Jacqueline Galant veut plus de places dans des trains connectés et à l'heure

"La pérennité même du rail est en danger si l'on ne change pas la culture d'entreprise au sein du groupe SNCB", a lancé la ministre fédérale de la Mobilité Jacqueline Galant (MR), vendredi lors de la présentation de sa "vision stratégique pour le rail en Belgique", approuvée par le conseil des ministres. Ce plan prévoit notamment une augmentation de la productivité du personnel de 4% par an pendant cinq ans et une attention accrue à la clientèle via l'augmentation du nombre de places dans les trains, une plus grande exigence en matière de ponctualité et des trains connectés à internet.

D'ici 2019, Jacqueline Galant souhaite arriver à un taux de "ponctualité pondérée" de 90%, rappelant qu'en 2014, la SNCB affichait un taux de ponctualité de 86,4%. "La manière de calculer la ponctualité va changer", a annoncé la ministre. "Jusqu'à présent, un train qui transportait 1.000 voyageurs était mis sur le même pied qu'un train qui en transportait cinq. Ce ne sera plus le cas afin de mieux prendre en compte le ressenti des voyageurs."

D'ici 2030, la ministre a annoncé 160 000 places assises supplémentaires ainsi que la présence du Wi-fi dans les trains. Par ailleurs, Mme Galant ambitionne de réduire la vitesse commerciale de 10% et d'augmenter l'utilisation de l'infrastructure existante, notamment dans la jonction Nord-Midi à Bruxelles, "où il est possible d'augmenter de 30% le nombre de mouvements si l'on utilise de nouvelles technologies de régulation du trafic", selon la ministre. Par ailleurs, le taux de disponibilité du matériel roulant, qui sera standardisé, devra passer de 80% à 86%.

Intermodalité

Jacqueline Galant a aussi mis l'accent sur l'intermodalité et les collaborations avec les sociétés régionales TEC, De Lijn et Stib, en évitant à l'avenir les liaisons doublons. "Il existe des relations à la fois assurées par un train de la SNCB et un bus d'une société régionale. Je ne veux plus voir cela. Nous analyserons ces situations au cas par cas et choisirons le service le plus adéquat sans a priori."

La concertation avec les Régions est également prévue via la création d'une cellule d'investissement qui regroupera les Régions, la SNCB et Infrabel sous la coordination du SPF Mobilité. Celle-ci sera notamment chargée de l'élaboration d'un nouveau Plan pluriannuel d'Investissement (PPI) 2015-2019, qui remplacera l'actuel PPI 2013-2025 dont la suppression a été décidée. "Nous souhaitons également réviser la clé de répartition régionale des investissements et la respecter sur une base de cinq ans et non plus sur base annuelle."

Les travaux de génie civil des gares sera transféré de la SNCB vers Infrabel/Tuc Rail. Ce dernier devra prévoir un modèle de gare standardisé. "Finies les gares pharaoniques", a lancé Jacqueline Galant.

Politique tarifaire

La ministre a aussi exprimé son intention de mettre en vente des tickets dans des librairies, des administrations communales ou encore des supermarchés, prenant exemple sur la politique menée par bpost. Certaines gares seront équipées de portiques à l'entrée des quais. La politique tarifaire devra être simplifiée.

Le personnel devra pour sa part augmenter sa productivité de 4% par an pendant cinq ans et sera évalué avec des critères orientés client. Tous les départs à la pension ne seront pas renouvelés. "Mais, comme ces départs représentent quelque 35% du personnel, il y aura des embauches", a précisé Jacqueline Galant, en annonçant la création d'une "académie du rail" pour former les nouveaux agents. Le mécanisme de primes sera également revu.

La part variable des salaires des top managers de la SNCB et d'Infrabel sera liée à des critères tels que la satisfaction des clients et l'efficacité de la coordination entre les deux sociétés.

L'ensemble de la réforme devrait être terminée mi-2016.

Jo Cornu : "Un plan très ambitieux"

La note stratégique présentée Jacqueline Galant met en avant la coopération entre la SNCB et Infrabel. "C'est un plan très ambitieux", a affirmé le CEO de la SNCB Jo Cornu.

"Mme Galant a fourni un cadre de travail pour la SNCB et Infrabel", selon Jo Cornu. "Il ne s'agit pas d'une réforme des structures, qui a eu lieu en 2014, mais d'une orientation forte à propos du contexte dans lequel les deux sociétés doivent travailler ces cinq prochaines années."

Jo Cornu a par ailleurs rappelé ses demandes formulées en mai dernier en matière de créativité commerciale et d'établissement de tarifs différents en fonction de l'heure à laquelle le voyage en train est effectué.

