du 300% maximum

Des honoraires supplémentaires à hauteur de 400 à 600%, Jacques de Toeuf affirme ne pas savoir d'où ces chiffres viennent, "c'est de l'historicité", dit-il. "Il y a des règles internes qui sont légales" et c'est maximum 300% pour tous les actes techniques. Et d'ajouter que cela ne concerne "que 18 hôpitaux sur 120".

D'ailleurs, si une partie de ces honoraires va dans la poche du médecin, une grosse partie profite à l'hôpital, selon lui. Cela sert à payer les frais de fonctionnement : "Paradoxalement, et cela fait toujours un peu rigoler d'incrédulité, dans ces institutions les honoraires prélevés financent un outil qui est finalement mis à disposition de tout le monde. Ces hôpitaux traitent aussi des patients défavorisés."

Le vice-président de l'Absym va même jusqu'à comparer les honoraires des médecins avec les impôts : "On fait exactement, en faisant de la médecine ou de la médecine hospitalière, ce que le gouvernement fait avec l'impôt en prélevant plus d'impôts chez les gens qui ont le plus de moyens".

Si pas d'accord, quelles conséquences ?

Selon Jacques de Toeuf, une absence d'accord ne se fera pas ressentir dans l'immédiat, "les conséquences seront à long terme".

"Elles ne porteront pas sur les honoraires mais sur la conception du système d'assurance-maladie et quand on est obligé de dire que l'accord médico-mutualiste ne sert plus à rien, on se projette dans une configuration où les décisions sont entre les gouvernements et les prestataires", explique-t-il.

Ce qui veut dire qu'"en 21014 quand on parlera de défédéralisation, l'Inami ne sera plus nécessaire et que ça deviendra une porte ouverte pour défédéraliser totalement les soins de santé et l'assurance-maladie".

Quant à savoir s'il est optimiste, il répond : "Il y a une chose dont je suis sûr c'est que les gouvernements passent et les médecins restent".

C. Biourge

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