A ce propos, le patron de la SNCB a rappelé que les revenus de l'entreprise engrangés grâce aux tickets des voyageurs étaient les plus bas d'Europe. "Certains opérateurs étrangers ont des rentrées financières par voyageur au kilomètre bien plus importantes. Selon M. Cornu, les rentrées financières de la SNCB sont de 0,06 euro par voyageur au kilomètre, contre 0,11 euro aux Pays-Bas et 0,18 euro en Grande-Bretagne.

Un nouveau contrat de gestion de la SNCB devrait être conclu pour le premier trimestre 2016.

CSC : "Ce plan est une déclaration de guerre"

"Ce plan est une déclaration de guerre à l'égard de notre entreprise publique", dénonce vendredi le syndicat chrétien CSC-Transcom dans un communiqué, en réaction à la présentation de la "vision stratégique pour le rail" de la ministre fédérale de la Mobilité Jacqueline Galant.

"Nous espérions une vision, un réel projet de mobilité pour les citoyens dans lequel les chemins de fer belges restaient un acteur incontournable. Ici, ce que le gouvernement organise, c'est la faillite de notre entreprise publique", estime la CSC-Transcom.

"Trois milliards de dotations en moins, transfert des gares à Infrabel qui sont une richesse pour la SNCB en termes de patrimoine immobilier mais également en termes de recettes et oser exiger 20% d'efficience supplémentaire, une hausse de la ponctualité, 160 000 places en plus, c'est faire la démonstration soit d'une incompréhension totale du dossier ferroviaire, soit d'offrir la tête de la SNCB sur un plateau pour les opérateurs privés", selon le syndicat qui affirme ne plus être dans la dénonciation. "Nous avons besoin de tous les partenaires: cheminots, voyageurs, citoyens, monde associatif et politique, et nous devons nous battre ensemble."

CGSP-Cheminots : "Augmenter la productivité avec moins de moyens est intenable"

Le secrétaire général de la CGSP-Cheminots Michel Abdissi a rencontré la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant, qui lui a présenté sa vision stratégique pour le rail. "J'ai trois remarques fondamentales", déclare Michel. Abdissi. "Une déception et deux inquiétudes."

"Ma déception est que ce plan ne revoit pas la structure de la société. La ministre s'est plainte à de nombreuses reprises du manque de concertation entre la SNCB et Infrabel. Mais elle n'a pas osé franchir le pas et revenir à une structure unique. Cela aurait pourtant été idéal et aurait généré des économies."

"Ma première inquiétude réside dans cette intention d'augmenter la productivité de 4% par an pendant cinq ans", poursuit Michel Abdissi. "Je ne sais pas comment elle ose sortir un tel chiffre alors que l'on sait que l'on va réduire le personnel. Rien qu'en 2015, nous allons connaître 3.000 départs naturels qui ne seront remplacés que par 1500 embauches. Si de telles réductions de personnel se poursuivent ces prochaines années, je ne vois pas comment la SNCB pourra relever le défi de l'ouverture du marché. Augmenter la productivité avec moins de moyens est intenable."

Le secrétaire général du syndicat socialiste pointe comme deuxième inquiétude "l'annonce qui dit que tout le personnel devra être géré en interne. A mes yeux, c'est la mort annoncé de HR Rail, le lien entre la SNCB et Infrabel qui avait été créé à notre demande."

Michel Abdissi pointe enfin un élément positif, à savoir la création d'une académie du rail. "On la réclame depuis des années. Nous espérons néanmoins qu'elle disposera de moyens suffisants."

Ecolo : un plan de modernisation qui ressemble à un plan de régression

Selon l'opposition Ecolo, la vision stratégique présentée vendredi par la ministre de la Mobilité Jacqueline Galant est "un plan de régression".

"Ce n'est pas un plan de modernisation, mais plutôt un plan de lourdes économies à hauteur de 2,1 milliards d'euros qui ne va pas améliorer le service aux voyageurs", dénonce le député Marcel Cheron dans un communiqué. "Il n'y a aucune ambition pour augmenter le nombre de voyageurs par an afin de répondre grâce aux trains aux énormes problèmes de mobilité, d'embouteillages quotidiens et de pollution de l'air qui en est la conséquence", ajoute-t-il. "La ministre Galant annonce 160.000 nouvelles places assises, mais elle n'évoque pas l'augmentation du nombre de trains par exemple le matin et le soir alors qu'il y a une véritable demande du grand public vu les actuels problèmes de mobilité."

Pour le député Ecolo, "ce plan dit de modernisation constitue surtout un plan de justification a posteriori des coupes budgétaires décidées en début de législature. Ce plan ne contient aucune vision stratégique mais semble plus que jamais préfigurer un processus de libéralisation/privatisation du rail en Belgique."

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